Notre culture a été complètement submergée par la culture américaine (3)

Publié le 13 novembre 2020 - par - 12 commentaires - 647 vues
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Revenons à ce terme « Occident », est-ce à dire que tout le folklore de la guerre froide sur l’Occident, c’est justement du folklore et rien de plus ? Le monde s’est reconfiguré, les États-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient et l’Occident a suscité ses propres agents destructeurs de sa culture. J’ai remarqué qu’une partie de la population, par inculture ou paresse intellectuelle, a tendance à confondre Occident et Otan.

L’Otan a été crée au débat de la guerre froide contre l’Union soviétique, c’est une affaire idéologique. Ce qui caractérise un Occidental à l’heure actuelle, c’est la société capitaliste. Les branches chrétiennes s’accordent à préserver des principes millénaires, mais le fait est que l’Occident en tant que point cardinal, ne s’étend pas partout. On pense Europe et les pays du Commonwealth. La réalité est que l’Occident est apparu à une époque où la fidélité de l’Ouest, de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale, était douteuse. Ceci explique pourquoi l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale n’ont pas le droit à leur petite couleur sur une carte de l’Occident. En grossissant le trait, les pays occidentaux sont majoritairement, ceux qui ont accepté le plan Marshall. Les gens disent : « Je vais en Amérique ! » Dans les pays arabes ou en Iran, les manifestants disent : « Nous sommes contre l’Amérique ! ». La cartographie est oubliée, on associe directement l’Amérique à États-Unis. Vous êtes contre l’Amérique, mais laquelle ? L’Amérique du Sud a été embarquée dans l’affrontement des deux blocs, faut pas dire qu’ils ne l’ont pas été, puisque sinon il n’y aurait pas eu tous ces coups d’État, notamment en Bolivie et au Chili.

Cependant, il y a un point non négligeable. Évidemment qu’il y a des étudiants argentins et chiliens qui parlent un peu anglais et qui sont impactés par le « globish » mais quand même, vous avez quelque chose de la langue hispanique qui est très fort et du coup, qu’on le veuille ou non, ça sort de l’Occident lié à l’aura des États-Unis d’Amérique et de post-45. À cause des coups d’État et des zones de conflits, il y a un antagonisme. En Amérique du Sud, on se construit en opposition aux États-Unis. Le terme « Occident » est dévoyé, on considère comme « occidentaux » uniquement les gens qui sont habitants d’un pays développé. Le sous-développement de l’Amérique latine arrange les Américains étant donné qu’ils ont tout un continent avec énormément de ressources. Tous les pays d’Amérique du Sud sont des réservoirs de viandes, de cafés, de drogues accessoirement et de pétrole. Forcément, il y a une ingérence américaine qui met en œuvre une politique anti-développement de ces pays.

Tous ces coups d’État, tout ce qui est fait pour que ces pays restent des pays en voie de développement, c’est tout simplement parce que des pays occidentaux ont intérêt à ce qu’ils ne gagnent pas en puissance. En Amérique du Sud, on a une prégnance de la religion. Une prégnance assez importante. C’est difficile de mettre le christianisme comme seul porteur d’une identité occidentale parce qu’en Amérique latine, vous avez des signes par ci par là de la religion chrétienne et pourtant il y a de tout là-bas. Des athées, des agnostiques etc. Ça vaut ce que ça vaut. Quand Chávez ponctue ses discours avec : « Cristo Redentor ! », ça a sa signification. On l’a plus vraiment en Europe, ça. La prédominance de la religion est due à quoi ? Plus un peuple est dans la galère, plus il va s’accrocher à sa spiritualité. Les pays européens les plus pieux sont les plus pauvres. Après cet égarement, revenons à notre sujet. Pourquoi a-t-on droit, sur toutes les chaînes, dans tous les médias où ils ont l’occasion de passer avant d’être renvoyés devant les tribunaux, à des discours très alarmés et alarmistes sur la disparition de la culture occidentale ? Pourquoi est-ce que ces discours prospèrent ? Pourquoi assistons-nous à une « insécurité culturelle » ? Si on veut essayer de manipuler des masses, il faut les rattacher à une idée fondamentale. La menace de la perte d’une identité nationale, c’est un bon leitmotiv pour tous les gens qui sont français et qui se sentent français. De manière à ce qu’ils se disent : « Ah oui quand même, on tient à notre culture ! » Vers qui peuvent-ils se tourner pour conserver ce patrimoine ? Les débats sur l’insécurité culturelle sont des outils qui permettent plus facilement la manipulation du peuple. Quand un peuple est manipulé, il est plus docile.

