Nicolas Gardères : un juriste qui fait honte à sa formation

Publié le 27 août 2015 - par - 6 commentaires - 1 162 vues
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GarderesavocatMaitre Gardères a parfaitement raison de défendre l’honneur de sa profession qui est de défendre toutes les personnes, ou d’aider toutes les personnes à faire valoir ce qu’elles considèrent comme leurs droits, quelles que soient leurs opinions.

C’est l’exercice de cet art qui en soi, même si les personnes croient à tort avoir des droits qu’elles n’ont pas, ou quelle que soit l’horreur des opinions qu’elles défendent, qui protège le droit, la légalité en France. Un avocat n’a pas à trancher les problèmes d’opinion (il le peut en tant que citoyen, mais ce n’est pas son rôle d’avocat), un avocat n’a pas à faire ni la législation, ni la jurisprudence, dans la mesure où la jurisprudence a une importance dans le droit français.

Je pensais que Nicolas Gardères défendait des personnes dont il ne partage pas les opinions, en fonction de cette conception-là de son rôle, l’avocat dans le « combat pour le droit ».

Mais les arguments qu’il avance dans son article pour expliquer son assistance à une association revendiquant l’application d’un point de droit islamique au nom de la liberté religieuse, est honteuse pour quelqu’un qui a reçu une formation intellectuelle minimum, une formation en droit qui plus est.

Que Nicolas Gardères traduise la vision de Riposte laïque en disant que ses militants sont pour le choc des civilisations et la guerre totale à l’islam, peut se discuter. Je tiens juste sur ce point à préciser, même si je ne fais pas partie de la rédaction de Riposte laïque, que tel n’est pas du tout mon point de vue. D’une part, parce que le livre de Samuel Huntington n’est pas un encouragement à un choc des civilisations, mais une explication des chocs qui se produisent afin de montrer comment les éviter justement. D’autre part, parce que l’expression « guerre totale à l’islam » signifie se battre contre des populations identifiées comme musulmanes, se battre totalement contre elles, ce qui n’est en aucun cas ce que je prône, ni de près ni de loin, et même tout au contraire : je prône la dénonciation de la doctrine guerrière qu’est l’islam pour supprimer les sources de cette guerre qui sont dans les esprits, je prône des mesures matérielles pour s’opposer à des agressions de certains parmi les musulmans, ceux qui commettent des agressions, je prône un arrêt de la politique migratoire parce que cette politique encourage les tentatives des musulmans les plus fanatiques.

Nicolas Gardères aurait pu se contenter de dire en substance : Moi, avocat des libertés fondamentales, je défends une association qui pense que la liberté religieuse recouvre selon le droit français, le droit d’appliquer une part du droit islamique, je défendrais son point de vue devant la justice française, face éventuellement à d’autres associations, qui plaideront avec l’aide d’autres avocats, que le droit français n’a pas cette conception là des limites de la liberté religieuse, et les juges décideront.  Il aurait parfaitement pu affirmer que son rôle d’avocat est d’aider des justiciables à faire valoir ce qu’ils estiment être leur droit, que ce soit à tort ou à raison. Il aurait parfaitement pu affirmer que son rôle d’avocat n’est pas de décider par avance si telle personne se trompe ou a raison dans sa vision de ses droits, mais qu’il incombe aux juges de le faire, ainsi qu’au législateur.

Il est tout à fait inutile qu’un avocat fasse des déclarations générales sur un sujet pour être cohérent avec sa défense de telle ou telle affaire particulière : car dans chaque affaire, les situations sont particulières, et c’est l’application de la loi générale, à tel cas avec ses spécificités qui est examinée par le tribunal. Les parties ou la personne accusée invoquera des principes généraux  ou une vision générale d’un sujet, et son avocat l’exprimera à la Cour, mais il le fera par rapport au contexte particulier de l’affaire. Un avocat peut parfaitement défendre dans une affaire le point de vue d’un client donc il ne partage pas les principes ni la vision de la loi en général, dès lors que son rôle se borne à expliquer aux juges en quoi son client estime que dans son affaire la loi lui donne raison.

Mais Nicolas Gardères ne s’est pas borné à définir ainsi son rôle d’avocat. Il a tenu à déclarer, comme des vérités évidentes, certaines de ses opinions.

Ce qui est inadmissible de sa part, est d’affirmer que l’islam n’est pas, comme le fut le nazisme, une idéologie visant à renverser toutes nos libertés, égalité des sexes comprise, alors que le droit musulman prône explicitement et clairement le combat pour imposer la loi discriminatoire, la loi prônant des traitements cruels inhumains et dégradants, et des crimes tels le viol et le racket, la loi de Dieu selon la vision coranique.

