Nous sommes dans le camp du bien ? Ah bon!

« Français vous avez la mémoire courte… »            (Maréchal Philippe Pétain ; juillet 1941)

Le 24 février, la Russie lançait son offensive contre l’Ukraine. J’avoue humblement que, comme Eric Zemmour, je pensais que Vladimir Poutine ne mettrait pas ses menaces à exécution.

Depuis, des lecteurs me demandent mon avis sur ce conflit et les conséquences qu’il pourrait avoir sur ce qu’on ose encore appeler – on se demande bien pourquoi ? –  « le monde libre ».

Il n’est pas dans mes habitudes de botter en touche  mais, comme pour la pandémie de Covid 19,  j’évite de parler de sujets pour lesquels je n’ai pas la moindre compétence. De plus, je n’aime pas hurler avec les loups et encore moins de bêler avec les moutons.

Hier, contraint et forcé (puisqu’il était sur toutes les chaînes de télé !) j’ai écouté, j’ai subi, le prêche d’Emmanuel Macron ; un discours volontairement dramatisé et bâti sur le même schéma attrape-gogos que celui du début de la pandémie de Coronavirus,  à savoir :

Introduction : « C’est la guerre, nous n’avions plus connu ça depuis des décennies »

Thèse : « Le camp du mal, c’est Poutine » (ou le Coronavirus).

Antithèse : « Nous sommes le camp du bien, celui des démocrates, mais nous allons souffrir ».

Synthèse : « Mais soyez rassurés braves gens, je suis là, et l’Europe est là avec moi, derrière moi(1),  pour vous protéger ». Un beau discours de va-t-en-guerre qui plaît tant au bourgeois !

Pour Macron, Vladimir Poutine est le seul responsable et le seul coupable. Il n’a rien dit sur les 30 années d’humiliation et de mépris à l’égard de la Russie, écartée de l’Europe. Il est vrai qu’il connaît mal l’histoire et n’a pas compris que c’est l’humiliation du Traité de Versailles qui est (en partie) responsable de la naissance du nazisme. Il n’a rien dit non plus sur les promesses faites à Gorbatchev de ne pas élargir l’OTAN à l’Est. Rien sur la violation de la souveraineté de la Serbie bombardée par l’OTAN. Rien sur le dépeçage de ce pays en l’amputant du Kosovo. Rien sur le refus de Kiev de respecter les Accords de Minsk sur l’autonomie du Donbass. Rien sur les bombardements commis contre les populations pro-russes. Rien sur les milices nazies proches du pouvoir. Rien sur les crimes et les exactions de la sulfureuse « Brigade Azov »

Je pourrais continuer longtemps mais on me reprocherait immanquablement d’être pro-Poutine, ce qui n’est absolument pas le cas ; j’essaie simplement d’être objectif et de faire preuve d’un minimum d’honnêteté intellectuelle, un point c’est tout !

Notre Chef des Armées, qui n’a pas oublié les cours de théâtre inculqués par sa « maîtresse » (dans tous les sens du terme), a su dire avec la gravité qui convient où est le mal – chez Poutine – et où est le bien – dans les pays de l’OTAN dont les USA sont le premier contributeur. C’est d’ailleurs assez cocasse de la part d’un homme qui déclarait, il y  a quelques mois, que l’OTAN était « en état de mort cérébrale ». Je ne reproche pas à Emmanuel Macron d’avoir tenté une médiation avant le début  des hostilités : son face-à-face ridicule, au bout d’une table de 10 mètres de long, toisé et roulé dans la farine par l’ogre russe, auquel il a tenu le crachoir qui durant 5 heures…pour le résultat que l’on connaît. Mais ensuite, sa médiation ayant échoué, il ne fallait pas se mêler de ce conflit : l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN, nous n’avons donc aucun devoir envers elle (2).

De grâce, qu’on ne vienne pas qualifier ma position d’« esprit munichois », ce poncif à la mode qui tourne en boucle dans les médias. Rappelons aux ignares qui pérorent sur le sujet que les Accords de Munich, signés entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie (représentés par Hitler, Daladier, Chamberlain et  Mussolini), le 30 septembre 1938, étaient un lâchage pur et simple de la Tchécoslovaquie avec laquelle nous avions un traité d’alliance.