Dans les années 90, il y avait un engouement pour la découverte des villages etc. C’est révélateur, les citoyens sont dans le monde actuel, mais ils ont cette espèce de vertige par rapport à l’environnement. Ce vertige se manifeste par un intérêt pour des choses antérieures, traditionnelles. C’est révélateur du vertige par rapport à l’évolution du monde. Évolution des mœurs, de la société, on contemple un paysage mouvant.  Ils ont l’impression de perdre un objet précieux et une nostalgie s’installe. Il y a probablement avec des périodes de conflits, des guerres, d’expositions à la diversité, une attraction et une crainte. Le vertige doit se comprendre comme une aspiration au néant. Le monde occidental, avec la massification du divertissement et la multiplication des produits culturels, rajoutant ainsi une médiocrité, crée une visualisation de la culture qui est enserrée dans un temps très bref. Plus rien ne reste, tout s’efface très rapidement, plus rien ne marque et fondamentalement, cette perception de leur propre culture qui est comme inexistante, disparue. Les gens ne connaissent plus leurs classiques. Ils ne connaissent plus leurs origines. Il y a une perte, une déconnexion. Le vertige englobe le néant et la perte d’étalon. Auparavant, la visée était le beau et une considération objective du beau, donc d’une bonne œuvre. Aujourd’hui, avec modernité, il y a subjectivation du beau.

De ce fait, l’œuvre est absente. On ne sait plus ce qu’elle est, on ne sait plus trop à quoi elle peut ressembler. Sur l’espace public, elle est d’une laideur véritablement incommensurable. Voilà, là, l’aspiration au néant, la perdition des classiques. La seule condition, après reconstruction des pays du plan Marshall, c’était aucun quota sur les produits culturels américains. Notre culture a été complètement submergée par la culture américaine. En ce qui concerne le beau, il est vrai qu’au XXIe siècle, ce qu’on appelle « l’art » est considéré comme produit d’un marché financier. À l’époque, un artiste était reconnu pour son talent et souvent après sa mort. Le problème avec ça, c’est que les gens qui ont les moyens d’investir là-dedans, se sont dit : « Pourquoi est-ce qu’on attendrait qu’un artiste meurt et soit reconnu pour qu’on puisse spéculer sur sa production ? » Dans les années 80, suite à la victoire du PS, ils ont changé la règle. Ils ont dit : « Ça va être simple, on ne va plus déterminer que quelque chose est beau, on va plus déterminer le talent d’un artiste, on va décréter nous-mêmes les artistes. » On se retrouve alors avec des trucs complètement moches, sans sens et qui veulent de l’argent. Ce système est le rêve ultime du capitalisme. Comment fabriquer de la valeur sans produire de la richesse ? Un pseudo-artiste va chez Castorama, il achète une toile et fait chier des pigeons dessus. Sérieusement, a-t-il une légitimité ? Les pseudo-artistes sont légitimés par des sphères restreintes qui leur permettent de vendre leurs œuvres d’art « contemporien ». C’est la résultante d’un esprit de marché. Un esprit de marché assez agressif. De plus, à l’avantage de créer une certaine violence, ça fait signe de classe. Un prolétaire sera choqué par une toile sur laquelle trois pigeons ont chié. Le bobo, quant à lui, va se frotter le menton et dire : «  Je reconnais qu’il y a une démarche sensible derrière cette œuvre. »

L’art ne veut plus rien dire. La population se fait elle-même l’idée d’un art. Un artiste se doit d’être subversif, et à l’heure actuelle, les artistes ne sont plus subversifs. Ce sont des transgresseurs. La transgression ne fait pas peur au pouvoir, la subversion oui. L’art contemporain n’a pas de frontières et ne permet pas d’expliquer le déclin civilisationnel dans lequel nous pourrions être. À la rigueur, il peut être utilisé pour déplorer. L’art contemporain brise les codes.

Hassan Ejaaibi

 

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