Notre identité nationale et planétaire : la laïcité !

Publié le 8 décembre 2009 - par
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Deux jours après avoir célébré à Berlin les vingt ans de la chute du Mur, le chef de gouvernement allemand a participé, pour la première fois, aux côtés d’un président français aux cérémonies commémorant l’armistice de la guerre de 1914-1918 et la défaite de l’armée allemande, un modèle du genre à ne pas rater après l’image mythifiée d’un François Mitterrand main dans la main avec Helmut Kohl le 24 septembre 1984 à Verdun, annonçant l’Europe de Maastricht et ses fameux critères de convergence…

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont retrouvés ensemble sous l’Arc de triomphe bien plus que pour célébrer la fin de la Première guerre mondiale, pour donner à la symbolique européenne un nouvel argument, attachée à niveler les différences et les mémoires pour mieux imposer un modèle et sa pensée unique allant jusque dans les réécritures de l’histoire chercher ses justifications a posteriori. Ils ont enrichi l’album de l’amitié franco-allemande de nouvelles images prêtes à être imprimées dans des livres d’histoire que l’on fabrique dans les couloirs de la politique politicienne où on met en scène le destin des peuples, contre eux.

L’amitié franco-allemande pour brouiller la mémoire à la faveur de l’Europe libérale

Il y a un mois on entendait ainsi transformer les célébrations du 11 novembre en hymne à la fraternité franco-allemande, faisant passer aux apories de l’histoire ce que fut cette guerre-là pour mieux sans doute ne pas avoir à revenir sur ses causes, à ce capitalisme national d’alors défendant de chaque côté de la frontière des intérêts étroits que l’on a fait payer aux deux peuples très cher.

On avait déjà fait des héros qui sortaient au petit matin de l’ombre des tranchées pour nourrir de leur sang et de leurs cendres nos coteaux, des pauvres diables réduits à une boucherie inutile, à un patriotisme primaire, et voilà que le Président de la République a fait passer encore sur eux son ardoise magique en transformant cette célébration en fête de l’Europe très libérale de Lisbonne, une vraie honte à ce qu’il reste de leur souvenir… Il aura attendu la mort du dernier des poilus pour faire ce mauvais coup à leur mémoire.

Ce n’est évidemment pas qu’il faille entretenir le litige entre deux peuples européens qui n’ont aucune raison aujourd’hui de se quereller, mais en regard de l’esprit que l’on doit conserver de ceux qui sont alors tombés, de rester fidèle à ce qu’ils vécurent pour mieux ne pas le recommencer, sans rien effacer dans ces combats d’alors, de leur courage qui montre dans cette adversité malgré tout un exemple quels qu’en furent les motifs, autant que ceux qui furent lâchement fusillés pour n’avoir pas suivi les ordres et sont morts en martyr à leur façon aussi.

C’est comme la minute de silence que l’on accomplit en se souvenant qui doit prolonger ce qui, de notre héritage parfois contradictoire doit demeurer intact, jusque dans ce qu’il nous en faut encore ressentir aujourd’hui. Dans nos mémoires l’Armistice de 1918 et la Paix de Versailles doivent pour toujours nous rappeler une guerre de positions, de tranchées terribles avec leurs barbelées et ces hommes terrés entre la peur et l’exploit des armes, pataugeant dans la boue et les morts, dans une vision décharnée de l’homme, épouvantable avec ses bombes au gaz moutarde, ses affrontements à distance de baïonnette où on regarde l’autre mourir dans les yeux, ses mitrailleuses meurtrières…

Ces faits d’histoire là comme d’autres ont droit au respect qu’il faut s’interdire de ramener à des enjeux qui passent par les juger à l’aune d’une politique de circonstance au titre de la recherche de l’apaisement des mémoires et des blessures à refermer. Il n’y a rien de plus dangereux que de faire ici table rase pour finir par ne plus se rappeler.

Cet hymne à la réconciliation franco-allemande fut une sacrée gageure. On n’en a même pas fait état outre-Rhin dans les quotidiens ou uniquement à la marge, alors qu’en France on entendait en faire un fait retentissant, une repentance de plus, mais de quoi ? Pas en tout cas du fait que cette guerre fut celle des impérialismes coloniaux, du capitalisme déjà triomphant se répartissant les parts, envoyant la piétaille par millions encouragée par un patriotisme délirant à aller tuer « du Boche » !

