Notre patrimoine et notre culture font partie de notre territoire à défendre

Les beaux jours sont de retour. Peut-être avez-vous déjà étalé une serviette éponge sur une plage où vous aviez repéré un coin tranquille. Vous avez ouvert votre sac à dos, enfilé votre maillot et ouvert le livre que vous aviez le projet de terminer. Pourquoi ne pas vous rafraîchir avant de continuer votre lecture ? Vous courez vers l’eau, vous vous aspergez pendant quelques minutes avant de revenir vers votre place.

Et là, que découvrez-vous ? Un individu adulte s’est assis sur le sable à quelques centimètres seulement de votre serviette ! Comme s’il n’avait pas pu poser son cul ailleurs. Mais que lui dire ? Qui pourrait le chasser ? Il ne s’est pas installé sur MA serviette — ç’eut été un comble ! — et il a probablement le droit de s’asseoir sur une plage publique où bon lui semble. Pourtant, vous le détestez. C’est qu’il a envahi l’espace que vous vous étiez attribué.

Un territoire, ce n’est pas seulement un lieu délimité comme votre corps, les murs de votre maison, votre jardin ou votre pays. Elles font aussi partie de nos territoires, les idées auxquelles nous sommes attachés. D’autres nous les ont offertes comme la clé d’une maison commune ou nous nous en sommes convaincus par nous-mêmes dans un lent processus de maturation. Nous voulons les défendre contre des idéologies invasives, des conceptions du monde ou des idéologies où nous ne pouvons pas nous reconnaître.

Je m’étais persuadé, depuis l’époque où j’observais les mouvements politiques estudiantins, qu’il devait être possible de sympathiser avec des gens à l’autre bout du spectre idéologique. Déjà, j’avais mes certitudes athées. Il ne me paraissait pourtant pas anormal de me lier d’amitié avec un pratiquant d’une religion.

Sur le terrain de la politique, je me rendais compte que la camaraderie avec l’ennemi était plus difficile à cultiver. Les gauchistes surtout ne voulaient pas écouter ni même entendre ce que je pouvais penser. Il est arrivé que je me sente haï pour avoir formulé une opinion adverse à celle de mon interlocuteur. Une dissension sur une opinion devait-elle être suffisante pour compromettre une bonne entente ? Je ne voulais pas l’admettre.

J’avais pourtant vécu une manière d’expérience traumatisante. En me risquant à défendre, devant une assemblée d’enseignants, le développement de l’énergie nucléaire, j’ai vu se tourner vers moi des regards haineux et des bouches qui me huaient. Était-il naïf de croire que je pouvais avoir, sur cette question, une conviction opposée sans empêcher un respect mutuel entre les interlocuteurs ?

La plupart des préférences, désirs, souhaits ne posent aucune menace pour la sérénité des relations entre les personnes qui en débattent. Qui aime le bleu d’Auvergne n’est pas offensé par la préférence d’un commensal pour le comté. Elle désire bronzer sur la plage mais comprend très bien que son mari préfère aller visiter le musée. Ceux qui souhaitent aller se coucher n’en veulent généralement pas à ceux qui veulent voir la fin du film.

À y regarder de plus près cependant, toutes ces situations peuvent conduire facilement à une hostilité. Il aime le bleu d’Auvergne (que je déteste) et ne voilà-t-il pas qu’il a pris le dernier morceau de comté du plateau de fromage. Tout le groupe doit se rendre au musée parce que nous avons un ticket collectif et tant pis pour ceux qui veulent bronzer. Elle va se coucher et prétend que le son du téléviseur l’empêche de dormir.

À n’en pas douter, ces conflits sont enracinés dans des programmations biologiques. Les animaux défendent les rogatons qu’ils ont découverts. La concurrence est sans relâche dès lors que la pénurie est la règle. Au moins pouvons-nous exploiter notre territoire. Le comportement des vacanciers qui marquent leur rectangle de sable à l’aide d’une serviette-éponge m’a souvent fait penser aux pies qui n’acceptent pas de visiteurs dans l’espace qu’elles ont déterminé pour leur couple. Elles se lancent dans des combats aériens contre une corneille qui se serait malencontreusement aventurée là où elles combattent les groupes d’envahisseurs composés de perruches vertes qui s’adaptent de mieux en mieux sous nos climats.

Revenons au monde des idées. Nous avons tous quelques convictions. Elles concerneront des faits, des évaluations ou des projets. Que le discours d’un opposant vienne les contester est ressenti comme une tentative de phagocyter notre territoire, une attaque qui pourrait réduire ou même anéantir notre identité.

Récemment, un responsable du nouveau parti « Islam » en Belgique était interviewé par une journaliste, Emmanuelle Praet qu’il a refusé de regarder. La dame ignorée par ce musulman a jugé cette situation « terrible à vivre ».

