Ne pas confondre socialisme et hollandisme

Les jours passent et ils ont l’air de se ressembler.

Blablabla la crise, la crise blablabla, courage politique blablabla, blablabla remède à la hauteur des défis et des enjeux blablabla. Que sais-je encore ?

« Patriotisme » souhaité des 1500 millionnaires et des retraités, et mêmes des salariés quand ils sont un peu au-dessus du SMIC. Patriotisme des salariés et retraités qui paieront plus d’impôts en 2013 qu’en 2012, même si leur salaire n’a fait que suivre poussivement l’inflation (+2%) ou la si leur retraite n’a augmenté qu’un peu moins que le taux d’inflation.

Interrogé sur ce dernier point, par le quotidien le Parisien, le Premier ministre normal de Normal-Premier répond : que si les retraites et les salaires vont mécaniquement baisser, par effet du non-relèvement du montant des tranches d’imposition, pour tenir compte des majorations compensant partiellement ou entièrement l’inflation, c’est de la faute à Sarkozy.

En effet, explique le premier factotum de Normal-Premier, nous, nous les socialistes sans socialisme, nous étions contre cette misérable mesure sarkoziste. Mais nous la mettons en œuvre, voyez notre courage…

A l’époque, nous cherchions une majorité électorale, nous avons donc tiré à boulet rouge sur la méchante injustice fiscale sarkozienne.

Aujourd’hui, nous sommes au pouvoir et nous devons trouver des sous.

Alors nous piquons dans la poche du plus grand nombre, ça rapporte plus !

Normal, aujourd’hui, nous exerçons le pouvoir, normalement.

Par conséquent, nous appliquons l’injuste mesure sarkozyste, pour trouver des sous dans les poches du plus grand nombre, aux fins de nous conformer aux exigences  incontournables de la commission européenne*1. Donc, nous appauvrissons les retraités, tous les retraités imposables et nous appauvrissons aussi tous les salariés imposables pour appliquer la mesure que nous avons condamné avant les élections mais que nous appliquons. Nous l’appliquons, parce qu’autrement, nous ferions de la peine à la commission européenne et parce qu’autrement la construction bureaucratique de Mitterrand-Delors se déferait comme un chiffon de papier. Normal, ne sommes-nous pas un parti de « gauche », un parti du peuple travailleur ?

Chers électeurs, chers concitoyens que nous allons appauvrir, c’est cela que nous sommes, nous les socialistes sans socialisme.

Nous sommes des hommes et des femmes courageux, des femmes et des hommes divers, des hétéros, des homos, des qui ne savent pas, des blancs, des noirs, des jaunes, des de tout cela, mettant en œuvre -sans nous occuper de l’opinion de la société- des mesures injustes, et surtout des mesures injustes avec lesquelles nous avons déclaré aux électeurs que nous n’étions pas d’accord avant que nous fussions élus.

Tout le monde doit y passer, sauf les bénéficiaires de RSA, CMUC (la CMUC, c’est la CMU plus la complémentaire gratuite).

Parmi ces derniers, de vrais prolétaires largués par les convulsions de l’économie dite de marché et de la « concurrence libre et non faussée ».

Parmi ces derniers aussi, pour plusieurs dizaines de milliers d’entre eux, des roulant grosses cylindrées et mère sortant de la boucherie, le cabas rempli de nombreux kilogrammes de viandes.

Parmi ceux dont nous venons de parler, des bénéficiaires d’un loyer à moins de 100 euros pour un logement de quatre, cinq ou six pièces dans une HLM, -par la grâce de l’APL et de la solidarité obligatoire de ceux contraints à de nouvelles amputations de pouvoir d’achat.

Ces bénéficiaires de la CMUC assurant gratuitement la couverture maladie, on en trouve plusieurs milliers, plus peut-être, parmi ces roulants gros cylindrés. Ce sont fréquemment ces « jeunes » et moins « jeunes », pour lesquels le « rap » sert souvent à cracher à longueur de journée le mépris, l’hostilité et la haine pour ceux grâce au travail desquels ils vivent, et plutôt pas trop mal.

Mais à part cette poignée d’exploiteurs camouflés en pauvres devant bénéficier de toutes les solidarités, sans contrepartie aucune, le socialisme hollandiste et le changement c’est maintenant, c’est que : tout le monde doit y passer, à la casserole ; y compris le salarié un peu au-dessus du SMIC, sans oublier le retraité moyen, ce pelé, ce galeux qui prétend continuer à vivre comme lorsqu’il était en activité professionnelle.

Ce n’est pas de notre faute, c’est la crise…

Cette crise, nous disions qu’elle était un argument électoral, pas un moment chronique de « l’indépassable capitalisme ». Aujourd’hui, nous disons que c’est une crise profonde, et une crise bien plus grave que ce que nos sommités intellectuelles le pensaient.

