Nigeria : les escadrons de la « mort islamique » frappent encore !

 Il y a des évènements violents qui interpellent. Ils interpellent d’autant plus qu’ils se répètent. En ouvrant le feu le jour de Noël sur des populations chrétiennes, le groupe Boko Haram a fait 49 morts. L’ ultimatum  qui a suivi, ordonnant aux chrétiens du Nord du Nigeria  de quitter le territoire (auquel on veut, sans doute,  donner une coloration de pureté  islamique), ayant expiré, ces tueurs fondamentalistes sont repassés à l’action investissant, de nouveau, une église pour un nouveau forfait. Vont-ils continuer cette épuration religieuse encore longtemps ?  Que peuvent faire les autorités ? 

 Mais, d’abord,  qui est ce groupe nommé Boko Haram ?  

Il fut fondé  en 2002 par Mohamed Yusuf à Maiduguri capitale de l’état de Borno au Nigéria… Au départ des écoles coraniques pour les pauvres  dans lesquelles on enseigne l’islam originel et qui recrutent,  donnant comme objectif la domination de l’islam et l’imposition de la  charia partout et pour tous. Ce groupe s’en prend d’abord aux musulmans jugés trop mous, pas assez pro charia … !  Puis vient ensuite une volonté claire de partir en guerre contre l’Occident (Boko= occident ) et Haram (impur, illicite).  Chasser ces chrétiens que je ne saurais voir…. !  Par qui ce groupe est-il  financé ? 

L’armée et le pouvoir politique entre 2004 et 2009 réussissent à mettre en fuite une partie de l’organisation au prix de combats violents, Mohamad Yussuf est exécuté  et  300 islamistes meurent dans les affrontements. Ils reviennent ensuite à la charge pour malmener et chasser les chrétiens, l’épuration de ces populations devenant  ensuite, à partir de 2010 et 2011, l’objectif semblant prioritaire. D’où les récents évènements ou aux cris de : « Allah Akbar », on les prend pour cible dans  les églises le jour de Noël ( on ne peut envoyer message plus clair) ou bien lorsqu’ils enterrent  leurs morts cette dernière semaine. 

Fidèles à la doctrine chrétienne,  les responsables religieux invitent leurs fidèles à  ne pas chercher la vengeance et à garder leur calme. Ils leur demandent notamment de protéger leurs familles et leurs biens contre ces attaques. Que peuvent faire ces chrétiens quand ils deviennent la cible des fous d’Allah : « Si on te frappe la joue droite tend la joue gauche  » ? Doivent-ils en revenir aux fondamentaux du christianisme et accepter de mourir en martyrs en étant certains du paradis que leur promet leur religion, aller à la droite du Père éternel (1)? Fuir le pays en quittant le Nigeria du nord  pour rejoindre, dans le sud,  leurs frères en religion ? 

Il faut signaler que les évangélistes américains font un malheur au sud Nigeria en convertissant en grand nombre  des Africains en recherche de foi. On comprend aisément qu’il est plus tentant  de rejoindre la chrétienté du gospel que rejoindre l’islam de la charia, du niqab, de la polygamie et de la lapidation. Boko Haram craint-il que l’influence de l’islam ne  soit grignotée par une entrée en force de la chrétienté dans cette partie de l’Afrique? Veut-il chasser définitivement les occidentaux qui restent les grands maîtres de l’exploitation du pétrole ? A tout cela s’ajoute une très importante croissance  démographique, la population étant passée de 130 millions en janvier 2001 à 160 millions en janvier 2009. 

En Afrique, face à la réalité de la  difficile coexistence entre des communautés qu’elles soient basées sur l’ethnie ou la religion, quelles solutions sont envisageables ? Au Soudan, un référendum, largement approuvé par la population, a décidé d’une séparation, en créant deux états, économisant, peut-être, des  massacres. Au Nigeria du Nord,  où l’islam veut imposer sa loi on assiste aujourd’hui à ce qu’il faut bien appeler des pogroms anti-chrétiens.  Peut-on alors penser l’avenir en avançant, sur un plan international,  l’idéal béat de la société multiculturelle  qui résoudrait tout, à plus ou moins long terme, et laisser faire ?  

Sur un plan plus large, quand les spécialistes en religion sont invités, en France par exemple,  à réfléchir à la question du sort des chrétiens en terre d’islam, on entend souvent dire : «  Ce serait dommage que les chrétiens ne restent pas en Orient ». Mesure-t-on les conséquences réelles d’un tel positionnement ? Rester en terre d’islam à quel prix ? Celui du martyr comme les premiers chrétiens ? On nie par exemple, pour les évènements du Nigeria, le côté confessionnel, (personnes attaquées sur leur lieu de culte le jour de Noël) préférant mettre en avant un problème  de gouvernance politique. Ces personnes sont certaines que, oui, toutes les communautés religieuses peuvent survivre avec l’islam, qu’il faut rester optimistes que les choses vont s’arranger, même s’ils constatent la montée en puissance des partis et des revendications islamistes quant à l’application de la charia.  

C’est une manière de voir les choses rappelant singulièrement les mouvements pacifistes des années 30 qui, ne voulant pas voir la réalité et  prônant une idéologie sympathique, ont sous-estimé la violence du moment et le génocide  qui se préparait. 

Chantal Crabère 

(1) On ne compte plus les exactions commises contre les chrétiens en terre d’islam.

 

 

 

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