Nicolas Gardères fait comme s’il était normal d’ignorer le droit musulman : là est la honte de son article et de son attitude.

Nicolas Gardères énonce comme une vérité établie, des contrevérités manifestes pour toute personne ayant lu les principales sources du droit musulman.

Nicolas Gardères affirme cela en tant qu’avocat, en tant que personne compétente dans le domaine juridique. Sa responsabilité est d’autant plus engagée.

Nicolas Gardères est certainement sincèrement convaincu, au moment où il écrit, qu’il dit des évidences. Il n’empêche que la conséquence de ses déclarations, ici ou dans le même sens sur TV-Libertés, est de renforcer le poids de la propagande en faveur de la loi islamique, puisqu’il innocente celle-ci de tout objectif subversif contre notre République.  Il aurait pu réserver ce discours-là sur la loi islamique à la plaidoirie, devant les cours de Justice, qui savent sans doute que dans ce cadre, les avocats délivrent les arguments de leur client, la pensée et le point de leur client et non le leur. Mais il ne parle pas dans ces médias, uniquement en porte-parole du point de vue de son client devant la justice, il parle en son nom propre et en sa qualité de juriste.

Nicolas Gardères, comme tous les intellectuels qui parlent en tant que spécialistes d’un sujet, ne peut pas plaider l’ignorance : sa compétence fait qu’il a parfaitement la capacité de connaître les limites de son savoir. Il aurait parfaitement pu dire : j’ai décidé de défendre le point de vue de mon client sur la liberté religieuse, car je considère que tel est mon rôle d’avocat, mais j’avoue ne pas avoir pris connaissance du droit islamique, et ne pas être en mesure de savoir si celui-ci a telle ou telle visée, et ne pas être en mesure de le comparer à d’autres idéologies, notamment au racisme blanc ou au négationnisme.

Mais non, il va au-delà, pour je ne sais quelle raison, et je ne vois pas de preuve en effet d’un intérêt honteux dans sa décision.

Objectivement il participe au renforcement des partisans d’une idéologie invasive par rapport à la volonté du peuple français (dont celle des Français qui se pensent à la fois musulmans et partisans du droit français, car je pense qu’ils sont effectivement nombreux  et existent : toutes les incohérences sont dans les esprits). Objectivement, il y collabore, à la fois par conviction car il pense que son action est conforme aux principes démocratiques, et contrairement à ses propres convictions, car bien évidemment il ne veut aucunement aider une idéologie théocratique et invasive.

Je lui reproche sa négligence, son incurie. Mais je rappelle tout de même, tout de même … à ceux qui l’attaquent violemment, qu’à la différence de nombreuses personnes dont il partage les « idées » sur l’islam, non seulement il n’a jamais poursuivi des opposants à l’islam, mais qu’il est un des rares à s’être porté volontaire pour les défendre, et à le faire savoir publiquement aussi, alors qu’il risquait ô combien d’attaques féroces pour l’avoir fait. Il ne faudrait tout de même pas oublier ce courage-là.

Sa démarche initiale, être avocat en somme, est très importante aujourd’hui où la liberté d’expression et d’autres libertés fondamentales sont autant remise en cause, où nous sommes autant menacés par la conception révolutionnaire du « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».

C’est pour cette raison-là même que je suis furieuse de le voir proférer des propos aussi inconsidérés : je pense qu’ils diminuent très nettement la force de sa démarche initiale d’avocat, défendant les libertés et son rôle d’avocat, qui est essentielle pour leur conservation.

Les mosquées sont régulièrement construites juste à côté d’églises ou de synagogues. La tactique est efficace. Nicolas Gardères devrait se poser plus de questions sur les raisons du choix de son nouveau client. Le sacerdoce est une chose, le masochisme en est une autre.

Elisseievna

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6 réponses à “Nicolas Gardères : un juriste qui fait honte à sa formation”

  1. Spipou dit :

    Deux chose, d’abord :

    – Enfin un article ou Nicolas Gardères n’est pas traité de traître ! Ca fait du bien !

    – Enfin encore, quelqu’un qui a LU Le choc des civilisations !

