Ni l’UMP ni le PS ne pourront arrêter la révolution sociale et identitaire en cours

Publié le 25 avril 2011 - par - 1 452 vues
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« La résurgence actuelle du populisme date de trois ou quatre ans. Elle est due à la crise économique, mais cette dernière ne suffit pas à tout expliquer. Des pays inégalement touchés sont des terres de populismes à égalité, comme la Suisse et l’Italie. Selon moi, il faut y voir des raisons identitaires. Il y a une vraie crise identitaire, plus ou moins liée aux difficultés d’intégration de l’immigration musulmane. »

Tout est dit (ou presque) dans cette déclaration de Magali Balent, docteur en relations internationales, chercheur à la Fondation Schumann et professeur à Sciences-Po (1). Et cette analyse qui évacue l’accusation facile de « racisme », on la trouve de plus en plus chez des sociologues et des politologues. En France, Dominique Reynié, Roland Cayrol, Gaël Brustier et bien d’autres évoluent peu ou prou dans leurs interprétations de la « montée » inexorable de Marine Le Pen et de l’ensemble des « populismes » européens. Ils commencent à abandonner la « reductio ad hitlerum » et la culpabilisation du peuple français, contrairement à la caste médiatique des Duhamel-Askolovitch-Apathie-Elkrieff et autres « chiens de garde » de la pensée unique (2).

Pourquoi ces « têtes d’œufs » piliers de talk-shows télévisés commencent-ils à faire leur vrai travail de sociologues ou de politologues, même face à des journalistes qui nous jouent encore la partition des « années 30 » ? (Partition totalement idiote puisque cela voudrait dire que les « populismes » actuels seraient pilotés par des idéologues qui avaient au moins 20 ans en 1930, dont qui seraient centenaires aujourd’hui !) Sans doute que, malgré leur formatage idéologique à Sciences-Po ou au CNRS, leurs professions les amènent davantage à prendre connaissance du terrain, par des enquêtes ou des sondages. Contrairement à la horde de bobos parisianistes qui vivent en vase clos, loin des RER de banlieue où règne la « racaille », des files d’attente à la CAF et à l’hôpital au milieu des voilées et des barbus, des emplois précaires, des déserts industriels de province et de la « France profonde ».

Certes, tout cela est encore ténu et diffus, et même marginal. Il y a encore beaucoup d’« intellectuels » autoproclamés qui, du haut de leur chaire prétentieuse, continuent aveuglément à appliquer le catéchisme officiel qui dénie les réalités, qui méprise les « Français d’en bas » et qui glorifie toutes les identités, toutes les cultures, toutes les mœurs, toutes les morales, toutes les valeurs… sauf celles de 90% des nôtres. Les Laurent Mucchielli, les Caroline Fourest, les Wolton, les Wieviorka, les Perrineau, les Merieu, les Attali, les Borloo continueront à concourir aux Bobards d’Or (3) ou au Prix Lyssenko (4) aux côtés de Chloé Leprince, de Jean-Jacques Bourdin, du Figaro, du Nouvel Obs et de France 2.

Mais revenons aux sociologues qui commencent à mieux sociologiser et des sondeurs qui commencent à poser les bonnes questions. Pour ne citer qu’un exemple assez représentatif, lisons un « chat » du site du quotidien Le Monde, où les internautes interrogent Alain Mergier (qu’on ne peut soupçonner d’être de droite) qui donne quelques clés assez réalistes pour comprendre le succès de Marine Le Pen et du Front national dans les « classes populaires » (5).

Evidemment, il y a encore quelques relents de politiquement correct dans cet article, comme quand Alain Mergier compare l’anti-islamisme à l’antisémitisme (ce qui lui permet d’évacuer les problèmes intrinsèques à l’islam) ou déconnecte les problèmes d’intégration des flux migratoires. Mais l’essentiel est tout de même dit et résume assez bien ce qu’on lit également de plus en plus chez Dominique Reynié ou Gaël Brustier :

– Le succès de Marine Le Pen survient surtout dans les classes populaires, à cause de la dégradation de leurs conditions de vie. Mais cette dégradation est double : d’une part sur le plan économique et social, et d’autre part sur le plan « symbolique » (sic !), culturel, identitaire (donc à cause des problèmes d’intégration des immigrés et ses conséquences, et évidemment de l’abandon de toute politique d’assimilation par nos gouvernants).

– La gauche ne peut plus répondre aux attentes de ces gens puisqu’elle ignore ces problèmes d’intégration, d’immigration, de « déculturation » (pour ne pas dire d’islamisation). Et c’est encore pire à l’extrême-gauche (n’est-ce pas, Monsieur Mélenchon ?)

– La droite ne peut pas répondre non plus parce bien qu’elle traite de ces problèmes (surtout en paroles, mais ni en actes ni en résultats), en revanche elle ne remet pas en cause le modèle mondialiste, les marchés financiers, l’européisme, l’islamiquement correct qui génèrent la dégradation de la vie des « classes populaires ».

