Nice à l'heure de la pensée libre et de la laïcité

L’ALPAM, L’ISLAM ET LA LAICITE

Samedi 10 octobre, l’Association des Libres Penseurs des Alpes-Maritimes (ALPAM) tenait à Nice un colloque dont le thème était : «Comment présenter la laïcité aujourd’hui ? ». C’est dans ce cadre que je devais parler des rapports entre «islam et laïcité», ce que je fis en toute transparence, c’est-à-dire sans retenue théorique !
Les réactions furent nombreuses, et le débat particulièrement animé, ce qui montre qu’un discours fortement laïque ne saurait laisser indifférents les laïques eux-mêmes.
La pensée fut donc libre, et les remarques sur la pensée libre aussi. Qu’est-ce, en effet, qu’une pensée libre ? C’est une pensée libérée de la peur de dire, et qui, de ce fait, invite à arpenter les espaces les plus audacieux qu’autorise toute prise de parole.
Mais c’est aussi une pensée qui s’exprime sans être interrompue ni sans interrompre. Le respect verbal et moral de chacun n’est pas ailleurs : on n’attaque personne ; seules les idées peuvent être malmenées. Et c’est tant mieux, car les craintes et les tremblements ad hominem donnent invariablement naissance au politiquement correct, c’est-à-dire à la confiscation du discours.
Le discours a d’ailleurs failli être confisqué à deux reprises :
– La première fois lorsque l’on m’a fait remarqué que je n’avais parlé que des intégristes musulmans, alors que l’intégrisme catholique ou juif existe.
A l’évidence, la dénonciation de l’islamisme comme premier danger encouru de nos jours par la laïcité n’est pas encore perçue comme une évidence par tous les laïques. Mais les progrès de la charia sur notre sol les aideront à se réveiller !
– La seconde fois lorsque j’ai fait allusion au fameux «choc des civilisations» de Samuel Huntington. Or, ce n’est pas la première fois que la notion de «choc des civilisations» est reçue affectivement, et non conceptuellement. Pourtant, l’idée d’Huntington n’est qu’une façon de théoriser les relations internationales après l’effondrement du bloc soviétique, en s’appuyant sur une description géopolitique du monde fondée non plus sur des clivages idéologiques nettement marqués, mais sur des oppositions culturelles plus floues, qu’il appelle «civilisationnelles», et dans lesquelles le substrat religieux tient une place centrale, ce qui explique, entre autres, leurs relations souvent conflictuelles, car Dieu est un Absolu, et lorsque deux Absolus se rencontrent de front, ils sont comme «deux bouc de l’ombre, sur le pont de l’infini» (Hugo, Les Misérables, cinquième partie).
Voilà ce que l’on oublie lorsque l’on condamne d’entrée de jeu la théorie d’Huntington, et cela me paraît grave, car cette vision à haut risque permet néanmoins de comprendre la nature périlleuse de nos «accommodements raisonnables» avec l’islam.
Mais, objectera-t-on, l’islam n’est pas l’islamisme, pour la bonne raison que les un milliard trois cents millions de musulmans vivant actuellement sur la terre sont loin d’être tous des islamistes !
Quelle différence y a-t-il donc entre «islam» et «islamisme» ? La réponse est simple : l’islam est étranger à l’islamisme, sitôt qu’il ne fait pas parler de lui, autrement dit sitôt qu’il épouse les valeurs républicaines. Mais qu’il fasse parler de lui, et ce même islam devient islamiste, parce qu’il ne peut faire parler de lui qu’en ne voulant que lui, c’est-à-dire en refusant les valeurs émancipatrices, laïques et féministes de la République.
D’où l’urgence dans laquelle nous sommes, en France, de multiplier les discussions et les actions semblables à celles qu’organisent l’ALPAM de Nice, le Comité 1905 de Draguignan, l’Observatoire Méditerranéen de la Laïcité de Carqueiranne, le Cercle Condorcet de Fréjus Saint-Raphaël et bien d’autres, que je salue ici fraternellement.
Maurice Vidal

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