Au passage, on dénaturera la République en lui faisant assumer la responsabilité de la guerre, on la fera passer pour responsable quand elle fut dans ses valeurs bafouées, et son peuple jeté dans l’arène contre un autre qui n’était pas moins bafoué. On n’en reviendra pas, c’est clair, de la part des dirigeants de cette droite européenne là, sur le fond, là dessus ! Pour autant, les poilus sont notre histoire et on ne doit pas la perdre de vue, ou c’est croire qu’elle ne sert à rien, ou ce serait à ne pas réagir encourager encore à le croire. Il faut dire qu’un peuple sans mémoire, qui ne se rappelle pas ce qu’il a accompli ou par quoi il fut défait, est un peuple sans défense, ceci expliquant cela ! L’histoire est toute à assumer en tentant d’y donner à chaque événement sa juste place, toute l’histoire.

Un libéralisme triomphant qui ne s’embarrasse pas d’histoire mais cultive la propagande !

On en finit pas de brouiller les repères, en nous expliquant encore que la chute du mur a été une libération formidable à l’Est, qui a marqué ce jour de novembre 1989 qui aurait fait l’Europe ! « Tous les plans les plus fous furent imaginés pour franchir le mur de la liberté » nous dit-on, mais pourquoi finalement ? Pour un chômage qui est exponentiel à l’Est, avec la disparition des services publics, les queues d’hier devant des magasins presque vides étant remplacées par des magasins qui débordent de biens de consommation que l’on n’a pas de quoi s’offrir…

Le système communiste était tel qu’il se présentait sans avenir, mais le désenchantement a été à la mesure des illusions que certains tiennent à entretenir coûte que coûte ! L’Europe voilà la solution semble vouloir dire la thématique de l’amitié franco-allemande, comme si les alliances entre les droites européennes des deux côtés héritant des trahisons de Mitterrand, nous réservaient par l’addition interposée des individualismes, le bonheur au bout du chemin…

Ce qu’il faut en réalité y voir, c’est la lecture du passé que nous propose un néolibéralisme triomphant qui ne s’embarrasse pas d’histoire, mais a besoin comme jamais d’idéologie pour en proposer une lecture qui satisfasse à l’image de liberté qu’on veut lui coller à la peau à travers la défense de son credo : la démocratie, les libertés, seraient consubstantielles du libéralisme, de l’individualisme, de l’économie de marché…

La récupération n’a plus d’état d’âme, de tous côtés on n’hésite pas à en faire appel à l’histoire pour nous mentir sur le présent et nous le montrer avec des lunettes à l’intérieur desquelles on projette ce que l’on doit voir. L’illusion est presque parfaite dans le prolongement de ceux qui, d’une certaine gauche, à l’opposer de ce Président, font la même chose que lui, lorsqu’ils croient voir dans les relectures coloniales la justification des victimages et revendications communautaires d’un islam conquérant mettant en accusation la République pour en obtenir des concessions qui vont à l’encontre du respect de l’égalité des droits, de la démocratie et de la laïcité, de tout projet politique révolutionnaire.

Une récupération de la mémoire qui dénature un débat essentiel sur l’identité nationale

On peut s’étonner, que dans le même contexte, le même président nous invite à un débat sur l’identité nationale si essentiel alors qu’il s’en prend de cette façon à notre mémoire. L’identité nationale n’est pas un jeu, c’est une des grandes questions de société qui pose celle de savoir comment faire peuple, et sans se définir une identité commune celui-ci n’a pas d’existence en propre.

D’un côté on joue sur la fibre nationale en entendant se donner des héros comme Guy Môcquet si émouvant ou Camus si connoté, comme porteurs d’un message de fraternité, de l’autre on voit aujourd’hui Luc Chatel, Ministre de l’Education National prendre position contre l’enseignement de l’histoire en terminale « S », qui veut purement et simplement supprimer cette matière pour lui donner une valeur optionnelle. Il considère sans doute que les études scientifiques suffisent à faire de bons petits soldats de la compétitivité économique, de telle façon à gouverner toujours dans le sens des intérêts des mêmes, tout en lançant les mots nation, République et laïcité à tort et à travers sans les respecter. On ne fait pas des citoyens avec des chiffres ou des formules mathématiques qui serviront à élaborer les modèles de rentabilité des spéculateurs de demain ! Ces beaux héros, fussent-t-ils légitimes, y perdent tout leur sens derrière les artifices de cette récupération de la mémoire et de ce combat contre l’histoire qui y est sous-jacent !