– Or ces gens du peuple (qui sont moins idiots que ne le croient nos dirigeants et nos bouffons médiatiques) font parfaitement le lien entre cette double dégradation (matérielle et culturelle/identitaire) et la mondialisation que continue à prôner l’UMPS comme une fatalité incontournable.

– Donc finalement seule Marine Le Pen semble donner une réponse globale et complète à une attente globale et complète des milieux populaires, qui représentent 30% de notre société. Et cette réponse va séduire d’autres catégories de Français dans les mois qui viennent (et je dirais que ça commence déjà au vu des sondages : petits commerçants, patrons, retraités, fonctionnaires, jeunes bourgeois, etc.) Cela est parfaitement logique puisque ces milieux sont eux aussi de plus en plus victimes de la double dégradation de leur environnement économique et culturel.

– Et on constate le même phénomène partout en Europe, avec des intensités variables et des variantes locales.

Ni l’UMP ni le Parti socialiste (et évidemment ni le Modem ni les Verts ni l’extrême-gauche) ne pourront répondre aux attentes des Français, ce qui explique que leur attitude envers Marine Le Pen n’est pas de proposer des contre-propositions, mais de développer des stratégies de démolition et de dénigrement. Mais hélas (pour eux), c’est tout autant voué à l’échec.

En effet, Alain Mergier explique : « Aujourd’hui, manifestement, pour le plus grand nombre des électeurs, [le FN] est devenu un parti de gouvernement. L’intention de vote n’est plus aujourd’hui motivée en termes de vote-sanction, de vote de colère, et encore moins de vote de mauvaise humeur. C’est un vote qui est devenu un vote « positif » vis-à-vis de Marine Le Pen, de qui on attend un acte fort, décisif, de rupture dans le cours actuel de la dégradation de la situation qui est vécue au quotidien. »

Cela fiche en l’air la stratégie de l’UMP (tendance Copé) qui affirme que Marine Le Pen est juste là pour critiquer comme le faisait son père, ou qui se contente de railler et de caricaturer le nouveau programme du FN. Surtout que selon Mergier, « les attentes politiques s’expriment en matière d’actes, et non pas tant en matière d’actions ou de programmes. Dans l’étude, lorsque nous avons souligné ce que vous soulignez dans votre question – sortie de l’euro, reconduite des émigrés –, d’une certaine façon, les personnes interrogées disaient : on verra, le problème n’est pas là aujourd’hui, le problème, c’est que quelqu’un soit capable de trancher avec la situation actuelle, de rompre. Autrement dit, l’argument de la dangerosité du programme n’est que très peu efficace par rapport à l’attente qui s’exprime vis-à-vis de Marine Le Pen aujourd’hui. »

Exit aussi le discours de la gauche qui accuse la droite de « faire monter le Front national » et qui reproche aux médias de donner la parole à Marine Le Pen, Eric Zemmour, Elisabeth Lévy, Eric Brunet et autres Robert Ménard. C’est inverser causes et conséquences. Il est faux de dire que ces gens fabriquent l’opinion. C’est le contraire : ils sont de plus en plus populaires parce qu’ils parlent vrai sur les problèmes de Français, mais ces problèmes sont préexistants à leur médiatisation trop longtemps occultée. Alain Mergier confirme : « Le vrai phénomène, en réalité, n’est pas le phénomène médiatique de l’émergence de Marine Le Pen, c’est la dégradation historique des conditions de vie réelles des milieux populaires qui, rappelons-le, représentent 30 % de la population française. Le succès de Marine Le Pen aujourd’hui est d’abord lié à ce phénomène-là. »

Et le mot « historique » est important, puisque cela veut dire :

– qu’on n’a pas de précédents dans l’Histoire (ce qui est logique puisqu’il n’y a pas de précédents à la mondialisation) et donc que toute analogie historique (« années 30 », 1945, 1789, fin de l’Empire romain, etc.) est vaine ;

– que les solutions classiques (pragmatiques ou idéologiques) de gauche comme de droite sont inopérantes.

On le constate d’ailleurs dans les discours politiques : on débattra à C dans l’Air ou autres talk-shows pendant des heures de la vidéosurveillance, de l’interdiction de la burka, des primaires au PS  ou de la prime de 1000 euros, mais ce ne sont que cautères sur jambe de bois tant qu’on n’attaquera pas la cause initiale de la maladie européenne : la mondialisation et ses corollaires (perte du tissu industriel, immigration-islamisation, déculturation, délinquance, etc.)

L’inefficacité des promesses de l’UMP et du PS, ou des sparadraps et des aspirines du gouvernement, ne signifie pas pour autant que les solutions de Marine Le Pen seront efficaces, mais elles ont au moins de mérite d’une plus grande hauteur de vue. Le sociologue Alain Mergier explique bien que ce n’est pas le plus important. Peu importerait l’ivresse pourvu qu’on ait le flacon. Ce qui fait l’efficacité de Marine Le Pen, c’est qu’il y a en quelque sorte la bonne personne à la bonne place et au bon moment. Et ça aussi c’est « historique ». D’ailleurs dans les blogs des fans de Marine Le Pen, on la compare à Jeanne d’Arc, à De Gaulle, à Churchill, alors qu’on ne le faisait pas pour son père.