    Bien, ceci étant dit, et j’en avais besoin, merci pour votre article, Elisseievna. Mais je ne serais pas tout à fait d’accord avec vous sur certains points. Même si Maître Gardères est quelqu’un de cultivé et d’intelligent, et ça se sent dans sa lettre, je ne suis pas dans sa tête mais connaît-il vraiment le droit islamique ? Il a une formation de juriste en droit français, et il connaît donc le droit français et certainement le droit romain, peut-être a-t-il lu un peu de droit islamique… Mais je reviens toujours à mon dada, la psychologie et la puissance effrayante de l’inconscient sur ce qu’on croit être notre pensée… Quand on a des convictions, il est tellement difficile de les abandonner. Je pense qu’enfant de mai 68, il a cru – comme moi et comme je le disais dans un commentaire sous un autre article, à l’avènement d’une humanité fraternelle et en paix. La désillusion est très dure, et à moi, il y a 10 ans, il m’a fallu passer par mal de douleurs quand j’ai découvert, je m’en souviens très bien, Ayaan Hirsi Ali. Ca a été une révélation, mais une révélation dans la souffrance. C’est plus tellement facile, et tellement moins douloureux, de se laisser bercer par « ce n’est pas ça, l’islam ». Je ne dis pas ça pour le prendre pour un benêt, mais pour dire que je comprends sa démarche, et que même si je n’approuve pas sa conception de la liberté religieuse – qu’il appartiendra à l’avocat de la partie adverse de démonter – je peux comprendre sa cohérence, qu’il exprime très bien dans sa lettre : il considère que c’est un droit pour les musulmans de ne pas manger de porc, et c’est vrai que s’il n’y avait que cela ce serait bien anodin. Nul besoin d’étudier le droit islamique pour plaider cette affaire, elle peut l’être en droit français, et après tout (toujours si c’était uniquement une question de porc dans les repas), la revendication peut à première vue paraître recevable et de bon sens, si l’on fait abstraction de tout le reste, de toutes les autres revendications, toujours en considérant que pour le reste « ce n’est pas ça l’islam ». L’erreur qu’il fait, à mon avis, c’est de refuser de considérer que cette revendication précise, de ne pas manger de porc, n’est pas à prendre de façon isolée, et qu’elle fait partie d’un ensemble, qui inclut, entre autres, le statut inférieur de la femme et de l’infidèle, ne pas se mettre dans une certaine direction par rapport à La Mecque pour déféquer, les châtiments barbares, le droit de tuer pour assurer la domination de la seule vraie religion, etc. L’erreur à mon sens est de refuser de considérer qu’il s’agit là d’un corpus légal global et cohérent, à prendre ou à rejeter en bloc. Mais je ne lui jetterais pas la honte au visage… Je lui demanderais plutôt de réfléchir à la notion de liberté religieuse, et d’accepter d’étudier plus à fond le sujet, d’une part en étudiant plus profondément l’islam et d’autre part en considérant les exigences qu’a posées Napoléon aux juifs avant de leur accorder la citoyenneté, et les exigences – terribles : il y a eu les grandes spoliations, même des morts… de nombreux militaires de tous grades ont refusé d’obéir aux ordres, j’ai chez moi quelques textes qui en témoignent et j’ai même un exemple dans ma famille, mon arrière-grand-père, membre du Conseil Supérieur de la Guerre, excusez du peu, allant à la messe en grand uniforme lors de l’Affaire des Fiches ! – de la loi de 1905.

    Mais je ne désespère pas. Etant donné sa finesse d’esprit, qui n’a rien de comparable avec la brutalité d’un Emmanuel Todd – j’ai le souvenir de ses tremblements presque convulsifs lors d’un débat télévisé où l’on attaquait devant lui la religion des damnés de la terre ; quand à son invention des « catholiques zombies » pour qualifier ceux qui refusent l’assassinat au nom de la même religion, c’est … … – j’espère qu’un jour il acceptera de prendre le problème à bras le corps et de faire le grand plongeon dans les tréfonds de l’islam, lire les textes fondateurs ou bien les études remarquables, de, par exemple, Sami Aldeeb.

    Mais le problème, c’est que pour un Nicolas Gardères, ouvert d’esprit, et acceptant la discussion, prenant même avec humour les invectives et conservant son amitié à ceux qui les lui ont lancées, combien d’Emmanuel Todd ? Et ce sont ces gens-là qui font « l’atmosphère intellectuelle » à laquelle se plient nos gouvernants…

    L’énorme problème si l’on envisage les choses sous l’angle de la psychologie est que le temps presse, l’actualité nous le montre. J’ai bien peur qu’avec l’accélération des évènements, ce ne soit pas l’intelligence qui en sorte grandie…

    • elisseievna dit :

      Je crois que ce n’est pas seulement l’idéologie du bien, c’est aussi, l’interdit de penser que d’autres que les européens sont dans le mal, un interdit très fort depuis que l’on a martelé que penser du mal de la religion d’autrui menait tout droit à la shoah … Je ne vois pas trace dans les écris de Nicolas Gardères d’une parcelle de connaissance du droit islamique : pourquoi s’y interesser quand on croit au citoyen universel sans racine et sans attaches ?

