Nationalisme, islam et juifs, de Jean-Pierre Lledo : pourquoi les musulmans ont-ils un problème avec les juifs ?

Publié le 30 juillet 2013 - par - 1 689 vues
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« Nationalisme, islam et Juifs »

C’est le titre du dernier ouvrage du réalisateur Jean-Pierre Lledo. Fils d’un réfugié espagnol venu en Algérie et d’une Juive du cru. L’auteur a vécu en Algérie après l’indépendance, jusqu’à ce qu’il soit contraint à l’exil après avoir reçu des menaces islamistes, qu’il convenait de ne pas prendre à la légère, à la suite de son dernier film « Histoire à ne pas dire ».

Son livre, édité chez Armand Colin, fait 329 pages. On y apprend certaines choses et on en précise d’autres.

Pour inviter nos lecteurs à le lire, je leur propose de commencer par le milieu, par le chapitre 19 et les pages 184-185. Jean-Pierre Lledo y revient sur l’imaginaire du monde musulman, tous courants de pensées confondus : depuis le salafiste au poignard, à l’épée et à la bombe, en passant par le disciple de Ben Badis (Fondateur de l’association de Oulémas, affirmant l’arabité- amazighité musulmane de l’Algérie ; Ben Badis qui affirmait : que même si elle le voulait, l’Algérie ne pourrait être française.  « L’Algérie ne peut être la France, même si elle le voulait, langue, mœurs, culture, mode de vient, tout sépare l’identité algérienne de l’identité française » – source émission « islam » du 28 juillet 2013 consacrée à l’Histoire de l’association des Oulémas et à son leader Ben Badis), jusqu’aux différents courants « laïcs », nationalistes, voire même « marxistes ».

L’islam, en tant qu’idéologie et que peuples privés de leurs passés antérieurs à la conquête islamique, injecte en permanence ce qui est son tabou parmi les tabous : « la forme la plus taboue de l’unanimisme, comme nous l’avons écrit au début du chapitre précédent (…) on y trouve un filtre au moins aussi violent, aussi redoutable, aussi tabou, sinon plus. C’est dire ! La figure de l’unanimisme anti-juif ».

Jean-Pierre Lledo essaie de rendre intelligible ce que trop de politiques et de leurs fabricants d’arguments « scientifiques » – les sociologues – ignorent, masquent ou nient, lorsqu’ils consentent à s’interroger sur l’aversion et les violences répétitives à l’encontre des Juifs, en provenance de musulmans.

L’auteur essaie d’aller sous le masque, voire sous l’épiderme, tellement le masque adhère. Et c’est derrière cette apparence de cousinage ou de fraternité monothéiste, qui fait du musulman le Mister Hyde du docteur Jekyll juif, que Jean-Pierre Lledo nous convie; ce Juif est le repoussoir. Le tabou redoutable ne conçoit pas que puisse devenir l’égal du musulman, le Juif, descendant physique des clans sémites et négro-africains sortis d’Egypte il y a 33 ou 34 siècles pour devenir la confédération tribale qui deviendra nation des « Bné Yisroël », nation juive, en se constituant en Etat.

C’est à cette exploration des fonds complexes de l’âme que Jean-Pierre Lledo nous entraine.

Pourquoi et comment, quand on a pu le faire choir du pouvoir, Ben Ali mute, devient un Juif. Pourquoi, l’anti sioniste virulent, le djihadiste agressif, rangé du djihad, je veux parler de Mouammar Kadhafi, une fois lynché et dépecé, s’est retrouvé avec les siens, devenus Juifs et sionistes ? Pourquoi Moubarak connaîtra la même transmutation ?

Pourquoi les chefs Baathistes de Syrie, toujours alliés aux Ayatollah férocement anti-Israël, commencent à connaître la même acquisition d’une identité juive et… sioniste, dans l’imaginaire des djihadistes voulant établir un califat islamique en lieu et place de la république syrienne ?

Sous le masque donc, une version musulmane, radicale, de l’idéologie imprégnant le subconscient des chrétiens des siècles passés et parfois d’aujourd’hui. Il s’agit d’un autre « verus Israël » : L’islam est Israël. Le Coran est la vraie Torah. Les idéologues du palestinisme ont poussé cela si loin qu’ils ont dit et écrit, il y a quelques mois, pour dénier aux « yahoud »  tout droit historique sur le pays d’Israël, que : Moïse, Aaron, David, Salomon, Abraham (etc.) du Coran, ce n’étaient  pas les mêmes personnages que ceux dont parlaient les Juifs. C’étaient d’autres gens. La sortie d’Egypte, derrière Moïse, produisant alors la première conquête islamique de la Palestine… Les Chrétiens se déclareront « vrai Israël » (Verus Israël). Ils déclareront les Juifs déchus, mais en sanctifiant la Bible et le récit hébreu.  L’idéologie islamique nie le Juif et le récit juif : Les « Yahoud » sont de méchants imposteurs. Leur « livre » est trafiqué…ce qui n’empêche pas MHMD de commencer sa prédication mecquoise, en disant à qui veut l’entendre : « qu’il confirme le livre (des Juifs) », sans dire qu’il n’en confirmerait que la version authentique, parce que la Bible (pentateuque) et le Talmud (traduit en arabe par son oncle Wâraqa, selon Ibn Ishâq) seraient différents de la « tawra » originelle.

J’invite nos lecteurs à s’interroger avec Jean Pierre Lledo et avec moi-même sur ces tréfonds de l’âme musulmane ; des tréfonds produisant : sentiments de proximité et détestation extrême, fraternité sincère autant que rejet, haine et violence pathologiques.

Lledo pose une question à laquelle les Tunisiens et les Egyptiens vont peut-être enfin nous donner la réponse positive ; une réponse qui fera de nous tous des frères, au sens où depuis 1789-1792, les Peuples, tous les peuples, sont entrés dans la voie de l’émancipation collective et personnelle. Jusqu’ici, écrit Jean Pierre Lledo, parlons de l’âme humaine façonnée par les tabous de l’islam, c’est une âme collective qui a beaucoup de mal à ne pas penser et agir selon le dogme mental que : « Demoukratya kafra », la démocratie est mécréance. »

Les trois premiers soviets tunisiens, sont-ils la réponse à cette question angoissée, que nous nous posons tous, lorsque nous ne nous bouchons pas les oreilles et ne fermons pas les yeux ?

Alon Gilad

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