Voilà pourtant un débat qui a toute sa validité dans un contexte ou on nous dispute tant le droit d’être français et de se reconnaître comme tel, sans avoir à s’en excusez, vient à être autant sur la sellette. Une identité avec laquelle la question de la filiation est pourtant essentielle, puisque le peuple de France est tout de même celui qui a su, après les acquis de la Révolution française, à sa troisième tentatives, enfin imposer la République comme cadre à sa destinée et mieux encore, jusqu’à la définir à forces de luttes comme laïque, démocratique, sociale et indivisible.

Une enquête d’opinions indique que six Français sur dix sont favorables à un débat sur l’identité nationale dans notre pays. Cela se comprend si on met cela en rapport avec une situation de tension entre la France et son immigration, l’islam communautaire plus précisément qui ne cesse de mettre en accusation la France, les Français et la République, en demandant des concessions à la hauteur du procès qu’on leur fait, alors que les acquis communs fruit des luttes du peuple de France fondés sur le principe d’égalité bénéficient à tous, des bienfaits qui n’existent nulle part ailleurs et dont ne profiteraient nullement de là d’où ils viennent ceux qui réclament la tête de la laïcité !

La défense de nos acquis sociaux et nos libertés contre la banalisation de l’islam politico-religieux !

Dans ce contexte, la question des minarets en France fait couler beaucoup d’encre après que les Suisses en aient interdit la construction au-delà des quatre qui y existaient déjà. C’est que le problème de la visibilité de la religion musulmane est au cœur des tensions qui traversent les sociétés et particulièrement la France attachée à sa laïcité. Le mouvement de revoilement auquel on assiste un peu partout relève d’une confessionnalisation de l’espace public qui tue un peu plus chaque jour subrepticement nos libertés, et ceux-là savent bien que chaque voile de plus dans la rue y contribue d’un pas.

La question de l’interdiction de la burqa est aussi assujettie au même enjeu qui renvoie à la représentation que les Français entendent avoir d’eux-mêmes et à comment faire nation. Mais comment y parvenir si on commence par s’identifier avant tout à une religion ou/et à travers des mises à part communautaires ? Le repli communautariste réalise une désaffiliation politique, sociale et culturelle qui est un péril pour la laïcité, le progrès et la modernité, pour l’égalité homme femmes si difficilement conquise dans le principe. Aller dans ce sens chacun le pressent bien, ce serait la signature de la fin de toute identité commune, sur quoi l’individualisme serait libre de prospérer et nos acquis en passe de ne plus être défendus et de céder la place à un libéralisme pur et dur !

Lorsque M. Sarkozy insiste sur les «racines chrétiennes» de la France, dit que l’instituteur ne sera jamais à la hauteur du curé ou du pasteur, il donne à l’identité de la nation une tournure qui la dénature, faisant de celui, l’instituteur qui fait le citoyen, un éducateur de seconde zone, vis-vis du curé qui établit sa fonction sur le gouvernement des âmes au nom d’un dieu qui fixe les règles et enchaîne la volonté de l’homme à la croyance, comme à la soumission de l’autel et du prince.

Il ne faut pas chercher chez un Jean Baubérot, pourtant titulaire de la chaire d’histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études, la solution à ce problème qui, après avoir déclaré son opposition sans faille à la loi interdisant les signes religieux à l’école traitée de discriminatoire, pourtant seule à préserver la liberté de chaque élève à devenir un citoyen libre de notre république, n’hésite pas à affirmer que « La morale laïque est une morale commune. » et qu’« Elle n’a pas à être totalisante ni complète. » et encore que « Seules les sociétés totalitaires ont tenté de faire croire qu’elle pourrait répondre à toutes les aspirations de l’homme. » Autrement dit, il y aurait comme match nul entre laïcité et religion !

Il n’y a rien de totalitaire à penser que la morale laïque qui met le bien commun et l’intérêt général au-dessus des différences et de la croyance, est le ciment qui fait la nation et la totalise, comme l’essence même de la souveraineté du peuple. N’en déplaise à ceux qui veulent voir faussement dans la laïcité le simple traitement égal des religions pour en arriver à les soutenir dans leurs demandes à être financées par les deniers publics, islam en tête, cheval de Troie des autres ! On voit ici où on veut nous mener, vers la case des religions réencadrant la société en lieu et place de la nation, du pouvoir commun de décider.

