Non, Alexander Hamilton n’a jamais imaginé la FED ni la BCE

Contrairement à toutes les âneries qu’écrivent les tenants de linterventionnisme et d’autres se disant libéraux, Alexander Hamilton n’a jamais conçu la première banque nationale américaine sur le modèle des banques centrales d’aujourd’hui. Le tour de passepasse que ces soidisant « héritiers » et « experts » veulent lui faire dire témoigne à la fois d’une ignorance crasse et d’une malhonnêteté intellectuelle sans limites. Alors avant de renvoyer tout ce petit monde à ses études, tâchons de poser clairement quel était le contexte et l’objet de la banque nationale proposée à l’époque par Alexander Hamilton et de les mettre en confrontation avec notre système bancaire actuel.

Premièrement, cette banque imaginée par le père fondateur
, et mise en service en 1791, n’avait pas pour intitulé, « banque centrale », mais « Banque des États-Unis ». En effet, cette banque n’était pas une banque centrale au sens où la monnaie émise par celleci n’était pas l’unique monnaie en circulation. Dautres banques, à cette époque, étaient en mesure de créer leur propre monnaie. Ainsi, des monnaies différentes étaient en concurrence sur le territoire des ÉtatsUnis. Toutefois, il est à souligner l’importance de la monnaie émise par la banque des ÉtatsUnis, car les impôts devaient être payés dans sa monnaie et elle représentait un volume de masse monétaire conséquent dans léconomie.


Second point, si cette banque nationale a bien servi à financer les dettes accumulées par la guerre d’Indépendance, notamment, la banque des ÉtatsUnis n’avait pas vocation à durer plus de vingt ans, le temps de couvrir ces dettes. Thomas Jefferson, qui s’opposa à ce projet, était en effet très inquiet qu’un monopole d’État s’impose par la suite. Il fit pression sur George Washington pour limiter son importance. Les pères fondateurs, sachant réfléchir et faire preuve de sagesse, trouvèrent ce compromis en limitant dans le temps l’existence de cette banque nationale.


Troisièmement, cette banque n’avait pas pour vocation à couvrir les dettes des autres banques privées. En effet, son fonctionnement était indépendant, et bien que sa taille en fasse un acteur très important du marché bancaire, elle n’avait pas pour vocation de renflouer les dettes des autres banques en jouant un rôle de prêteur en dernier ressort, tel qu’imaginé depuis dans le modèle des banques centrales.


Quatrièmement, cette banque n’avait nullement un rôle d’escompte et de réescompte visàvis des banques privées. En effet, les banques privées de l’époque n’avaient pas obligation de détenir des réserves en « monnaie centrale », comme c’est le cas aujourd’hui entre les banques centrales et les banques commerciales. La monnaie créée par cette banque à travers le crédit était indexée sur une détention de stock d’or dans les réserves de la banque nationale. Ce modèle dindexation de la monnaie à un métal permettait de garantir une stabilité de la monnaie et de limiter les fluctuations conjoncturelles. D’autre part, comme l’État ne gérait pas directement le fonctionnement de cette banque, les décisions de dévaluations par décisions politiques arbitraires n’étaient pas possibles.


Autre nuance de taille, qui découle de la précédente remarque, la notion de taux directeur,
administré par une banque centrale, était étrangère au modèle imaginé par Alexander Hamilton. Ainsi l’interventionnisme monétaire à travers la gestion du taux directeur n’existait pas à l’époque. Chaque banque, qu’elle soit nationale ou privée, fixait ses taux d’emprunts selon sa politique commerciale et le jeu de la concurrence entre établissements.

Par ailleurs, le capital de 10 millions de dollars de cette banque nationale était détenu à hauteur de 2 millions par l’État et à 8 millions par des acteurs privés et ses titres étaient échangés sur le marché secondaire. Une grande partie de ces parts étaient détenues par des investisseurs étrangers, à qui il fallait verser des dividendes. L’État bénéficiait lui aussi des profits générés par cette banque nationale à travers ses activités de crédits, à des entreprises notamment.

Enfin
, si cette banque nationale avait pour vocation de collecter les impôts pour financer la dette de l’État, en rien elle n’avait un rôle de rachats d’obligations d’entreprises privées ou d’État sur le marché secondaire, comme avec le modèle actuel des banques centrales   cellesci « rachètent » les obligations d’État et des grandes entreprises à coups de plusieurs milliers de milliards à chaque crise.


On pourrait continuer cette liste non exhaustive pour la rendre la plus complète possible, en abordant plus en détail les questions de gestion interne de cette banque nationale, afin de bien comprendre la différence du système bancaire de l’époque avec « la bouillie pour chat » du système financier actuel que le monde politique, universitaire, des affaires et médiatique essaie de nous vendre depuis des décennies, tantôt comme le summum ou le modèle à abattre, selon les opportunismes du moment.


La moralité de cette histoire, il me semble, est la nécessité urgente de revisiter en profondeur l’histoire et de la comprendre avec le plus d’objectivité possible afin de ne pas se laisser embarquer dans les entreprises hasardeuses des uns et des autres au nom d’une envie d’en finir avec on ne sait quoi et surtout pour aller on ne sait où, si ce nest suivre les intérêts de castes dirigeantes corrompues et opportunistes.


Alexander Hamilton n’avait peut
être pas tout compris, et nous non plus, doù la nécessité de voir les choses pour ce quelles sont, et non pour les idéologies qui les soustendent.


Etienne Darcourt Lézat

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