Non, l’émission « secrets d’histoire » n’est pas une émission dhimmie

Dans le numéro RL de ce jeudi 23 août un article de Alexandra Dougary s’en prend à l’émission « Secrets d’histoire » de Stéphane Bern qui l’avant-veille sur France 2 était consacrée à Soliman le Magnifique, considéré comme le plus grand des sultans turcs, au pouvoir de 1520 à 1566. Selon notre rédactrice, faire une émission sur un souverain musulman participe du bourrage de crâne pro-islam que nous imposent les médias, « comme s’il n’y avait pas suffisamment de sujets d’histoire occidentaux ». Elle attend avec impatience nous dit-elle, « une belle émission sur les croisades avec la belle figure de Louis IX, Saint Louis, … sur Diane de Poitier, sur Talleyrand,… sur les magnifiques Abbayes Françaises, Cluny, Fontfroide, Sénanques et d’autres ». Et de conclure : «tiens parlez nous d’Isabelle la Catholique et de son époux Ferdinand qui ont organisé la Reconquista ! En voila un beau sujet. ». Au passage Stéphane Bern est presque qualifié de dhimmi pour ses commentaires « émerveillés » passant sous silence les horreurs des harems.

Il se trouve que passionné d’histoire, j’enregistre la plupart des émissions historiques à la télévision, que je regarde ensuite quand je le peux. Dans le cas de « Soliman le Magnifique », je l’ai visionnée exceptionnellement dès le lendemain, et c’est pourquoi le titre de l’article de RL a immédiatement attiré mon attention.

Ce texte me parait par ses outrances parfois mensongères, aller à l’encontre du but recherché. Au lieu de démontrer la prégnance de la propagande pro islam dans les médias, elle donne des arguments à ceux qui nous décrivent comme des fanatiques.

D’abord le choix du sujet de l’émission. N’en déplaise à Alexandra Dougary, l’émission Secrets d’Histoire n’a traité jusque-là que des « sujets d’histoire occidentaux », y compris certains de ceux qu’elle appelle de ses vœux : Isabelle la Catholique et la Reconquista a fait l’objet d’une émission le 17 juillet dernier. Auparavant il y a eu Diane de Poitiers (eh oui), Talleyrand (eh oui), Henri IV et tant d’autres depuis 2010, dont on peut consulter la liste sur le site de l’émission. Les abbayes et autres monuments de notre culture y occupent une place importante, Stéphane Bern étant grand amateur en ce domaine.

Le choix (pour la première fois en trois ans) d’un souverain musulman était justifié non seulement par sa prééminence dans l’histoire ottomane, mais aussi parce qu’il occupe une place particulière dans l’histoire de France, décrite dans l’émission. C’est la seule fois où un roi de France (François 1er) a conclu une alliance insolite avec un état musulman contre un autre pays catholique (l’Espagne), ce qui prouve au passage que l’aveuglement des dirigeants occidentaux quant à la stratégie de conquête de l’islam ne date pas d’aujourd’hui. Ce fut l’occasion pour la France d’ouvrir la première ambassade de son histoire, et la « Maison de France » qui fut alors donnée par Soliman est toujours le siège de notre ambassade, avec le visage sculpté de François 1er en façade. Cette alliance se manifesta aussi sur le plan économique, la France devenant pendant plusieurs siècles le premier partenaire commercial de la Turquie, et sur le plan culturel : près de 5000 mots français existent dans la langue turque aujourd’hui.

Faudrait-il taire ce passé au nom de l’islamophobie ?

La façon de traiter le sujet ensuite. Contrairement à ce que dit l’auteur de l’article, ce pauvre Stéphane Bern ne se comporte pas en béni oui-oui de l’islam. On voit une scène où une esclave du harem (Roxelane) qui sera le grand amour de Soliman, est sévèrement tabassée par sa rivale, favorite en titre. Puis Bern nous explique la barbarie avec laquelle sont recrutés les futurs eunuques noirs qui garderont l’intérieur du harem : enfants, ils sont émasculés et pour arrêter l’hémorragie (ce qui ne réussit pas toujours, et le décès s’ensuit alors) on enterre le bambin dans le sable jusqu’à la taille. Pourtant notre procureur dénonce « les explications hautement émerveillées de Stéphane Bern sur les us et coutumes des harem », et prétend que « il a juste oublié de nous préciser que dans les harem les femmes se foutaient sur la gueule ». A-t-elle vraiment regardé l’émission ou la lui a-t-on racontée ?

L’article dénonce ensuite la description élogieuse des « merveilles de l’islam » que seraient les palais et mosquées tels que Topkapi, Sainte Sophie ou la Mosquée Bleue. Outre que ces monuments magnifiques n’ont pas été présentés comme des merveilles de l’islam, il n’est pas nécessaire d’être pro islam pour en reconnaître la grande beauté. Je peux attester pour les avoir visités qu’à l’intérieur, la plus belle de nos cathédrales semble austère par comparaison. Faudrait-il le taire au motif que nous ne voulons pas de mosquées chez nous ?

Plutôt que ces critiques sans fondement mieux vaut dénoncer la manière insidieuse avec laquelle se fait la propagande pro-islam dans les médias, y compris dans cette émission : l’euphémisme. Le mot islam n’est jamais prononcé quand on évoque une règle ou coutume arriérée, elle-même présentée de façon anodine. Ainsi dans l’émission, un historien turc nous décrit devant une table bien garnie les goûts et usages culinaires de l’époque, précisant qu’on ne se sert que de la main droite car « la main gauche est réservée à l’hygiène ». Le spectateur y prête à peine attention et c’est le but, car on ne va tout de même pas lui dire que c’est un précepte de l’islam, lequel régissant le moindre instant de la vie, dicte aussi la manière de déféquer : entre autres règles à observer après cet instant solennel, il faut se laver ou s’essuyer de la main gauche.

Un peu plus tôt, une historienne des Archives Nationales nous montre un trésor : un long parchemin très bien conservé sur lequel Soliman répond favorablement à François 1er qui lui demande de l’aide. Elle nous dit que le texte commence par « une invocation », sans autre précision, et le spectateur a donc une vague idée de ce que c’est. On se garde bien de lui dire qu’il s’agit d’une de ces règles stupides de l’islam qui oblige tout rédacteur du moindre texte à commencer par une longue louange à Allah dans le genre : « au nom d’Allah le Très Grand, le Créateur de toutes choses, Celui qui fait briller les étoiles » etc.. Il ne faut pas ridiculiser la religion d’amour.

Dans telle autre émission historique sur la ville sainte de Tombouctou, le commentateur dit que « longtemps la ville fut fermée aux non-croyants ». Le spectateur ignorant de l’islam (l’écrasante majorité) comprend qu’il y a en terre musulmane des athées, auxquels on refusait l’accès de ce lieu. En réalité, les « non-croyants » sont les non-musulmans, mais on ne va tout de même pas décrire l’islam comme une religion discriminante n’est-ce pas ? Alors on désinforme par euphémisme.

Nous n’avons rien à gagner à nous comporter comme nos adversaires, intolérance contre intolérance. Et nous n’en avons pas besoin, tant nous avons d’arguments.

Jean de la Valette

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