Noël, cet esprit d’enfance

Publié le 24 décembre 2018 - par - 8 commentaires - 405 vues
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En vieillissant, on voit généralement à ses parents d’énormes défauts, c’est entendu. On leur pardonne, ou pas. En ce qui me concerne, je leur serai toujours reconnaissante d’avoir su créer une grande joie autour de Noël. Joie que je retrouve intacte en moi chaque année, en me souvenant de ces Noëls-là. Et que j’essaie avec plus ou moins de succès de faire revivre à ma famille.

C’était tout un cérémonial, avec des étapes connues d’avance, incontournables et immuables.

Il y avait d’abord la longue période de l’attente, qui commençait en novembre. Les enfants disaient ce qu’ils espéraient pour Noël, les parents écoutaient. Mon père essayait de nous faire deviner certains cadeaux. « Cela fait boum, badaboum, boum », disait-il, et personne ne trouvait. C’étaient des patins à roulettes qui, à l’époque, faisaient un bruit d’enfer.

Ma mère faisait une crèche provençale, ce qui prenait beaucoup de temps et beaucoup de place…

Puis, les derniers jours, affairés, les parents revenaient de mystérieuses courses en ville et cachaient dans leur chambre de non moins mystérieux paquets. On ne devait pas poser de questions et on devait faire semblant de n’avoir rien vu. Nos parents ne nous ont jamais fait croire au père Noël. Nous savions que les cadeaux venaient d’eux, de la part de l’enfant Jésus.

Le 24 décembre, nous mettions nos chaussures devant la crèche. Nos parents faisaient à nouveau des allées et venues entre leur chambre et le salon et, là aussi, nous faisions semblant de ne rien voir. Puis, le salon était fermé et nous n’avions plus le droit d’y aller.

Nous allions tous ensemble à la messe de minuit qui, à l’époque, était à minuit. Et en latin. Dès l’âge de sept ans, j’y suis allée avec eux, parfois sur une neige craquante dans un froid bleuté. Jouez hautbois, résonnez musettes. Dominus vobiscum. Sur nous le ciel a envoyé sa rosée…

L’ennui, c’est qu’il y avait une seconde messe brève puis une troisième, très courte, et que souvent mes parents avaient envie d’y assister aussi. Alors là, je n’ai jamais de ma vie expérimenté une telle impatience. Après moult longueurs, flexions, génuflexions, bénédictions, pas mal d’énervement rentré et la crainte d’exploser, après avoir désespéré, après avoir maintes fois tiré la manche de Maman et lui avoir demandé si ce n’était pas bientôt fini, contre toute attente nous rentrions à la maison, serrés les uns contre les autres pour éviter la morsure du froid. La porte du salon était ouverte et nous nous précipitions.

Pendant ce temps, le vieux tourne-disques gris, un Pathé-Marconi « La voix de son maître », nous restituait les chants des anges, au milieu de grésillements et de crachotements qui nous semblaient normaux.

Même ma seconde sœur aînée, résolument acariâtre, en oubliait, l’espace d’un éclair, de me pincer en cachette et de me faire enrager.

Quelle joie de trouver les quelques cadeaux que j’avais demandés, espérés, tant attendus, toujours plus beaux que dans mes rêves ! Mon père, extrêmement sévère dans la vie quotidienne, souvent taciturne, ne lésinait jamais sur les cadeaux. Heureux temps, dont je n’étais même pas consciente… 

Puis nous savourions ensemble une collation, toujours la même, et vers quatre ou cinq heures du matin, j’allais me coucher, exténuée, avec mes cadeaux à côté de moi, craignant de les perdre de vue un seul instant. Je faisais des rêves magnifiques et, dès le réveil, je regardais mes cadeaux qui, par bonheur, étaient toujours là, près de moi.

J’avais souvent des poupées, car j’aimais tant y jouer. Je leur donnais des noms classiques mais mon père les surnommait toujours des noms les plus extravagants de la mythologie grecque. Après m’être copieusement fâchée, je leur laissais ces prénoms et j’oubliais les autres. Arthémise-Eudoxie, Aglaé… j’ai toujours ces poupées, au fond d’ un placard.

Le lendemain, de très vieilles (elles me semblaient telles), raisonnables et débonnaires personnes de la famille venaient nous voir, les bras toujours chargés de chocolats. Nos parents étaient particulièrement indulgents et patients, fermant les yeux sur mes bêtises possibles, ce qui était tout à fait inhabituel…

Au déjeuner, nous mangions invariablement des bouchées à la reine en entrée. Comme elles me semblaient énormes, je demandais rapidement la permission de me lever de table pour aller jouer et elle m’était accordée. Aujourd’hui encore, je ne peux pas voir des bouchées à la reine sans me souvenir de ces Noëls.

Hélas, tout a une fin, même les Noëls chaleureux de l’enfance. Mon père est décédé prématurément et les Noëls de ma jeunesse n’ont plus jamais été les mêmes. Souvenirs, souvenirs. Mais chaque année, je m’efforce de revivre ces Noëls et je ressens à nouveau cette effervescence, cet inoubliable esprit d’enfance.

Noël, pour moi, c’est la paix, la trêve. Mais pour repartir d’un bon pied dans tous nos combats, juste après.

Sophie Durand

 

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Notifiez de

Une petite fille dont la poupée répondait au doux nom d’Arthémise-Eudoxie ne pouvait que devenir une femme exceptionnelle !
Nous en avons la preuve aujourd’hui…
Merci infiniment, chère Sophie, pour ces souvenirs d’enfance tellement émouvants.
Que ces journées de fête et de foi vous soient douces, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers.
Amitiés patriotiques,
Raphaël

Sophie Durand

Cher Raphaël, la petite fille vous remercie et vous souhaite aussi de douces et joyeuses fêtes…

DUFAITREZ

Je vous jure que c’est vrai ! Noël 47…
Durant la nuit, la fenêtre s’est ouverte et 3 petits nains sont montés sur mon lit….
Je les sentais, mais faisait semblant de dormir…
Chacun ses souvenirs….

hollender

Dans ma famille , éclatée sur 5 continents , (par la vie , pas par les conflits) nous ne sommes pas très crèche…… Mais mon épouse Argentine a réveillé notre intérêt pour cette adorable et jolie coutûme française et l’année prochaine il y aura une vraie crèche dans la maison et sera visible depuis la rue . On va choisir des santons provencaux à peindre et je construirai la chèche. Si un muzz ou une racaille passe sur le trottoir et y touche, il sera filmé et enregistré en vidéo HD! Il y aura aussi deux détecteurs de présence avec… lire la suite

richard TAILHARDAT

Émouvant souvenirs Sophie que je partage avec vous
Joyeuses fêtes et baisers sur deux joues….si vous permettez
Richard

Sophie Durand

@Richard
Mais oui, je permets !

L'abbé Pierre

Voilà une bien belle histoire. Les cadeaux étant offerts tout au long de l’année, Noël n’a plus la magie d’antan. Et puis, c’est une fête chrétienne…
Malheureusement, je pense qu’on ne connaîtra plus jamais les moments que vous évoquez.
C’etait mieux avant. Merci d’avoir évoqué ces moments de notre enfance.

Verdammt

Joli texte. Noel c est sacre. On se retrouve en famille et c est la trêve.
Je souhaite un joyeux Noel aux patriotes et aux Gilets Jaunes.