Mais, voulons-nous rajouter, c’est aussi une crise d’autant plus rude que nos prédécesseurs n’en n’avaient pas pris la mesure. A cause de cela, ils n’avaient pas mis en place des mesures pour la juguler ou la combattre…blablablabla.

C’est ce qu’ils nous disent, nos socialistes, dont le socialisme devrait désormais consister à s’en aller quémander. Et quémander quoi et où?

Puisque l’Etat n’a plus le droit d’émettre du crédit, puisqu’il ne peut plus intervenir dans la production, comme l’ont fait partout, dans les siècles et les millénaires passés, les Etats producteurs de grandes civilisations, nous allons faire,- nous autres socialistes sans socialisme, nous qui sommes devenus des hommes de progrès sans progrès -, appel à notre bouée, à La bouée miraculeuse.

Parce que voyez-vous, bon peuple de France, il existe une bouée miraculeuse.

Cette bouée qui nous sauvera, nous allons l’implorer. Elle s’appelle « finance islamique », elle s’appelle Qatar. Si nous sommes gentils, bien gentils et pas trop regardant, si nous changeons « un petit peu notre loi », si nous acceptons de ne plus être des gaulois fort en gueule, si nous renonçons à être des esprits critiques et des insoumis aux dogmes, alors tout ira bien. Ces gentils émirs vont nous ouvrir leur bourse…

Elle a en effet pour nom générique, pour patronyme en quelque sorte, cette bouée : finance islamique, et pour prénom : capitaux qataris

C’est une des déclinaisons de ces flots erratiques de capitaux, nés de la rente pétrolière au début de la décennie soixante-dix. Dans cette décennie là, on appelait péjorativement et avec inquiétude ces sommes colossales, jouant les monnaies les unes contre les autres : des capitaux flottants.

Ce capital nomade et prédateur, certains marxistes appelaient cela des capitaux fictifs

C’était des sommes énormes. C’était des pétrodollars, incapables de se valoriser en produisant de la plus-value par les moyens classiques de l’exploitation de la main- d’œuvre salariée en s’incorporant dans la production et la reproduction de richesses, en développant les appareils de production et en mettant au travail la main d’œuvre surnuméraire en croissance.

Leur espoir, si l’on en croit ces messieurs Hollande et Ayrault, à nos socialistes sans socialisme, c’est ce qui était déjà l’espoir de Madame Lagarde : la finance « vertueuse » (une sorte d’eau sèche), la finance « islamique », c’est le capital qatari pour ce qui concerne l’équipe gouvernementale en place depuis cinq mois.

Vertueuse la finance islamique version qatari ?

La preuve qu’elle l’est. Avant même les élections, une élue « front de gauche » s’était retrouvée à la tête d’un fond qatari de plusieurs millions d’euros.

Le but de ces sommes importantes sortis de la cassette de l’Emir ?

Mettre en œuvre un pan du programme de « terra nova », à savoir : favoriser les revendications des sociologues dits de la « diversité » ; faire émerger une élite sociale de la susdite diversité, en donnant du boulot aux jeunes gens « divers » et en aidant certains d’entre eux à devenir des patrons employant, par priorité, jeunes gens et jeunes filles des « quartiers » quand ils sont fils et filles de l’immigration « musulmanes ».

Et le code du travail dans tout cela ?

Le code du travail, l’interdiction de discrimination selon la religion, ou l’origine ethnique, ou l’opinion, ce sera seulement bon pour les entreprises dont le patron sera autochtone, sera encore un  descendant de gaulois ou d’assimilé.

Par contre, si l’on veut faire émerger une élite économique et politique de la diversité, avec l’aide du capital qatari, il faudra bien mettre entre parenthèse le code du travail, comme déjà on met entre parenthèse la loi de 1905 pour inaugurer la grande mosquée de Strasbourg, ou pour imposer repas halal exclusif dans de nombreuses cantines scolaires et restaurants d’entreprise. A suivre.

Alain Rubin

*1 la radio nous apprenait ce matin (4 octobre), que la « Commission » va aller beaucoup plus loin que la « règle d’or » sarkozo-merkelienne », règle honnie par Hollande-le-candidat mais soumise à l’approbation des parlementaires par Hollande-le-Président.

En effet, la « commission » préparerait un « corset d’or » qui encadrerait beaucoup plus strictement les Etats de l’union européenne. Le dit corset résulterait d’un nouvel amoindrissement de la souveraineté des organes élus, au profit de la bureaucratie et de ses collèges d’experts œuvrant dans les cadres de la « MOC » (la méthode ouverte de convergence). C’est ainsi que les retraites seraient remises sur le tapis, pour converger…vers le bas bien évidemment.

La radio faisait aussi observer que ce « corset » répondra aux attentes du gouvernement français, dans la mesure où le PS (les socialistes sans socialisme) revendiquait un gouvernement économique européen. En disposant de nouveaux pouvoirs au détriment des Etats, la Commission réaliserait, au moins partiellement, la revendication du candidat Hollande et de la direction des socialistes sans socialisme.

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