D’autres pays européens ont également découvert leurs messies présumés : Geert Wilders aux Pays-Bas, Oskar Freysinger en Suisse. Mais cela ne veut pas dire qu’en l’absence de leader charismatique, le peuple n’a pas exactement les mêmes attentes puisque comme nous l’avons vu, c’est le besoin qui précède la solution et c’est la fonction qui fait l’organe. En effet, on constate exactement les mêmes problèmes dans d’autres pays européens où aucun parti « populiste » n’a réussi à rafler la mise : en Grande-Bretagne, en Espagne, en Allemagne, on connaît les mêmes phénomènes de paupérisation, d’islamisation, d’insécurité qu’en France, on remet en cause l’immigration et le modèle multiculturel, on s’oppose aux minarets et aux foulards, on en a marre d’une mondialisation destructrice d’identité.

Il y a des nuances selon les pays. Certains mouvements identitaires qui percent sont plutôt libéraux (économiquement) comme l’UDC ou le parti de Wilders, et d’autres ont carrément pris des valeurs de gauche comme le Front national. Certains sont nationalistes, et d’autres régionalistes. Il y a aussi des approches intermédiaires et des passerelles : en France, Marine Le Pen commence à prôner le localisme cher au Bloc identitaire, alors que celui-ci fort régionaliste et européiste s’allie dans des actions communes avec les jacobins de Riposte laïque sous le drapeau tricolore et la Marseillaise, le saucisson franc-comtois et le pinard provençal.

Mais cela traduit justement le fait que le point commun à tous ces mouvements est essentiellement identitaire et culturel, et qu’ensuite chacun s’adapte à juste titre à l’identité, à la culture et aux valeurs historiques de son propre pays. Et accessoirement qu’il doit parfois faire d’un peu de pragmatisme pour des raisons d’alliances électorales ou d’autres enjeux locaux. Dans tous les cas, c’est bien une réaction  à la mondialisation et à ses conséquences : ouverture des frontières aux personnes et aux produits, « métissage », islamisation, perte d’identité, dégradation sociale, écologique et culturelle.

Ni l’UMP ni le PS ne pourront répondre à ces attentes des Français, et ils sont tous deux condamnés à la schizophrénie et à l’impasse. L’européisme et l’ultra-libéralisme religieux de l’UMP entre en conflit avec ses valeurs d’ordre et de sécurité et avec son nationalisme de façade. C’est l’une des raisons de l’implosion actuelle du conglomérat sarkozyste. Dans le parti de Martine Aubry en pleine dévotion internationaliste et strauss-kahnienne, on nage aussi dans les impossibles équations en prétendant par exemple défendre les travailleurs ou la laïcité tout en favorisant l’immigration légale ou illégale et en courtisant les barbus. Et comme les leaders de gauche sont moins pragmatiques que ceux de droite, ça se traduit plutôt dans leurs cas par une rupture entre élus et électeurs.

Il ne s’agit pas pour autant de donner un chèque en blanc à Marine Le Pen, dans un nouveau « tout se vaut » irresponsable. Ce n’est ni le rôle ni l’intelligence de Riposte laïque. Nous sommes des chercheurs de vérité, et nous serons impitoyables sur les flacons comme sur les ivresses. Nous restons sur notre ligne de dénonciation de la trahison des élites tout en prônant une union des deux rives, indispensable à la révolution qui est en marche. Nous n’avons pas à trancher entre Front national, Bloc identitaire, Debout la République, André Gérin ou autres chevènementistes. Nous continuerons à soutenir des personnalités (certes rarissimes) de droite ou de gauche quand elles se démarquent nettement du politiquement correct et de l’aveuglement coupable de leurs milieux respectifs. Nous continuerons à aller partout où on nous invite à débattre, en esprits libres et sans compromissions.

Mais nous savons que désormais, la majorité des Français partagent nos opinions sur l’islam et ses dangers, que la peur a changé de camp, et par conséquent que l’inéluctabilité et le sens de l’Histoire ont également basculé : la mondialisation n’est plus la fatalité qu’on nous décrivait, et ce qui apparaît désormais comme incontournable et inévitable, c’est l’aboutissement de la révolte sociale et identitaire du peuple de France et des peuples européens qui veulent redevenir maîtres chez eux. Mais n’est-ce pas là l’essence même de la République sociale et de la démocratie participative ?

Cyrano

(1) http://www.lexpress.fr/actualite/monde/cinq-choses-a-savoir-sur-les-neo-populismes-en-europe_984395.html
(2) http://ripostelaique.com/15-ans-apres-les-chiens-de-garde-nouveaux-sont-arrives.html
(3) http://ripostelaique.com/ceremonie-des-bobards-dor-askolovitch-et-chloe-leprince-primes.html
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Lyssenko
(5) http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/04/22/le-succes-de-marine-le-pen-est-lie-a-la-degradation-des-conditions-de-vie-des-milieux-populaires_1511732_823448.html

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