C’est d’identité, en effet, dont il s’agit ici. Sur certaines questions « froides », nous pouvons aisément changer d’idée sans que cela affecte la représentation que nous avons de nous-mêmes. La « température » d’une question dépend évidemment de ce que la réponse est capable ou non d’affecter notre vie.

Qu’un ami prétende que ce sont les conservateurs qui ont emporté les dernières élections australiennes alors que vous pensiez que c’étaient les travaillistes vous laissera probablement complètement froid, sauf si vous êtes vous-même Australien. À moins que vous n’apparteniez à un milieu de cinéphiles passionnés, l’idée que Godard est un génie ou seulement un metteur en scène de second ordre ne vous échauffera pas. Le projet d’un nouveau canal partant de la mer Noire ne fera pas monter le ton d’une conversation entre deux paysans normands.

En revanche, les questions périlleuses pour la paix d’un dialogue affectent l’activité des neurones qui forment la conscience de soi de l’un des interlocuteurs au moins.

Notre identité est le concept que nous nous formons de nous-mêmes. Pourquoi les antifas haïssent-ils, entre autres, les membres de Génération identitaire ? Si je dis, comme je le pense par ailleurs, que les jeunes filles et les jeunes gens qui ont organisé le 21 avril un barrage contre les immigrants clandestins au col de l’Échelle sont admirables, je provoquerai des réactions haineuses.

Dans ce cas particulier, il s’agit clairement d’une question de territoire. Le monde fonctionne de manière telle que les êtres vivants qui tapissent sa surface se dirigent vers les zones où la nourriture est plus abondante. Que les groupes qui les occupent et y travaillent depuis de nombreuses générations n’entendent pas céder leur place à des nouveaux arrivants qui n’ont pas été invités a toujours été considéré comme naturel, au moins jusqu’aux dernières années du XXe siècle.

Une idéologie nouvelle, avatar d’un christianisme déliquescent, a germé sur le terrain fertile des jeunes cerveaux insatisfaits par les réponses mythiques que les religions leur avaient proposées jusque-là. Ils étaient donc désorientés dans la recherche de la conception d’eux-mêmes. J’ai appelé les adeptes de ces religions sans dieux des « humanitaroïdes associés ». Leurs mouvements ont en effet une forme (-oïde) humanitaire et ils sont affectés d’une tare psychique les poussant convulsivement à constituer des associations. Ils ont la certitude de connaître le bien et, par voie de conséquence, de se sentir autorisés à une croisade contre les « méchants » (identitaires, islamophobes, nationalistes, populistes).

La haine montre son visage à tous ceux qui n’admettent pas les valeurs des nouveaux catéchismes, qui refusent de donner leur pays sans guerre aux hordes d’envahisseurs qui arrivent sans papier.

Gilbert Dispaux

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4 Commentaires

  1. A Gilbert Dispaux,
    Merci pour ce texte parfait et ces vérités qui sommeillent au fond de chacun de nous.
    En 2014 j’écrivais, dans mon roman “Il pleut à Venise, Hamdoullah !” : « Je finis par me taire. Je sais que je n’emporterai pas le morceau sur ce terrain. Mais en même temps, je comprends bien que Nawal défende son pays, même avec un peu de subjectivité. Après tout, si l’on vit à Paris, on a le droit d’aimer Saint-Flour quand on y est né ! C’était la même chose pour moi au Canada, où j’ai passé huit ans de ma vie. Il m’arrivait souvent de défendre mon pays, lorsque les Québécois, qui ont toujours gardé une dent dure pour les « Maudits Français », critiquaient la France… »

  2. Le titre de mon roman est bien “Il pleut à Venise, Hamdullah” et non “Hamdoullah”. Merci de bien vouloir rectifier.

  3. Gilbert Dispaux, j’aime beaucoup votre formule sur ceux  » qui refusent de donner leur pays sans guerre aux hordes d’envahisseurs qui arrivent sans papiers. » Je me sens honoré de faire partie de cette Résistance. Quand à ces No Borders et autres Antifas, pauvres crétins suicidaires sans le savoir, ils sont effectivement victimes de ce que vous appelez  » l’idéologie nouvelle d’un christianisme déliquescent.  » L’écrivain britannique Chesterton parlait lui de  » vertus chrétiennes devenues folles. » C’est la meme constatation. Vous et lui avez raison. Continuons à lutter!

  4. Une fois de plus, remontons à Darwin. Evolution, sélection, territoires, nourriture.
    L’Homme est resté un animal.
    Evolué, certes, mais jaloux de sa Race, son Territoire, son Groupe. sa Filiation.
    Sortir de là, c’est ne rien comprendre aux Civilisations…

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