Noter, c’est aussi aider les classes défavorisées

Publié le 21 septembre 2009 - par
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Depuis plus de trente ans, la »gauche » tout en essayant de lutter contre l’offensive de la droite contre l’école, a avalé toutes les couleuvres destinées à lui faire accepter :

– une baisse des contenus pour adapter le système d’éducation et de formation à l’économie de marché;

– un abaissement des exigences, qui doit être ramené aux »seules compétences de base « ;

– un système d’éducation, qui n’est plus NATIONAL ( il faut mesurer la signification de cet abandon du mot ) mais sous la coupe de l’Union européenne qui exige une école européenne au service de l’économie… européenne.

– l’abaissement des exigences facilite la formation des professeurs, en démantelant les droits statutaires et en encourageant « les bonnes performances » ( c’est à dire le paiement au mérite ! )

Cette feuille de route qui vise à favoriser le partenariat public-privé dans un premier temps, puis à démanteler et même détruire l’enseignement public à l’oeuvre depuis trente ans a été soutenu consciemment ou inconsciemment par les enseignants eux-mêmes. Avec  » l’élève au centre » ou l’enfant qui construit et choisit ( ! ) lui-même son savoir, avec l’acceptation de la réduction des horaires de français, de mathématiques, avec le « projet d’école » où l’on a fait parfois de bonnes choses mais souvent aussi…n’importe quoi , l’école publique avait perdu le sens de sa mission.

Il faut bien dire que le bateau coule… L’école, dans certains quartiers, n’est qu’une garderie. Les enseignants doivent se contenter d’éviter l’accident. Exercer leur métier, c’est à dire enseigner, est devenu très difficile, s’ils luttent pour enseigner malgré tout, ils sont épuisés et craquent souvent.

Il faut bien dire ( c’est difficile pour moi de dire cela) que les enseignants ont participé à cette lente dérive, en acceptant des réformes qui n’étaient que la manière subtile, enrobée dans un discours pédagogiste d’accepter l’abaissement des contenus.

Grille de compétences et plus de notes du tout ?

S’informer- s’intégrer- communiquer – réfléchir- être créatif- gérer sa formation

Ne voit-on pas que c’est tout simplement le moyen de faire accepter  » le passage au second rang des contenus cognitifs » ? (Nico Hirtt).

Une étude a montré que les instituteurs sont issus, très souvent de la classe ouvrière ou de la petite paysannerie . Enseignante issue d’un milieu ouvrier, j’ai dû me battre pour faire le métier dont je rêvais. Ces instituteurs  » restaient liés aux couches populaires, quelles que soient leurs positions politiques » bien plus que les professeurs (Hélène Debrousses-  » Instituteurs et professeurs »).

Est-ce la raison pour laquelle on a élevé leur niveau ( licence) et créé un corps des professeurs des écoles » qui les rapproche des professeurs des collèges ? ( bien sûr, je suis d’accord avec l’élévation du niveau )
Grille de compétences et plus de notes du tout ? Ne voit-on pas qu’il s’agit de la même stratégie : les élèves socialement défavorisés, qui ont des « prérequis suffisants » s’en tirent toujours. Ils auront leur milieu familial, leurs cours privés, les grandes écoles !

Tout au long de ma carrière, j’ai observé que les enseignants issus d’un milieu bourgeois étaient de farouches défenseurs du « moins d’enseignement » et de » l’école autrement » qui favorise les favorisés… et maintient les élèves issus des classes populaires dans l’échec scolaire.

La meilleure analyse sur l’école est celle de Nico Hirtt . Il faudrait que les enseignants sachent ce qu’il y a derrière les réformes Fillon, Arena, Moratti : la main de la commission européenne et M. Figel, le nouveau commissaire à l’éducation.

Mireille Popelin

Ex responsable syndicale (FSU), militante républicaine, féministe et laïque – adhérente du M’PEP (Mouvement d’éducation populaire).

Paru dans Sarkophage numéro 14

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