Derrière ce retour clérical des religions pesant sur l’identité de la nation, ce que l’on vise, c’est cette France avec son modèle social original au cœur duquel se trouvent la protection sociale et les services publics, fondés sur le principe de laïcité, qui sont comme jamais remis en cause, avec l ‘ensemble des acquis sociaux. De l’autre côté on attaque aussi la nation à travers la remise en cause de la fonction sociale de l’Etat comme protecteur et défenseur de ses membres, en lui opposant la logique de la concurrencer libre et non-faussée, les acquis sociaux dans ce contexte étant présentés comme s’opposant au progrès économique et comme frein au sortir de la crise.

Un Etat qui ne sert pas de protection à son peuple renvoie les individus à une recherche de solidarités à une échelle qui est celle de la proximité religieuse, ethnique, culturelle, clanique, à une échelle inférieure qui est celle des communautarismes de tous bords qui tuent la nation et les peuples en les réduisant au tribalisme, pour mettre en œuvre ce service rendu aux puissants de diviser pour régner.

La relativisation de l’islamisme conduit à la pétainisation de nos libertés

Les médias ne sont pas indemnes dans ce contexte de dérives lâches et pétainistes où les élites fuient déjà le combat. On nous dit sur France-info à propos du dernier attentat au Pakistan cette semaine que des « militants » appartenant à une faction islamiste « ont jeté des grenades sur la foules puis tirés sur elle »… sans aucune émotion… Des « militants » ?! Comment donc les nommer ainsi, sans salir tous ceux pour lesquels ce mot à une valeur ! Quelle honte et quel déni d’information, quelle lâcheté face à ceux qui n’ont rien de « militants » et ne sont que des terroristes, des criminels, des déchets d’humanité, des fascistes islamistes qui devraient être poursuivis pour crime contre l’humanité depuis longtemps, et que cette façon de les présenter en banalisant leur acte en rend les journalistes complices !

Et dire qu’on appelle « ça ! » une radio du service public!
Omar-el-Béchir peut dormir tranquille, sur France-infos on l’a déjà oublié, bien qu’il ait contre lui un mandat d’arrêt international pour le fait, depuis longtemps, d’organiser un crime de masse, éradiquant par la guerre et la faim par millions tout ce qui n’est pas arabe et musulman, au nom de la République islamique du Soudan à la tête de laquelle il pavoise, en continuant de se donner en exemple aux autres musulmans du monde en toute inhumanité, charia comprise strictement respectée, avec en prime l’ONU fermant les yeux sur cette fange!

Et encore Ahmadinejad, le Président iranien avec lequel on entend discuter d’égal à égal, comme M. Obama y invite l’ONU, pour négocier on ne sait quoi sur le nucléaire alors qu’il ne cesse d’affirmer vouloir continuer d’enrichir plus d’uranium, rejetant toute idée de renoncement à sa bombe. On laisse ce dictateur continuer de donner lui aussi l’exemple de ce que doit être l’islam sans aucune réaction des représentants de cette religion en France ou en Europe, qui en fait voient en lui le chef de fil de la Guerre que cette religion entend livrer à la liberté, celle si on les laissait faire à terme donnant lieu à une troisième guerre mondiale.

M. Ramadan aussi peut pavoiser sur France 2 à l’émissions « Ce soir ou jamais » où on lui offre les moyens de diffuser le poison de sa propagande, alors qu’il fait son show à la télé iranienne pendant que le Président de la république islamique sanglante de ce pays se vante chaque jour dans les quotidiens à sa main, du nombre d’opposants tués depuis la réaction à sa réélection, qui sont au nombre de cinquante et des arrestations qui s’élèvent à 4000 !
Et pendant ce temps là on s’affaire ailleurs en nous faisant croire que l’essentiel se jouerait à un tout autre niveau, celui du sort de la planète!

Le réchauffement climatique : une propagande qui défait les peuples de leurs droits pour les exploiter plus !

« Copenhague est au chevet de la planète » nous-dit-on ! La conférence sur le réchauffement climatique a été préparée par une opération idéologique sans précédent, pour ne pas dire un bourrage de crâne, des pubs de la Macif écolo aux interventions de la Ligue de l’Enseignement dans le cadre scolaire où on fait ânonner nos enfants sur le thème des peurs collectives inspirées par le sujet, qui malgré eux se transforme en propagateurs naïfs de cette propagande.