La France de Daladier était  à la veille d’élections, situation peu favorable à une opération militaire d’envergure, et ne souhaitait pas entrer en guerre sans la présence du Royaume-Uni à ses côtés. La France a donc abandonné lâchement la Tchécoslovaquie. Léon Blum, favorable aux Accords, se disait « partagé entre un lâche soulagement et la honte ». Et Winston Churchill a eu cette belle envolée  envers Daladier : « Vous avez préféré le déshonneur à la guerre ; vous aurez le déshonneur ET la guerre ! » C’est cela « l’esprit munichois » : le non-respect honteux d’un traité d’alliance.

Les rodomontades de Macron font consensus et provoquent des surenchères verbales ou épistolaires. Chacun y va de son couplet patriotique, tient des discours martiaux, joue les va-t-en-guerre, condamne, brandit des sanctions, déplace des troupes, censure, gesticule.

« Armons-nous et partez ! » est plus que jamais à l’ordre du jour…

Ouvrons une parenthèse pour rappeler à ces belles âmes dont la sensibilité et la pitié sont à géométrie variable, ces « bonnes consciences » occidentales, qu’elles étaient moins vaillantes et moins loquaces pour dénoncer Moscou au temps du Goulag ou lorsque les communistes  écrasaient Prague, Budapest et Berlin-Est en 1954 et 1968.

Le nazisme est mort à Nuremberg (3) en 1946. On attribue 20 millions de morts à la « peste brune » mais j’attends le jour où l’on fera enfin un Procès de Nuremberg du communisme qui est redevable de …150 millions de morts dans le monde. Mais chez nous, en France, il n’est pas mal vu de se déclarer stalinien ou maoïste.

Ceci me ramène, après quelques circonvolutions, au concept binaire du « camp du bien » et du « camp du mal ». Pour rester aussi simpliste que les stratèges de Café du Commerce  qui pérorent sur le sujet,  retenons que le mal absolu c’est la Russie de Vladimir Poutine, et que le bien, ce sont les Etats-Unis de Joe Biden. Ce pays allié et ami dont « un petit gars de Georgie… est venu mourir en Normandie » comme le chantait Michel Sardou, et qui a mis à bas le nazisme (4).

Hélas, depuis la guerre de Sécession qui a traumatisé tout un peuple, les Américains ont pris la sale habitude d’aller faire la guerre chez les autres, à coup de Napalm, de défoliant(5) ou de bombes incendiaires – comme à Dresde – ou atomiques – comme à Hiroshima et Nagasaki (6).

Rappelons brièvement les faits, juste pour (tenter de) comprendre pourquoi certains crimes sont moins graves que d’autres. Personnellement je n’ai pas compris mais je suis un imbécile :

Le 6 août 1945, un bombardier B-29 piloté par Paul Tibbets, baptisé « Enola Gay » (du nom de sa mère, car les Américains sont de grands sentimentaux) décolle, avec à son bord une bombe atomique d’une puissance de 15 kilotonnes. À 8 h 16, la bombe explose à 587 mètres du sol, à la verticale de l’hôpital Shima, situé au cœur de l’agglomération. L’explosion, équivalant à… 15 000 tonnes de TNT, rase la ville ; 75 000 personnes sont tuées sur le coup.

Trois jours plus tard, le 9 août, le B-29 « Bockscar », largue une autre bombe atomique sur Nagasaki.  Cette seconde bombe était au plutonium, d’une puissance de 21 kilotonnes, différente de celle d’Hiroshima. Le scénario sera moins meurtrier mais 35 000 habitants de Nagasaki  seront tués.

Préalablement, il y eut une longue série de raids sur Tokyo : le 24 mai 1945, 3646 tonnes de bombes incendiaires furent larguées sur la ville. Le dernier bombardement nocturne, dans la nuit du 25 au 26 mai, est mené par 502 avions qui larguent 3 252 tonnes de bombes incendiaires.

Le bilan de ces raids est d’environ 100 000 morts, civils pour la plupart. Ce qui permettra au général Curtis Lemay, un grand humaniste, de faire de l’humour en déclarant :

« Les Nippons doivent être brûlés, bouillis ou cuits à mort ».

Tout ceci a été programmé au nom de la démocratie et « pour la liberté » donc, vous aurez compris qu’il serait malvenu, presque incongru, d’oser condamner une telle boucherie.

Mais ne m’en veuillez pas si, lors des attentats du 11 septembre 2001 – quatre attentats-suicides perpétrés pour une fois sur le sol américain par Al-Qaïda –  je n’ai pas donné à cette affaire plus d’importance qu’elle n’en  méritait : ce  quadruple attentat  a  fait 2977 morts.

2977 victimes innocentes, c’est beaucoup ! Surtout quand il s’agit d’Américains.

