Napoléon et l’art de la guerre

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« La guerre est l’un des faits constitutifs de l’histoire moderne. D’où son importance dans les mentalités, les sensibilités et les comportements individuels ou collectifs. » (Jean-Pierre Bois, Les Guerres en Europe, Belin, 1993) Dans un monde marqué par la permanence des conflits depuis la plus haute antiquité, l’histoire n’a retenu le nom que de très peu de chefs de guerre ayant véritablement dominé leur sujet au point de laisser leur trace au plus haut sommet dans ce qu’on a considéré comme une science, voire un art.

Napoléon en a distingué un certain nombre : Alexandre, Hannibal, César, Gustave-Adolphe, Turenne, le prince Eugène de Savoie-Carignan, Frédéric II. Mais qu’est-ce, au juste, qu’un chef de guerre ?

Il faut, pour mériter ce titre, nécessairement dominer les trois niveaux de la guerre :

– Le niveau politique, la détermination de la guerre dans toute son acception clausewitzienne.

(Clausewitz n’a-t-il pas écrit : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ? »)

– Le niveau stratégique, c’est-à-dire la direction des mouvements des armées afin de les amener au contact de l’ennemi dans une position telle que la bataille puisse avoir lieu dans les circonstances les plus favorables possibles. Le général Grouard, dans son ouvrage sur les Maximes de guerre de Napoléon (1898), sépare la stratégie en trois parties : les éléments (les directions à suivre et les positions à occuper), les principes (les règles d’après lesquelles on doit combiner lesdits éléments), enfin les moyens (les procédés qui servent à déterminer et à réaliser les combinaisons : le renseignement, les marches, les cantonnements, le ravitaillement, le service de sûreté), ce que nous pourrions appeler la logistique.

– Le niveau tactique, c’est-à-dire la conduite de la bataille lorsque les armées sont au contact.

Le général Grouard précise ce qu’est la tactique : « Il y a d’abord la tactique élémentaire, ou tactique de détail, qui comprend les procédés de combat des petites unités de toutes armes. C’est elle qui fait connaître les manœuvres et les formations de combat des compagnies et des bataillons, des batteries ou des groupes de batteries, des escadrons ou des régiments de cavalerie. Chacune de ces unités y apprend comment elle doit se comporter dans les diverses circonstances d’une action. C’est la science des officiers subalternes et des officiers supérieurs. Il y a ensuite la tactique d’ensemble ou des trois armes. Elle fait connaître le rôle de chaque arme dans la bataille, comment elles doivent s’entraider dans l’attaque ou la défense d’une position. C’est la science des généraux de brigade et des généraux de division. »

En d’autres termes, le chef d’État, dans le cadre de sa politique, décide de l’opportunité de faire la guerre et le chef des armées, en accord avec le chef de l’État (les deux peuvent être le même personnage), décide du plan de campagne et les généraux mettront ce plan de campagne en application.

Entre la stratégie et la tactique, on peut ajouter l’art opératif, qu’on appelait, à l’époque de Napoléon, la grande tactique qui pouvait se confondre avec la stratégie. La grande tactique, ou tactique des grandes unités, c’est la science des commandants de corps d’armée qui ont à déterminer l’emploi de leurs divisions d’infanterie, de leur artillerie de corps, de leur cavalerie, pour atteindre un but déterminé.

Mais c’est surtout l’art du général en chef qui a à déterminer le rôle de chacun de ses corps d’armée dans la bataille, à prescrire le jeu de ses réserves et à les faire intervenir en temps opportun et dans les conditions les plus favorables. De plus, il est nécessaire pour le général en chef d’obtenir la liberté d’action.

Selon le commandant Victor Dupuis, « On doit entendre qu’un général en chef a sa liberté d’action pleine et entière lorsque nulle autorité autre que la sienne n’intervient dans la conception, la préparation et l’exécution du plan de campagne. Le prince de Saxe-Cobourg, lors des guerres des puissances coalisées contre la France révolutionnaire, en 1793 et 1794, n’est pas complètement libre. Il est assailli, dans son quartier général, par des revendications des diplomates de chacune des puissances coalisées.