On aurait soi-disant déposé aux pieds de cette conférence « tous les espoirs de l ‘humanité », une manipulation digne de la Guerre du Golfe avec ses armes de destruction massives restées introuvables mais qui ont autorisé de semer la mort en nombre en réorganisant le monde autour de la puissance américaine. Il y a de quoi s’inquiéter de ce que l’on entend nous imposer au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, une grande cause au-dessus des Etats mais surtout des peuples qui, du Nord dit riche, doivent suivre et accepter des restrictions dont on ne connait pas à ce jour les limites.

En réalité, voilà une grande cause qui se hisse au-dessus de la démocratie elle-même, à la façon d’un effet d’aubaine pour le capitalisme qui, en collant à ce catastrophisme, a trouvé le moyen de justifier les restrictions d’une crise qu’il a provoquée en privatisant les richesses créées par le peuple au bénéfice de quelques-uns, selon un système bien rodé ! Derrière le thème de la décroissance chère à ces postmodernes de la bienpensance boboïsante, de ceux qui croquent au système et ont trouvé ici leur bonne conscience, le Medef peut compter pour culpabiliser ceux auxquels on entend faire payer toutes les factures des inégalités jusqu’à justifier de leur reprendre leurs acquis au non de régresser pour durer.

On voit ce thème prendre la fonction qu’occupe habituellement la guerre qui balaye toutes les autres préoccupations au nom de l’urgence patriotique en d’autres temps, devenue urgence climatique, mettant entre parenthèse les libertés publiques et la démocratie. Voilà exactement ce qui nous arrive, plus rien ne peut se décider sans avoir à en passer sous les fourches caudines de ce Léviathan qui dévore nos libertés pour la cause suprême. Le stalinisme n’a pas fait mieux.

En réalité, les pays du Sud aussi sont appelés à contribuer à cette mascarade car, alors que les pays européens ne cessent de faire baisser leur émission de gaz à effet de serre, ce sont eux qui se développent en en produisant toujours plus, poussés dans ce sens par l’économie capitaliste qui n’a de morale ici que pour déguisement et d’intérêt pour le climat que d’illusionnisme. Lorsque sur un sujet on ne voit dans des débats que des gens d’accord entre eux pour décider du sort de tous, le mensonge est partout et le fascisme derrière la porte.

Le postmodernisme envahit l’ensemble de l’espace respirable et joue l’air du fatalisme après la fin d’un communisme réel qui laissait entrevoir une alternative, fut-elle largement à reprendre du côté des libertés et donc à réformer. Il installe partout la culpabilité avec son arsenal de repentances, en lieu et place du progrès montré comme jouant contre l’intérêt de l’homme, renonçant à s’émanciper à la faveur de la décroissance, du renoncement au progrès, en lieu et place du combat émancipateur pour la liberté, l’amélioration du sort commun.

En voulant nous faire admettre l’idée que l’on ne peut plus avoir confiance dans le progrès, que la science au lieu de promettre l’amélioration de la vie sur terre doit être accusée de mettre en danger la planète, que tout n’est qu’incertitude, l’homme lui même se voit intimé à se supprimer lui-même en renonçant à ses facultés, à s’émanciper, au nom de préserver le caractère sacré de la nature, et par-là à admettre de ne plus rien demander qui élève la condition humaine.

On voit le service rendu ici par cette nouvelle religion de la nature aux chantres du libéralisme le plus brutal, et à ceux qui dans les paradis dorés se la coulent douce en buvant ce discours comme du petit lait garantissant leur domination à « vitam aeternam ».
Cohn Bendit est sans doute la plus belle illustration de cette connivence. Comme à son habitude il fait très fort, militant pour faire payer au maximum les peuples le fantasme du réchauffement climatique, quand il ne va pas à l’université d’été du Medef pour y donner toutes les clés pour les museler, il crie aussi son amour des minarets et autres communautarismes, considérés à ses yeux pour la vraie liberté, celle des religions à faire la loi. Mieux, il demande que les Suisses qui ont rejeté les minarets par Référendum, revotent, pour enfin laisser proliférer les mosquées librement… Quel « libertaire-libéral » comme il aime à se décrire décidément, que celui-là, et quel grand démocrate qui ne voit dans la démocratie un intérêt que lorsqu’elle valide ses idées sinon elle est bonne à jeter aux ordures.