      • Spipou dit :

        Oui, c’est exactement ça, et ça rejoint ce que je dis. Je pense que cette croyance en le citoyen universel (c’est vrai que c’était beau, comme idée, même quand la réalité nous a obligé à l’abandonner, on en rêve encore parfois) est encore trop fortement ancrée, presque dans l’inconscient, pour pouvoir être critiquée facilement. La remettre en question, c’est une vraie douleur, presqu’insupportable. Mais c’est sûr que je fais davantage confiance en l’intelligence et en la finesse de Nicolas Gardères qu’en celles d’Emmanuel Todd pour avoir le courage d’un jour envisager le problème.

        D’autres que les européens… Je dirais même d’autres que l’homme blanc. On revient à du Kipling, mais inversé, pour le coup. La question de savoir si Gengis Khan, Tamerlan et Shaka Zoulou ont été plus cruels que le Général Custer et Hitler ne se pose même pas.

        Vous avez vu ? Quelqu’un m’a mis un « J’aime pas ». Sont-ils malicieux, ces petits gamins…

  2. Dany posey dit :

    http://ripostelaique.com/fessee-dialectique-pour-le-pervers-narcissique-garderes.html
    C’est le lien juste au dessus proposé sur le même thème. Hommage à Dany Boume le 19/3/2015 qui aurait suscité bien des commentaires s’ils avaient existés.
    Comme pervers narcissique, Gardères se croit sans limites autres que sa fantaisie, que lui, que lui.c’est un jongleur ravi de lui même. Question bonne tête, Edwy Plenel aussi semble sympa…
    A relire Dany Boume.

  3. Auguste dit :

    Nique Lagardère est devenu un spécialiste du grand écart.

  4. Joël dit :

    Bonjour. Très beau (plaidoyer) de madame Elliseïevna envers les « maladresses » de l’avocat Mr Gardères au sujet de sa défense de « Français » musulmans qui vont tout de même à l’encontre des lois de la République Française {voile, mosquée, descriminations « positives » laxismes judiciaire ethnique, hallal etc} à l’encontre elles de la vraie population Française (ne vous en déplaise)! Madame je comprends votre soucis du droit! Mais votre subtilité administrative du droit envers cette communauté me laisse fort perplexe. Maître Gardères se positionne dans un rôle ou consciemment ou inconsciemment il participe à la destruction de la Loi Républicaine armé de principes devenus au gré du temps (réel) bien superflues tant notre cohésion « ethnique » est mis en péril par l’afflux de populations principalement africaines n’ayant absolument pas cette générosité de principes et de projets! Vous même madame n’osez vous positionnez vraiment sur le fond tout en surfant subtilement sur la forme tel comme cet avocat devenu sans sans rendre compte militant d’une communauté privilégiant la charia dans son propre Pays, et le plaçant de facto en dhimitude le moment opportun! Soit ! Vous êtes bien entendu un peu plus émancipée que Mr Gardères, mais cela confine tout au plus à une réflexion administrative mais bien loin s’en faut à une réflexion intellectuelle bien plus objective sur la réalité politique de notre Nation. Vous vous placez sur un droit dévoyé par une magistrature infâme et aux ordres d’une dictature molle! Maître Gardères souffle le chaud et le froid en souhaitant tout au moins pouvoir vivre malgré ses positions idéologiques en paix pensant égoïstement que les poitrines prolétaires remettrons comme d’habitude les pendules à l’heure le moment venu.Vos situation de notables n’ont de valeurs et de pérénités que dans un périmètre de civilisation européenne et chrétienne fusse-je moi même profondément laïque, mais non moins émancipé d’idéologie de 68 suicidaires. Mr Gardères est un avocat militant soit courageux quelques fois prenant avec un plaisir juvénile le temps de scier la branche sur laquelle il est pour encore assis. Souhaitons que la situation politique dans son ensemble s’éclairciera en 2017 et que maître Gardères ne connaîtra pas les affres de la libération par le concours honteux de la tondeuse ainsi que nombres de Députés traîtres à la Nation!