N’en déplaise à l’hurluberlu BHL, il y a deux Ukraine, et peut-être trois…

Publié le 1 mars 2014 - par - 2 559 vues
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Les contrôles rivaux successifs sur l’aéroport international de la presqu’ile de Crimée le montrent à l’évidence et s’imposent à tout esprit sérieux et honnête : il n’y a pas une, mais deux Ukraine(s), trois peut-être. La république d’Ukraine vit peut-être ses derniers jours, comme Etat unifié. Si c’est le cas, rien de scandaleux à cela, elle ne fera que suivre le chemin de l’ancienne Tchécoslovaquie crée après l’effondrement de l’empire austro-hongrois, avec un bout de « l’Ukraine » (la Slovaquie), un peuple slave fortement germanisé (les Tchèques) et une partie des Saxons (les allemands des Sudètes) et deux minorités (les Juifs et les Tziganes).

Il y a la russophone, toujours attachée à la Russie de Moscou, héritière de la grande Russie impériale et de la Russie des soviets. Ces deux Russie successives ont jeté des bases industrielles ou bâti des infrastructures (chemin de fer, centrales électriques, ports…), en y employant des prolétaires russes. En Ukraine, dans cette Ukraine orientale, on gardera le souvenir du bassin minier du Donbass, avec ses mineurs, -fières gueule noires-, organisés et combattifs. L’indépendance ukrainienne et la politique européenne ont, comme partout ailleurs, produit la fermeture des mines et une grande misère parmi ces ouvriers dignes et fiers, même quand les riches filons affleuraient encore.

L’ukrainophone, -on devrait d’ailleurs dire les « ukrainophones-, est formé de plusieurs nationalités et de différentes langues, distinctes du Russe de Moscou, du polonais, du slave germanisé de Prague, ou du slave lituanisé du nord-ouest du  pays. A l’inverse, elle garde non un souvenir, mais un cauchemar, celui de la famine organisée par Staline au début des années trente (trois millions de victimes).

Le farfelu sorti des laboratoires idéologiques de la rue d’Ulm voit, -dans l’Ukraine, ce grenier à blé de l’ancienne et de la nouvelle Russie de Moscou,- ce qu’il appelle « la ville » ou la « civilisation », par opposition à la Russie de Moscou. Il voit, dans l’ancienne Ruthénie, ou Russie de Kiev, le plus vieil et légitime Etat, sauf que… Sauf, que la première Russie étatique, la Russie de Kiev, -la Russie d’Alexandre Nevski fils du Prince de Kiev qui obtint la victoire sur les chevaliers teutoniques-, fut d’abord l’enfant de la conquête viking par les Varègues créant le plus grand ensemble étatique féodal avant la Pologne et la Russie de Moscou. Cette première Russie, la grande Russie « rouge » ne procédait pas d’un développement et d’une culture endogènes et disparut sans laisser beaucoup de traces et de regrets.

La Ruthénie (l’Ukraine) succomba rapidement, sous les coups des Tatars de Crimée de la Horde d’or. Ensuite, quand la Pologne réduisit les Tatars au rang de peuplades tributaires confinés à la Crimée, les dépouilles de l’ancienne Ruthénie devinrent possession de la confédération polono-lituanienne.

Parlant dans un micro, BHL roulait des larmes d’amour (feint ?) et d’admiration (feinte aussi ?) pour le « peuple de Maïdan », et beaucoup de mépris pour la Russie de Moscou, malgré les nombreux grands esprits de la Russie, celle de Moscou, non-Juifs et Juifs, Hertzen, Tchernychevski, Tolstoï, Bakounine, Voline, Trotski, Plekhanov, Martov, Soutine, et tant d’autres grands esprits politiques ou artistiques.

Les Russes de Moscou ont inventé le socialisme agraire, le vieux populisme de la Narodnaïa Volia (la Volonté du Peuple) et du « Partage noir », populisme dont l’esprit avait si fortement imprégné les intellectuels juifs qui retourneront vivre aux pays des aïeux qu’il en sortira le socialisme des kibboutz, qui se voulait socialisme intégral, qui demeurent consubstantiel à la renaissance nationale juive en Terre d’Israël.

Makhno, pour la Russie de Kiev, voulut d’une révolution paysanne libertaire en Ukraine, dans un esprit de communisme intégral non bureaucratique et fédéré. Malheureusement, il ne put, ne sut ou ne voulut, mettre fin aux débordements de violences meurtrières contre les stet’l juifs qui se trouvaient sur le passage de son armée se mouvant entre l’armée rouge et les armées blanches.

Il paraît que BHL, Bernard Henry Levy, -pas Bazar de l’Hôtel de Lille-, est un Juif. Quand on m’a rappelé cela, après son discours apologétique, creux et pathétique, de la place Maïdan, je me suis dit qu’il avait peut-être adopté ce nom, par snobisme ou pour une bizarre provocation.

En effet, l’Ukraine de la place Maïdan, – opposée à celle qui désigna le Juif Hassidim Marc Chagall en qualité de commissaire du peuple à la culture de la république soviétique d’Ukraine- n’est-ce pas celle aussi de Petlioura et des grands pogroms ukrainiens des années 1918-1921, qui firent plusieurs dizaines de milliers de victimes ?

Ce « peuple de Maïdan », placé au-dessus des celui du bassin minier du Donbass ou du barrage géant de Dniepropetrovsk, n’est-ce pas aussi celui des Travniki, celui de ces SS locaux qui formaient le gros bataillon des gardiens, dans les camps d’extermination nazis?

Je n’évoquerai pas ici Bandera, ce nationaliste ukrainien armé combattait à la fois Moscou et Berlin. Il n’aurait pas quémandé la venue de la Dame Ashton, pour s’abaisser à picorer dans le creux de la main de la diplomate europoïde. Ses partisans ne fusillaient pas les Juifs, ils ne les livraient pas non plus.

Le « peuple de Maïdan », promu comme le socle de la « ville », pilier de la « civilisation », dans le domaine des slaves orientaux constitués en Etat par les conquérants nordiques, n’est-ce pas aussi le peuple de Kmielnicki, celui du soulèvement des cosaques Zaporogues alliés aux Tatars de Crimée et entrainant des foules paysannes, menés par l’Hetman jusqu’à la mer baltique, laissant sur leur passage des flots de sang polonais et juif ? La révolte anti-polonaise de Kmielnicki (milieu du 17ème siècle) se traduira par un quart de million de Juifs massacrés.

Qu’en dit le « peuple de Maïdan » ?

On voit, par ces brefs rappels, que l’idéologie de bazar de l’ancien bachoteur de la rue d’Ulm, que Kiev n’a pas de légitimité particulière par rapport à Moscou. En vérité, ii y a une crise profonde. Il y a deux nations, deux communautés de destin accolées. Vont-elles se séparer, choisir la voie paisible des Tchèques et des Slovaques ou, à l’inverse, -sous la pression et les menaces irresponsables de la bureaucratie bruxelloise-, se forcer à vivre dans un Etat commun ; un Etat qui risque fort de devenir un nouveau corset de fer ?

Alain Rubin

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