Normal 1er : Pas de conflits d’intérêts, je récompense Pigasse pour services rendus à la gôche

Personne n’a oublié la longue tirade de François Hollande, pas encore Normal 1er, lors du débat qui l’a opposé à Nicolas Sarkozy, entre les deux tours de la présidentielle, sur sa conception de la présidence de la République. Récitant manifestement une leçon apprise par cœur, il a débité, devant son adversaire étonnamment passif, un ensemble d’engagements qui, toutes, commençaient par « Moi président de la République ». Il a notamment parlé, dans cette tirade, d’un code de déontologie qui empêcherait ses ministres d’avoir des conflits d’intérêt.

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Quand on réécoute cela quatre mois plus tard, on mesure à quel point il s’est bien moqué des Français ! On s’étonne par ailleurs de l’absence de réaction de Nicolas Sarkozy, après de telles Tartufferies. Un débatteur pugnace aurait pu casser François Hollande en deux coups de cuillère à pot, en lui demandant comment quelqu’un qui n’avait jamais réussi à faire fonctionner le Parti socialiste en dix ans (dixit Aubry, Fabius, Montebourg et bien d’autres) serait capable de diriger la France, et comment quelqu’un qui, en quatre ans de présidence du conseil général de la Corrèze, en a fait le département le plus endetté de France, pouvait-il donner de telles leçons. Sans parler d’une autre bombe que le Président sortant aurait pu utiliser…

Il paraît donc que « Moi Président » est contre le conflit d’intérêt ? Fort bien, mais quand il était premier secrétaire du Parti socialiste, la journaliste du service politique de Paris Match qui était devenue sa maîtresse était chargée de suivre la Parti socialiste. Pas de conflit d’intérêt, pas d’incompatibilité, pas de problème déontologique ?

Revenons au présent. Gare au conflit d’intérêt, nous a expliqué François Hollande. Commençons par son propre cas. Comment peut fonctionner la rédaction de Paris Match, quand une de ses journalistes, Valérie Trierweiler, partage la couche présidentielle ? Comment peut se tenir une conférence de rédaction en sa présence ? Il paraîtrait qu’elle ne s’occupe plus de politique, mais de culture. Ah bon, parce que la culture ce n’est pas politique ? Donc, le contrôle politique exercé par la championne du tweet sur une rédaction n’est est aucun cas un conflit d’intérêt ?

Le cas du banquier milliardaire de gôche Matthieu Pigasse est également des plus révélateurs. Dans une interview à Riposte Laïque, Benjamin Dormann, auteur du livre « Ils ont acheté la presse », disait : « Quand je vois que Le Monde est racheté par le « mécène » de la candidate socialiste de l’élection présidentielle précédente, associé à l’ex-directeur adjoint du cabinet de Laurent Fabius, n°2 du gouvernement actuel, de surcroît banquier d’affaires ayant ce même gouvernement comme client, qu’on n’ait pas le culot de nous parler d’indépendance et d’absence de conflit d’intérêt ».

C’est de Matthieu Pigasse qu’il parle. Notre ami Empedoclates parlait de ce personnage, dans un article intitulé : « Pigasse, un exemple probant de la collusion finance-gôche-presse ».

Notre ami expliquait : « Aussi retrouver ce banquier millionnaire en euros à la tête des « Inrockuptibles » puis du « Monde » après avoir oeuvré avec Edouard de Rothschild lors de l’achat de « Libération » par ce dernier (36% du capital), fait des affaires avec Arnaud Lagardère, conseillé Murdoch, soutenu financièrement les sites « Rue 89″ et « Médiapart »… n’est nullement étonnant, tant le bonhomme sait l’importance pour la finance internationale comme pour les pouvoirs politiques de maîtriser ce qu’on appelle par antiphrase « l’information », qui n’est, en fait, que « manipulation » au profit des « puissants »… D’ailleurs, si la rumeur récente le dit prêt à investir dans « Libération » (à la place, peut être, des héritiers de l’éditeur italien Carlo Caracciolo…) – dont le directeur Nicolas Domorand est un de ses proches-, c’est qu’on ne prête qu’aux riches, comme dit l’adage bien connu. »

On fera donc remarquer que manifestement, il n’y a aucun conflit d’intérêt entre le fait que Matthieu Pigasse soit propriétaire des « Inrocktuptibles », dont Charles Demassieux expliquait le profondeur de la ligne politique, que cela soit Audrey Pulvar qui dirige la rédaction de cette revue, et qu’elle soit la compagne d’un ministre, Arnaud Montebourg. Mais comment Hollande pourrait-il reprocher à Montebourg un conflit d’intérêt qu’il pratique sans vergogne depuis sept ans ?