« C’est la divergence des appétits politiques des puissances qui entraîne l’écartement des lignes d’opérations des divers contingents de l’armée alliée. Aussi nos troupes pourront-elles pratiquer pendant de longues années, contre leurs ennemis si longtemps divisés, la fameuse manœuvre en lignes intérieures, où Bonaparte excella ». Ce dernier, s’il n’en a pas inventé le principe, saura la porter à sa perfection.

De même en France, pendant la Révolution, c’est le Comité de salut public qui détermine les plans de campagne : la liberté d’action des généraux en chef est quasi nulle. Le jeune Bonaparte saura contourner cet obstacle en jouant des bonnes relations qu’il avait su instaurer entre lui-même et les représentants du pouvoir central, qu’ils aient eu pour nom Robespierre jeune ou Carnot. Certains des généraux remarquables distingués par Napoléon ont laissé une formulation nette de leur manière de faire la guerre.

C’est le cas de César, du maréchal de Saxe ou de Frédéric le Grand. Napoléon l’a fait, mais d’une manière très partielle, dans ses écrits de Sainte-Hélène : seules sont traitées les campagnes d’Italie de 1796-1797 et d’Égypte, ou de Waterloo et, dans une certaine mesure, dans les Bulletins de la Grande Armée.

Force est donc de retrouver sa science et son art de la guerre dans l’étude précise de cas tirés de ses campagnes militaires et de ses batailles. Cependant, l’histoire militaire est un sujet trop chargé d’implications relatives à l’unité nationale, à la survie de la nation, au prestige national. Or Macron est incapable d’aborder la question avec détachement. Sans une part de détachement intellectuel, l’historien est voué à devenir soit un obscurantiste, soit un thuriféraire. Dans ce pays qui a souvent connu la défaite, là encore une approche réellement objective de l’histoire militaire signifiait qu’on prenait le risque de conforter la position de l’ennemi.

Le développement des guerres napoléoniennes et la névrose nationale qui s’ensuivit compromirent le bon sens. Et la crédibilité qui s’en dégage est suspecte dans une société sujette à des divisions. Et leur talent ne fut jamais vraiment reconnu en dehors des cercles patriotiques. Il n’y a réellement que les pays de langue anglaise dont, à l’exception de l’Amérique au temps de la guerre civile, les campagnes militaires ont toujours eu lieu à l’étranger, qui ont élevé l’histoire militaire au niveau d’une science. Napoléon, même s’il n’a jamais connu le grade de colonel, a, en fait, très vite parfaitement dominé son sujet et l’ensemble des trois niveaux.

Quelles sont les principales caractéristiques de la science militaire du jeune général ? En premier lieu, la complète utilisation des moyens – humains et techniques – qu’il avait à sa disposition.

Ensuite, la recherche constante de l’affrontement, le « coup d’œil », une compréhension parfaite de la géographie, une bonne aptitude à juger les capacités des hommes, de leur « tirant d’eau » – le mot est de lui.

Enfin, il croyait surtout en sa bonne « étoile », pour ses subordonnés, et pour lui-même. Car cette bonne « étoile » lui donne confiance en lui et cette confiance rejaillit sur son entourage, ce qui lui sera d’un précieux secours lors de la campagne de l’armée de réserve en Italie, en 1800.

Charles de Gaulle a été un soldat avide de compléter sa science militaire par la connaissance des guerres napoléoniennes, une période bénie des dieux (des dieux de la guerre, bien entendu !) par la richesse et la diversité des études exceptionnelles sur le possible renouveau de la guerre. Et pourtant, on trouve peu de périodes dans l’histoire de la France pendant lesquelles on s’est tant trompé sur les conflits armés…

Malgré des grands théoriciens, c’est le jeune Bonaparte qui a su révolutionner l’art militaire. Il a séduit par l’ampleur de ses vues, de ses connaissances et de ses compétences. Et il montrera toutes ses capacités, tout son génie, dès son premier commandement en chef, lors de la campagne d’Italie, en 1796-1797.