La laïcité, condition nécessaire de la démocratie, comme principe émancipateur de l’homme, selon Jean Jaurès !

Plus que jamais il faut avoir à l’esprit le discours que jean Jaurès prononce à Castres le 30 juillet 1904, qui nous rappelle la mesure que la laïcité donne de l’homme comme de toute chose.

« Démocratie et laïcité sont deux termes identiques » et « La démocratie n’est autre chose que l’égalité des droits. » « Dans aucun des actes de la vie civile, politique ou sociale, la démocratie ne fait intervenir, légalement, la question religieuse. Elle respecte, elle assure l’entière et nécessaire liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances, de tous les cultes, mais elle ne fait d’aucun dogme la règle et le fondement de la vie sociale. (…) La démocratie a le devoir d’éduquer l’enfance ; et l’enfance a le droit d’être éduquée selon les principes mêmes qui assureront plus tard la liberté de l’homme. Il n’appartient a personne, ou particulier, ou famille, ou congrégation, de s’interposer entre ce devoir de la nation et ce droit de l’enfant. »

« Mais qu’est-ce à dire ? Et si la démocratie fonde en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social, famille, patrie, propriété, souveraineté, si elle ne s’appuie que sur l’égale dignité des personnes humaines appelées aux mêmes droits et invitées a un respect réciproque, si elle se dirige sans aucune intervention dogmatique et surnaturelle, par les seules lumières de la conscience et de la science, si elle n’attend le progrès que du progrès de la conscience et de la science, c’est-a-dire d’une interprétation plus hardie du droit des personnes et d’une plus efficace domination de l’esprit sur la nature, j’ai bien le droit de dire qu’elle est foncièrement laïque, laïque dans son essence comme dans ses formes, dans son principe comme dans ses institutions, et dans sa morale comme dans son économie. Ou plutôt, j’ai le droit de répéter que démocratie et laïcité sont identiques. »

Epilogue : De la croyance en l’homme et le progrès !

La réforme territoriale imposée par Nicolas Sarkozy est le plus bel exemple de sa duplicité, utilisant sur le plan des idées le thème de l’identité nationale dans cette période préélectorale pour en fait sur le plan politique couler la nation par le fond. Cette réforme fondamentale prévoit, derrière l’élection de conseillers territoriaux en lieu et place des Conseillers régionaux et des Conseillers généraux, la disparition des départements par leur agrégation « volontaire » dans de grands espaces régionaux polarisés par des métropoles dans le sens voulu par la construction européenne, celui d’un rapport métropoles-région- Europe dominant, subsumant la nation et la réduisant à des fonctions régaliennes aliénées à un centre impériale.

C’est, si l’on considère la notion même de démocratie, selon sa définition du pouvoir au peuple pour le peuple, la fin d’une histoire et pour la nation, inventée par Clisthène au siècle de Périclès, comme la terre commune à laquelle tous les citoyens se rattachent, la fin d’un temps, d’une culture. Cette réforme est en réalité faite pour en finir avec les biens les plus précieux tels que la liberté, la nation, la République et même toute idée de peuple, pour les remplacer par une Europe fédérale dotée d’une démocratie qui n’en a que le nom, gouvernée en fait par des institutions impériales, puisqu’il sera alors devenu impossible de changer à partir d’un de ses points d’encrage son tout, seulement d’obtenir des aménagements négociés de régions à régions, avec son aval. Cette nouvelle dictature, c’est à celui qui se réclame de la nation qu’on la doit, avec ce qu’il faut de religion pour encadrer tout cela, puisqu’il n’y aura plus rien en quoi croire de ce que l’homme peut changer par lui-même en tant que citoyen, dépossédé du pouvoir d’influer sur la trajectoire commune, à moins de faire la Révolution.

Les penseurs des Lumières, ces nouveaux philosophes du XVIIIe siècle, se caractérisaient par l’idée de progrès, par la défiance de la tradition et de l’autorité, la foi dans la raison et dans les effets émancipateurs de l’instruction, l’invitation à penser et à juger par soi-même. Voilà avec quoi nous sommes résolument avec Jean Jaurès irrémédiablement en filiation d’identité. Vive la nation, vive la république, vive la France, vive la révolution !

Guylain Chevrier

Historien

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