Là où cela devient plus embêtant, c’est quand la banque Lazard, présidée par Matthieu Pigasse qui a soutenu Hollande pendant la présidentielle, et financé Médiapart de Plenel pendant cinq ans pour cogner, cogner et encore cogner sur Sarkozy, remporte un appel d’offres pour aider Bercy à mettre sur pied la future banque publique d’investissement. Cela ne s’appellerait-il un retour sur investissement, camarade « Moi président » ?

Ecoutons ce qu’en dit Gilbert Collard, à la plume toujours aussi vitriolée :  Une banque d’affaires s’occupe des affaires, quoi de surprenant, comme le disait le  regretté, Octave, « les affaires sont les affaires ». Mais là, il y a un tout petit problème, une suspicion de favoritisme, un je ne sais quoi de renvoi d’ascenseur pour l’échafaudage des intérêts entre amis irréprochables, transparents, vertueux, canonisés par l’onction brevetée  » être de gauche ». Un mandat de conseil a été attribué, après un appel d’offres, jugé régulier, (je dirais plutôt conforme), à la banque Lazard afin qu’elle aide Bercy à mettre sur pied la future banque publique d’investissement.

Que se passe-t-il ? Oh trois fois rien, pas de quoi réveiller Jospin et sa commission de déontologie politique. La banque privée qui travaille pour la future banque publique, la banque Lazard, appartient à un certain Matthieu Pigasse, milliardaire et homme de gauche, ce qui n’est pas incompatible, le masochisme étant une constante de l’érotisme financier de gauche. Il fut aussi un fervent soutient de François Hollande pendant la campagne présidentielle, ce qui était son droit.  Outre qu’il est milliardaire, soutient du président qui n’aime pas les riches, il est aussi propriétaire de la banque Lazard,  aussi, à titre personnel de l’incorruptible journal, « les Inrockuptibles », aussi actionnaire numéro deux du journal le Monde, aussi propriétaire d’un canard qui emploie Anne Sinclair.

Faut rappeler que ce financier, financièrement journaliste, a aussi travaillé à  Bercy au cabinet de Dominique Strauss-Kahn, lequel obtint, garda, le soutien de Pierre Moscovici.

D’accord, on est là entre amis, qui se rendent des services d’amis, mais qu’y a t’il de choquant, d’où viendrait ce parfum de favoritisme ? Audrey Pulvar, la compagne d’Arnaud Montebourg, vient de prendre la direction éditoriale de l’hebdomadaire « les Inrockuptibles »; or Arnaud, en sa qualité sonore de ministre du redressement, participe à la création de la banque publique d’investissement. De quoi, tout de même, se poser des questions! Enfin, d’après un éditorialiste du Monde, tout ce beau monde, doit, pour une fois, bénéficier « du bénéfice du doute »…  Ah les bénéfices !

Allez donc, comme ce fut mon cas, vous faire interviewer par « les Inrockuptibles ». La presse libre des milliardaires de gauche vous démolit comme à la foire. Je comprends mieux. A l’avenir, ce n’est pas la carte de presse qu’il faut demander, c’est le K-bis de la société, avant de se jeter dans les mâchoires journalistiques d’agent de l’argent des banques qui roulent pour une idéologie partageuse… dans l’exercice du pouvoir ! ».

Cela c’est envoyé. Faut-il rappeler ce que Montebourg disait Montebourg, en 2006, lorsqu’il menait campagne pour obtenir le départ de Béatrice Schoenberg, devenue l’épouse de Jean-Louis Borloo, de la présentation du journal télévisé. « Il y a un conflit d’intérêt évident… Dans le monde politico-médiatique actuel, ceux qui ont le pouvoir se permettent de piétiner les règles du jeu. Il est temps que cela change. »

Comme aurait dit le regretté Michel Audiard, les socialos, cela ose tout, c’est à cela qu’on les reconnaît…

Jeanne Bourdillon

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