N’en déplaise à nos bobos parisiens, à Tunis, Tripoli ou au Caire, on préfère l’islam

Publié le 26 octobre 2011 - par - 1 001 vues

L’évolution rapide des supposées révolutions arabes vers un magma islamiste étalé face à nous de Tunis à Sanaa, devrait faire réfléchir ceux qui voient dans les divisions internes du dogme incréé l’indice de son affaiblissement, ou de ses failles. L’ Histoire, toujours elle même émasculée par les tenants de sa mise au placard, nous rappelle à ce sujet quelques détails importants, celui-ci notamment :  c’est au moment où elle se déchirait sous les crucifix que l’ Europe partit à la conquête du monde. Les Saint-Barthélémy n’empêchèrent nullement les évangélistes, qu’ils fussent papistes, luthériens, anglicans ou autres, de se répandre en Amérique et en Asie principalement, dans les pas des colons et des soldats, tenant haut levé le Livre auquel les peuples soumis furent alors priés de se référer séance tenante.

Ceci pour dire que, quelles que soient les ruptures qui ensanglantent, ô combien, la nation musulmane de nos jours, le Coran demeure la bannière unique et incontestée derrière quoi plus d’un milliard de terriens s’alignent, s’arment et avancent.

Il est donc vain d’attendre des “nuancements” claironnées par les ignorants qui nous informent et nous gouvernent la moindre concession au sacré. C’est Dieu, bel et bien, qui nous parle par la bouche des libérateurs et autres parfaits démocrates mis au pouvoir grâce à nous à Tunis, à Tripoli ou au Caire. Que l’on soit sunnite ou shiite, wahabite, salafiste ou n’importe quoi d’autre, que l’on affiche ou non une modération dont personne n’a encore vu la vraie couleur, la nécessité de se ranger sous le seul étendard de l’Islam apparaît au grand jour dès lors que les bruits de bottes et ceux des mortiers se sont tus.

L’Islam guerrier, partout, et dans le cœur des gens! Majoritaire avant même le dépouillement du premier bulletin de vote, rentré à peine d’exil et impatient de prendre, de régir et de dominer. Bien calé derrière les fumées qu’il répand, sûr de son fait, forci dans l’adversité, clandestin rompu au réseau et se nourrissant de lui, mondialisé depuis longtemps dans le silence de ses camoras, le voici qui peut enfin s’exprimer, et il le fait aussitôt en vainqueur, donnant pour quelque temps encore le change à ceux qui l’ont sorti du tunnel et lui offrent désormais des peuples entiers jusque là domptés par d’autres dictatures.

Après tout, c’est un choix, pour une fois dûment certifié, en Tunisie, par la surveillance internationale. Il ne nous appartient pas de le discuter, simplement pouvons nous le déplorer, infiniment, de la même manière que nous met en rage la souriante désinvolture du (de la) journaliste français (e) annonçant, entre le rugby et le séisme turc (“tu me fais une trente, pas plus, coco”), que la charia sera le socle de la future Constitution libyenne. Et les initiés de s’étonner. Jocrisses!

Doit-on pleurer? Ou se tordre de rire?

Le Général Lévy est quant à lui rentré dans ses quartiers. Étrangement silencieux, il semble se plier à la règle d’or de la grande muette. On attendait pourtant de lui qu’il allât rallumer des flammes, inspecter des bases aériennes, voir et complimenter l’armée française pour une fois triomphante. Et rien! L’homme, intelligent, savait-il par avance à quoi aboutirait l’opération au flanc de laquelle, modeste et presque effacé comme à son habitude, il se montra? Ou bien, tel Cincinnatus, est-il retourné à sa terre pour quelque labour d’automne engraissé au fuel lourd? On s’interroge.

Le fait est là. L’illusion démocratique qui, telle un bel oiseau migrateur, planait au-dessus de la Méditerranée, a pris du plomb en route. Elle bat déjà de l’aile et on ne voit pas bien quel protecteur des espèces en danger pourra désormais la remettre sur le bon cap. Les femmes, peut-être, mais que pèseront-elles face aux pressions, aux menaces, aux exemples “frappants” dont elles seront bien vite la cible? Sous l’œil sans compassion des théocraties à l’iranienne ou à la saoudienne, elles se plieront à la discipline consentie par la majorité. D’ailleurs, n’a-t-on pas déjà entendu des témoignages féminins explicites en provenance de Benghazi ou de Tripoli? Oui à la polygamie dans l’intérêt de la démographie libyenne! Non au divorce. Oui aux voiles de toutes sortes protégeant les pudeurs outrageables par le simple regard. Des femmes nous sortent ça et le Général Lévy, baron des Libertés Premières, prince de la Démocratie, duc de la Closerie, reste muet. À qui se fier, dites-moi?

Le printemps arabe. Soit. C’est vendeur. Sur le plan purement météorologique, il fait le bulletin du jour : après dissipation des brumes matinales, grisailles sous un ciel bas n’épargnant aucune région, possibilité d’orages insuffisants pour dégager l’horizon, températures en baisse sensible et forte probabilité de gelées tenaces.

On va s’équiper pour l’hiver. À l’heure précise où les islamistes tunisiens envisagent un succès à hauteur de 40%, on se prend à espérer qu’ils se trompent, que, le cas échéant, les vrais démocrates, les laïques, les gens libres, unis, seront assez sages pour former une majorité constituante et peser sur le destin de ce pays. Mais quand on voit que ce pronostic est validé par le vote des Tunisiens résidant en France, on est hélas dans le réel, et celui-là ne rigole pas ces jours-ci.

Nous sommes impliqués dans ce foutoir. Lourdement. Nous devons pourtant nous en extraire. Comment? Je propose l’exemple d’un XV de France longtemps tenu pour mou, indécis, incapable de hausser son jeu, longeant même à l’occasion la frontière du ridicule. Jusqu’à ce Dimanche. Unité, solidarité, Marseillaise sortie des tripes, bloc de granit et très grand match. So french!

En général, ça ne dure pas. Le problème est bien là, et il va, coutumier, bien au-delà des terrains de sport. Raison de plus pour ne pas baisser la garde, les parties à venir le réclament. L’union des Français se fera lorsque le danger qui se fédère sous leurs yeux sur la rive d’en face sera devenu évidence. Je veux bien, dans cette histoire, continuer à jouer les Cassandre.

Alain Dubos

 

 

 

 

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