Ne laissons pas les islamistes gagner la bataille du voile

La burqa, autrement dit le voile intégral, n’a pas fini de nous présenter son spectacle aux multiples facettes, dont la plus incroyable est notre aveuglement en la matière. Car rien, pas même la loi qui interdirait le port du voile islamique dans tout l’espace public (j’ai bien dit «du voile» et pas seulement de la burqa), n’empêchera les islamistes de penser le voile non intégral et le voile intégral comme des expressions de la liberté individuelle et, partant, du respect de chacun.
Le tour de force des islamistes est précisément d’associer «voile» et «liberté», au point que les politiques parlent aujourd’hui de «la liberté de porter le voile islamique» comme d’une évidence, à commencer par le chef de l’Etat qui, soucieux du respect de chacun, déclare qu’«en France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire : c’est sa liberté» !
Sa liberté ? «Je n’arrive pas à comprendre – objecte André Gérin. Comment peut-on parler de liberté ? Liberté de revendiquer des chaînes, une muselière ? Le voile intégral serait une conquête féministe ? Il faudrait le tolérer au nom de la convenance religieuse, de la liberté de pratiquer ? Pourquoi alors ne pas accepter l’excision ? Je trouve ce discours cynique, car cette dérive n’a rien à voir avec le religieux et avec l’islam. Nous devons regarder de près le communautarisme, le fondamentalisme, le talibanisme et ces talibans français, regarder de près ces pratiques d’enfermement, d’endoctrinement, de bourrage de crâne».
André Gérin a raison. Dire qu’«en France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire», c’est dire qu’en France, toute personne qui veut choisir l’enfermement identitaire le peut ! Or, ici, choisir l’enfermement identitaire, c’est s’ouvrir aux islamistes, non à la liberté ! Tandis que la liberté voit en l’émancipation de chacun – et donc des femmes – sa plus belle réalisation, les islamistes voient en chaque femme un être de perdition dont on ne peut se délivrer qu’en le dérobant à la vue de chacun ! De ce fait, accorder la liberté au voile islamique, c’est laisser libre cours aux islamistes dans leur lutte contre les valeurs de la République, alors même que les érudits musulmans ne cessent de nous rappeler que l’arrière-petite-fille du Prophète et la petite-fille du premier Calife tenaient salon littéraire à Médine sans voile aucun !
Les propos apparemment bienveillants du chef de l’Etat oublient donc que les islamistes regardent le voile comme une bataille qu’ils doivent impérativement gagner, car la perdre reviendrait à perdre la femme dans sa dimension ontologique d’abord – qui en fait un être inférieur à surveiller et à soumettre (!) – et dans sa dimension stratégique ensuite, comme le prouvent ces brochures «françaises» ordonnant «à toute femme musulmane» de haïr «les juifs, les chrétiens, les mécréants, les païens et ceux qui plaident la liberté de la femme» (1) ! En effet, pour l’islamiste, la femme musulmane vivant en terre non musulmane a des ennemis, parmi lesquels «la chanson, la musique, toute revue qui publie des photos de nudité, tout feuilleton et film traitant la passion et l’errance, toute femme qui dévoile les traits de sa féminité» (2) !
On l’aura compris : si le refus du voile est le symbole même d’une société politiquement et religieusement libérée, son acceptation est celui d’une société politiquement cadenassée par le religieux. Est-ce vraiment ce que souhaite, pour la France, le chef de l’Etat ? Si oui, qu’advient-il de la laïcité ? Les tolérances islamisantes ne font-elles pas le jeu des islamistes ? Faudra-t-il, pour plaire à ces derniers, majorer la religion, minorer la raison, légaliser le délit de blasphème, conforter l’inculture et regarder la femme comme l’être aliéné et aliénant par excellence ? Si le voile n’est pas cette schizophrénie qui fait vivre géographiquement au XXIème siècle et historiquement au VIIème siècle, qu’est-il donc ?
Parce que le voile est un marquage sexiste et totalitaire, il n’a pas lieu d’être dans un pays féministe et démocratique comme la France… sauf à vouloir une France sexiste et totalitaire ! Mais alors, il faudrait que le chef de l’Etat lui-même ait le courage et l’honnêteté de nous en informer solennellement !
En attendant, le voile est à combattre, quelles qu’en soient la dimension, la forme et la couleur ! Tant qu’il sera présent sur notre sol, nous ne pourrons accéder à la liberté, à l’égalité et à la dignité que nous prétendons vouloir pour tous, et l’avenir nous sera fermé, car il ne saurait y avoir d’avenir si les femmes demeurent les éternels exclus des Droits de l’Homme.
Maurice Vidal
(1) Midi Libre, 30 juin 2010
(2) Midi Libre, 30 juin 2010

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