Ensuite, devenu empereur des Français et ayant acquis toute sa liberté d’action de général en chef, traitant d’égal à égal avec les souverains d’Europe, Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon 1er, montre son génie de l’art militaire, de l’organisation et de la communication. Les deux premières campagnes militaires de l’Empereur (Austerlitz et Iéna) les plus brillantes lui permettent de montrer toute la puissance de son génie.

Selon la biographie de Napoléon par Jacques Bainville, Napoléon, lors de la campagne de Pologne et de la bataille d’Eylau, avait connu les pires difficultés pour battre les Russes, « qu’il ne suffisait pas de tuer, mais qu’il fallait pousser pour les faire tomber« , montrant les premières failles de son système de guerre. Sa pensée perd de sa netteté et de sa précision, sa volonté est moins forte, son caractère moins décidé.

La campagne de Russie, qui aurait pu montrer la victoire définitive d’une Europe soumise à Napoléon sur la Russie des tsars, marque « le début de la fin ». La guerre napoléonienne est prise en défaut, malgré quelques brillantes victoires qui ne suffisent pas à arrêter la marche d’une Europe liguée contre la France et avide de revanche. À Waterloo, en 1815, la défaite est totale, mais la légende commence…

Avec Éric Zemmour : Nous devons reprendre le contrôle de notre pays !

Thierry Michaud-Nérard

Source : L’art militaire de Napoléon – Jacques Garnier

 

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7 Commentaires

  1. Napoléon jouait à la Play Station mais avec des êtres vivants, des gueux.
    Des gueux qui se terraient dans le ventre des chevaux morts pour ne pas crever tout de suite de froid.
    J’emmerde Napoléon.

  2. Napoléon est encensé par les britanniques et les russes car sa chute flatte l’égo de ces peuples vainqueurs.
    J’ai toujours du mal à comprendre la fascination des Français pour cet escroc.
    Si Bonaparte 1er avait réellement voulu la Paix en Europe, il lui suffisait de rendre le trône de France aux Bourbons.
    Quant au brillant stratège, J’ai de nombreux doutes : Non seulement il subit un échec cuisant devant St Jean d’Acre durant la campagne d’Égypte, mais il déserte, abandonnant son armée.
    L’invasion de l’Espagne (pays allié) puis la désastreuse campagne de Russie ne sont que les points culminants de son incompétence. Comme il l’aurait dit : Vae Victis !

    • Je vais vous aider à comprendre. Ancien officier, comme tous les soldats je n’aime pas la guerre, mais mon métier était de savoir la faire et la gagner. Or il faut reconnaître que Napoléon possédait à un degré exceptionnel les qualités de chef de guerre. Il n’est pour s’en convaincre que de contempler l’impressionnante succession de victoires jusqu’en 1812… L’art militaire est extrêmement difficile, croyez -en mon expérience… Qui peut dire qu’il aurait fait mieux que lui ?

  3. IL EST INUTILE DE POURSUIVRE AVEC DE TELS « COMMENTAIRES » QUI NE SONT QUE DES ÉRUCTATIONS. LA BÊTISES À DROITE ÉGALE LE NIHILISME À GAUCHE. ET APRÈS CERTAIN VOUDRAIENT « SAUVER » LA FRANCE? LAQUELLE? PAS CELLE DE SA GRANDEUR, LA SEULE QUI M’INTÉRESSE, L’AUTRE OU LES AUTRES NE SONT RIEN AU REGARD DE L’HISTOIRE. LES RUSSES ET LES ANGLAIS L’ADMIRENT MAIS DES FRANÇAIS LE DÉTESTENT. VA COMPRENDRE CHARLES? SURTOUT QUE CES DERNIERS N’EN ONT PAS SOUFFERT, ET QU’ILS ONT VÉCU SUR SES FONDATIONS MISES À MAL DES DES « GENS DE BIEN » QUI SONT « CONTRE TOUTE VIOLENCE »!
    ALEA JACTA EST

    • Il a sauvé qui Naboléon ???
      Sa frime, sa prétention, son orgueil ?

      • Je me demande même s’il n’a pas inspiré tonton Adolph par ses envies de domination des « autres ».

  4. Trop compliqué tout cela…finalement, .. Aimer, si on peut, son prochain, et cultiver son jardin intérieur ..c est plus simple..Gauthier.13009

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