Non, MM. Obama et Sarkozy, on ne saurait avoir la liberté de porter le voile !

En vingt ans, le voile est devenu le symbole des avancées de l’islam en terre non islamique, à telle enseigne que le président des Etats-Unis en personne a cru bon d’en parler dans son discours du Caire.
Ce qu’il en a dit n’a pas manqué de surprendre toute personne éprise d’égalité, mais passons ! Le commentaire qu’en a fait, deux jours plus tard, le président français fut de même farine, mais là aussi, passons !
Par contre, arrêtons-nous sur l’évidence d’un islam devenu suffisamment influent pour que des présidents d’Etats non islamiques se sentent obligés d’ennoblir le port du voile en le mariant à la liberté !
En effet, si l’on en croit messieurs Obama et Sarkozy, les femmes auraient la «liberté de porter le voile islamique», comme n’importe quel vêtement qu’elles jugeraient seyant, chacun ayant le droit de s’habiller comme il veut. La femme vivant en Occident est donc libre de porter le voile, et ce, d’autant plus qu’elle peut ne pas le porter. Arpenter l’espace public sous la burqa ou tête nue est une liberté de femme !

Or, pourquoi la burqa – et ses frères vestimentaires que sont le hidjab, le niqab ou le tchador – apparaissent-ils ici comme inacceptables ?
La réponse est dans le contenu que recouvre le mot «liberté». Car contrairement à l’avis général, la liberté n’est pas tout entière dans le pouvoir de faire ou de ne pas faire : elle est aussi dans «ce» que je fais ou que je ne fais pas, autrement dit dans la matérialisation de ce pouvoir : pas de liberté seconde déductible d’une liberté première tant que je ne connais pas les conséquences de la liberté première !
Que fait, en l’occurrence, une femme qui se voile, sinon consentir à n’être femme qu’en l’étant le moins possible dès lors qu’elle se trouve dans l’espace public ? Que fait-elle sinon rappeler qu’elle n’est «qu’une femme», autrement dit qu’elle est «moins qu’un homme», et, qu’à ce titre, un homme, quel qu’il soit, «est plus qu’elle», ce qui justifie non seulement qu’elle n’ait pas les mêmes droits que lui, mais encore qu’elle en ait moins ? Que fait-elle, sinon corroborer un principe d’inégalité qu’aucune femme libre ne saurait soutenir ?
Qu’est-ce qui asservit : vivre les cheveux au vent dès que l’envie ou la saison y invite, ou vivre encapuchonné quelle que soit l’envie ou la saison ? Qu’est-ce qui asservit : l’égalité des sexes, ou le machisme ? Qu’est-ce qui asservit : l’autonomie citoyenne, ou l’hétéronomie religieuse ?
Qu’est-ce qu’une liberté qui enferme ? Qu’est-ce qu’une liberté qui nie la réciprocité ? Qu’est-ce qu’une liberté au sein de laquelle le contrevenant s’expose à la violence du sexe dit «fort», voire à la mort qui, parfois, en découle ?
Choisir le voile, est-ce abolir le désir masculin, ou s’abolir soi-même en tant que désir ? Est-ce s’émanciper, ou vivre sous tutelle ? Est-ce humaniser les rapports humains, ou les infernaliser ?
N’en déplaise à tous ceux qui portent des jugements sans réfléchir aux termes qu’ils utilisent, mettre ensemble la liberté et le voile, c’est mettre un voile sur la liberté, en légitimant la ségrégation, l’obscurantisme, la diabolisation du corps et le mépris pour un seul sexe – ce qui revient à mépriser la moitié de l’humanité ! Poser cette liberté comme allant de soi, c’est sous-entendre qu’il va de soi de ne pas serrer la main d’une femme, d’accepter que les femmes soient mineures à vie, d’interdire qu’une femme choisisse son époux, de diviser par deux l’héritage d’une femme ou la valeur de son témoignage, d’enseigner que la femme est l’incarnation de la faute originelle – donc du mal ! – bref, de refuser qu’un sexe participe de l’humain !
Mais, dans ce cas, que devient l’autre sexe ? Que peut-il faire en tant que tel ? Quid de sa liberté ? Et quid de la vôtre, messieurs Obama et Sarkozy, qui proférez pareilles contrevérités ? Si la vérité n’est vraie qu’à la condition de l’être pour tous, et si celle dont vous parlez relève de la liberté humaine, pourquoi ne l’attribuez-vous qu’aux femmes ? Etes-vous convaincus de ce que vous dites, ou êtes-vous tenus de dire ce que vous souffle l’inavouable ? Allégeance à l’islam sur fond familial et financier pour monsieur Obama ? Calcul électoraliste à court terme pour monsieur Sarkozy ? Toujours est-il que ce sont les femmes les principales victimes de ces discours d’hommes !
Il est donc incorrect et irresponsable d’affirmer qu’on a «la liberté de porter le voile» ! La liberté est tout le contraire : elle est universalisation de l’humain, reconnaissance des consciences, mixité des corps et des âmes, rejet de tout asservissement et de tout diktat ! La liberté est libération, et cette libération n’a pas de fin ! De même, la responsabilité n’est autre que la défense de cette liberté, ce qui implique de ne pas donner congé aux valeurs occidentales, sans quoi la femme voilée, répudiée, violée, battue ou lapidée deviendra notre norme civilisationnelle !
Maurice Vidal

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