Rappelons-nous, juste pour mémoire, que la ville de Brest a subi, en quatre ans,…165 bombardements (et 480 alertes) de la part des Alliés.  Ces bombardements ont fait 965 morts et 740 blessés graves. Le raid aérien sur Royan(7) – le 5 janvier 1945 – a débuté par le largage de plus de 2 000 tonnes de bombes. Ce raid a totalement détruit la ville et fait plus de 500 victimes civiles (et plus de 1 000 blessés)… On peut citer aussi le bombardement de Dresde, du 13 au 15 février 1945.

Il détruisit presque entièrement la ville. Un « bombardement combiné » entre l’US Air Forces et la RAF, effectué  avec des bombes incendiaires et des bombes classiques à retardement.

L’évaluation du nombre des victimes se situe autour de 35 000 morts (dont 25 000 corps formellement identifiés) mais certains historiens parlent de « 2 à 3000 victimes, à peine ».

Je me suis fait agonir, même par des amis, pour avoir osé écrire dans l’un de mes livres(8) que les bombardements anglo-américains et les purges des FTP communistes à la Libération ont tué plus de civils que les boches. C’est pourtant la vérité mais, chez nous, il est interdit de critiquer le « camp du bien » ; on vous traite aussitôt de fasciste  ou de nazi.

Ceci nous éloigne de la situation en Ukraine sur laquelle, je l’ai dit, je n’ai pas d’avis.

Disons, pour conclure que  les élites d’Europe occidentale ont refusé de voir que nous étions entrés dans un monde polycentrique, où les nations ré-émergentes ont accédé à la puissance et n’entendent plus se plier aux diktats occidentaux. Un monde de plus en plus instable et de moins en moins occidental, comme l’avait prévu Samuel Huntington.

Les Européens ont fermé les yeux sur ce qui se passait dans le Donbass ; ils n’ont pas veillé à l’application des Accords de Minsk ; ils ont ignoré les menaces répétées de la Russie ; ils ont tout misé sur l’OTAN.  Comment cela finira-t-il ? Je n’en sais strictement rien mais j’ai une certitude : la facture économique (humaine peut-être ?) sera salée pour l’Europe.

J’ai une autre quasi certitude, c’est que Macron sera réélu car le bourgeois adore qu’on lui parle de guerre, surtout s’il n’y risque pas sa précieuse peau.

Eric de Verdelhan

1)- Car il a en ligne de mire le vieux rêve de Giscard d’Estaing : devenir un jour le président des Etats-Unis  d’Europe…

2)- Si nous nous sentions un devoir d’« ingérence humanitaire » – ce concept discutable inventé par Kouchner – il fallait intervenir dès 2014, quand la « Brigade Azov » a commencé à massacrer les séparatistes pro-russes du Donbass.

3)- Je conviens qu’il reste encore des nazis en Europe, dans la « Brigade Azov », entre autres, mais ceux-là, Macron ne veut pas en entendre parler.

4)- le nazisme  a été vaincu en  Europe par 90 divisions anglo-américaines aidées par notre Armée d’Afrique, la division blindée de Leclerc, l’équivalent d’une ou deux divisions de résistants et …360 divisions soviétiques à l’Est. Je suis un anticommuniste viscéral mais j’essaie d’être honnête.

5)- Le fameux « agent orange » utilisé massivement au Vietnam et qui faisait encore des ravages humains 50 ans plus tard.

6)- Hiroshima et Nagasaki : avec les « dommages collatéraux » on estime les dégâts humains à plus de 300 000 morts. Et à combien de malformations congénitales ? Je n’en sais rien !

7)- On voulait détruire l’important nœud ferroviaire de…Saintes.

8)- « Mythes et Légendes du Maquis » ; éditions Muller ; 2019.

 

 

 

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3 Commentaires

  1. Je préfère l’optimisme de la volonté. Le pessimisme de votre raison est certes fondé, mais parfois les peuples réagissent intelligemment. Le problème aujourd’hui n’est plus le communisme, mais la reféodalisation des sociétés occidentales sous la houlette des Yankees qui ont besoin de guerres pour respirer, faire tourner leur complexe militaro-industriel et pour échapper à la crise économique et financière qui les talonne.

  2. Oui, tout cela est bien bel et beau…

    Mais …
    Qu’est devenu Jean-Michel ?

    Quelqu’un ici aurait des nouvelles ?…

  3. Les fameux accords de Minsk sont très peu évoqués. Et pourtant c’est bien, en grande partie, leur non-respect qui est la raison de la position de la Russie.

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