Ni Charlie, ni mouton

Publié le 18 janvier 2015 - par - 348 vues
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Moutons-suis-CharlieJe n’ai défilé nulle part. L’émotion obligatoire m’insupporte. Les décorations posthumes sont grotesques. Et les déclarations politiques écoeurantes. Quand S. Royal dit que « l’antisémitisme n’a pas sa place en France », veut-elle dire qu’au contraire, en Palestine, on peut le comprendre ? Et quand  Netanyahu recrute pour Israël, n’est-ce pas à chier ? Et la popularité de Hollande mesurée par des sondages idiots va sans doute augmenter malgré le chômage, comme celle de Bush après le 11 Septembre.

La liberté d’expression, l’une des « valeurs de la République » (ne riez pas SVP), a été  attaquée frontalement par des terroristes musulmans, mais ceux-ci n’ont fait que tirer sur une ambulance. L’autocensure règne en maîtresse dans les rédactions et même (un peu moins certes) sur Internet, à cause des lobbys communautaristes, les CRAN, LDH, Licra, SOS-racisme et autres qui multiplient les procès à qui ose utiliser ce qui reste de  liberté d’expression pour  s’exprimer contre une religion ou une « communauté ». De plus, ces associations, nuisibles en ce qu’elles détruisent la liberté d’expression, sont grassement subventionnées, directement sur fonds publics et indirectement par des déductions fiscales qui devraient être toutes totalement supprimées. Ceux-là mêmes qui appelaient il y a quelques jours à interdire Zemmour de parole vont maintenant plaider pour la liberté d’expression ! Quand Charlie-Hebdo a publié les caricatures danoises de Mahomet, on a entendu des considérations sur le « respect dû (sic) aux religions » (pourquoi l’irrationnel devrait-il être respecté ?) mais maintenant que les dessinateurs sont morts, on n’entend plus que des torrents de pleurs !

Les terroristes musulmans ont bien choisi leur cible. A Londres et à Madrid, ils ont visé la foule anonyme. En 2015 à Paris, pour changer, ils auraient pu viser des banques (les « anticapitalistes » auraient approuvé, au moins in petto), mais ils ont visé la civilisation occidentale, en son cœur, issu des Lumières du XVIII siècle. Ils ont suscité le maximum de réprobation. C’est donc bien une déclaration de guerre, contre nous, les occidentaux ! Mais qui est exactement l’ennemi ? Le « fascisme islamique » c’est vague ! Aucun dictateur ne nous menace directement, comme Hitler le faisait. Pas de Kaddafi ou de Ben Laden à l’horizon que nous pourrions éliminer « proprement » avec des drones ! L’ennemi est partout, parmi nous, insaisissable. Les pires sont certainement les français et  européens de souche convertis (donc soumis!) à l’islam.

Supposons qu’ils aient visé le Front National ! Beaucoup de défenseurs des « valeurs de la République » auraient ricané. Et pourtant il y aurait bien eu crime terroriste et atteinte à la démocratie.

Des attentats islamiques, il y en a eu beaucoup d’autres, notamment pour en citer quelques récents, à Toulouse et Montauban. Pourquoi ceux de Paris ont-ils eu un tel retentissement, jusqu’à l’étranger ? Parce que l’opinion publique internationale prend enfin conscience qu’une guerre a été déclarée au monde occidental (depuis longtemps) mais déniée, avec les excuses continuelles aux éternelles victimes de la colonisation etc.

Des morts par dizaines, il y en a tous les mois en Afrique et au Moyen-Orient : c’est de  l’information routinière. Mais quand des attentats surviennent en Europe ou en Amérique du Nord, c’est le scandale absolu. Car « nous » devrions, par définition en quelque sorte, être protégés. La différence d’émotion internationale  entre ces deux situations ne peut qu’encourager les ressentiments. Quant aux gigantesques manifestations, elles montrent aux terroristes qu’ils ont réussi leur coup, et elles ne les empêcheront pas de recommencer. Ils auront réussi à susciter la peur et à faire accepter encore plus de flicage.

La laïcité, on en parle uniquement en période de crise : émeutes de banlieues, foulards islamiques. Elle est bafouée tous les jours par complaisance électoraliste et soumission aux communautarismes de tous bords. La République Française se prétend laïque, mais il manque dans sa Constitution un article qui interdise toute participation ès qualités d’un élu ou d’un fonctionnaire à une cérémonie religieuse : fin du ramadan, réception du pape ou du dalaï-lama. Le consensus (très imparfait) péniblement établi sur la laïcité entre catholiques, protestants, juifs et athées vole en éclats sous la poussée islamiste. Pour prendre une comparaison, il est admis dans les familles sensées de ne pas parler de politique, ni de religion (ni, récemment, de réchauffement climatique, de droit des animaux, de vaccins, etc.) lors d’un déjeuner de fête sauf à provoquer des disputes parfois sanglantes. Mais si une seule personne aborde un de ces sujets, le consensus est rompu et les insultes volent bas.

La laïcité n’est pas uniquement une question légale. Elle suppose que l’on accepte une prééminence du collectif, et donc de mettre en veilleuse un peu de soi (de sa précieuse « identité ») au profit de la concorde générale. Mais la tendance générale actuelle, encouragée par l’individualisme forcené, incite au contraire quelles ques soient les circonstances, à s’imposer soi-même ou à travers sa « communauté ».

Bruno Courcelle

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