Nouméa : quand un Kanak tire sur les Blancs, c’est la faute à qui ?

Publié le 5 mai 2013 - par - 2 255 vues
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Appelons-le Michel, Calédonien de souche, dégoûté par l’évolution du Territoire, il refuse de se tenir au courant de l’actualité locale. Pas de journaux, pas de télévision. Un peu d’Internet où il lit quotidiennement le bloc de Riposte Laïque.

Quand je lui ai appris que mardi 30 avril, un type avait tiré sur des passants du centre-ville, devant la CCI, près de Marine Corail, il n’a pas paru particulièrement surpris.

« Y a-t-il des blessés ?

– Trois. Ils s’en sortiront.

– Tant mieux. Je suppose que le tireur fait partie du Peuple Premier[1].

– Bien supposé.

– Et d’où vient-il ?

– Ouvéa.

– Il est donc doublement excusé. Combattant du Peuple Premier et originaire d’Ouvéa : intouchable. Il a sans doute voulu lutter contre le colonialisme qui a tué ses frères à Gossanah[2].

– C’est en effet, une de ses deux explications. Je cite : « Les grands frères d’Ouvéa n’arrêtent pas de parler de la grotte de Gossanah avec les gendarmes. On n’arrête pas de dire : “ Les Blancs, les Blancs, les Blancs ”. »

– Et l’autre explication ?

– Il dit ne pas pouvoir supporter que ses proches le poussent à chercher du travail, alors, je cite encore : « Je savais que si je flinguais un Blanc, j’irais plus vite en prison ».

– En prison ?

– Pour avoir, selon lui, une vie plus facile derrière les barreaux : blanchi (si j’ose dire), nourri, logé.

– Admirable. Un drame politique ajouté à un drame de la pauvreté. Christine Taubira doit le faire libérer tout de suite, il est insupportable qu’un tel héros moderne subisse le calvaire du Camp-Est, prison coloniale s’il en est.

– Il a d’ailleurs des circonstances atténuantes.

– Je peux savoir lesquelles ?

– Il ne voulait pas tirer sur un frère kanak, ce qui dénote un louable sentiment d’appartenance, n’avait ni bu ni fumer de cannabis et surtout, il s’est servi d’une arme volée à… Pont-des-Français[3].

– Je vois. Le seul vrai coupable de cette histoire est celui à qui notre pauvre Kanak a volé l’arme. En plus, il habite à Pont-des-Français, peut-on trouver un nom qui pue autant le colonialisme. Ce salaud, il faut l’enfermer rapidement et pour longtemps.

– En tout cas, il va être poursuivi parce que, s’il a acheté légalement le fusil, il l’a modifié en sciant le double-canon et la crosse.

– Inexcusable. Vingt ans de Camp-Est. »

Nous nous sommes quittés là-dessus. Michel est retourné à sa famille, à son jardin, à ses lectures.

Marcus Graven



[1] Franck Majele, 19 ans, fait partie du Peuple Premier. En Nouvelle-Calédonie, les autres habitants de l’archipel (Calédoniens d’origine européenne, Métropolitains installés depuis des années sur le Territoire, Polynésiens, Wallisiens, Indonésiens, Vietnamiens…) sont des communautés. L’accord de Nouméa l’a décidé ainsi.

[2] Franck Majele est originaire d’Ouvéa – Ile la plus proche du Paradis, prétend la pub –, mais surtout île d’une prise d’otages en 1988. Les gendarmes d’Ouvéa retenus dans la grotte de Gossanah par des terroristes indépendantistes furent libérés par la force. Kassovitz a fait de cette histoire un navet pro-indépendantiste qui, heureusement, n’a même pas eu un succès d’estime.

[3] Quartier de la banlieue de Nouméa

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