Nouvelle-Calédonie J-9 : un référendum pour rien ?

Publié le 25 octobre 2018 - par - 8 commentaires - 591 vues
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Le 5 novembre, la Nouvelle-Calédonie se lèvera soit avec la gueule de bois (l’heure de l’indépendance aura sonné), soit en poussant un imperceptible soupir de soulagement (elle demeurera encore quelque temps dans l’ensemble français). Ce même jour, Édouard Philippe, Premier ministre d’un gouvernement en perdition, débarquera en compagnie d’Annick Girardin, l’ectoplasmique ministre des Outre-mer.

Ils ne viennent pas chanter La Marseillaise sur la place des Cocotiers. Ils seront là « pour rencontrer l’ensemble des forces politiques, pour discuter de leur analyse des résultats de la veille et pour évoquer avec elles les conditions de l’après-4 novembre », a déclaré Philippe.

Il a ajouté : « Le 4 novembre […] c’est l’aboutissement de trente années d’engagement des parties aux accords de Matignon ». Mais « c’est aussi le début de la Nouvelle-Calédonie qui veut continuer sur le chemin qui a été tracé en 1988 […] et qui veut construire un avenir. Il faudra pour l’État et le gouvernement aider les forces politiques à construire cet avenir. […] Je serai toujours présent pour faire en sorte que ce dialogue et cette volonté commune puissent prévaloir ».

 

Sous les mots, la réalité : jamais Édouard Philippe n’osera braver les indépendantistes. L’image serait trop mauvaise et la Macronie n’a pas besoin d’une casserole supplémentaire.

Le référendum du 4 novembre sera une consultation pour rien.

Édouard Philippe veillera, avec la complicité de la plupart des partis loyalistes, à ce que rien ne change. Surtout si le “NON” à l’indépendance l’emporte largement.

 

La victoire du “NON” ce sera :

— la pérennisation de la répartition inique du budget entre les trois provinces (230 000 FCFP – 1 927 € – par an et par habitant du Sud ; 510 000 CFP – 4 274 € – par an et par habitant du Nord ; 830 000 CFP – 6 955 € – par an et par habitant des Loyauté) ;

— l’interdiction de vote maintenue pour plus de 30 000 citoyens – voire 46 660  selon le quotidien Les Nouvelles – présents sur le Territoire depuis des décennies (alors qu’en Métropole une partie de la classe politique souhaite donner le droit de vote aux migrants – droit qu’ont déjà les citoyens européens installés dans l’Hexagone) ;

— la continuation de la représentation abusive des indépendantistes au Congrès (si on voulait que chaque élu représente à peu près le même nombre d’électeurs, il en faudrait 40 pour le Sud, 10 pour le Nord, 4 pour les Loyauté, au lieu des actuels 32 pour le Sud, 15 pour le Nord et 7 pour les Loyauté) ;

— le maintien des deux prochains référendums et la création des suivants jusqu’à ce que le “OUI” l’emporte (ce qui permet de mieux comprendre l’escarmouche qui a eu lieu sur la question référendaire. Pour sortir de la liste des pays à décoloniser, il faut que le “OUI” gagne sur une des quatre solutions proposées par l’ONU :

— devenir un État indépendant ;

— être associé à un État indépendant ;

— être intégré à un État indépendant ;

— acquérir un autre statut politique librement décidé.

Donc, si la question avait été, par exemple, “Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie demeure intégrée à l’État français ?”, le problème était peut-être réglé. Mais, comme d’habitude, les partis loyalistes ont préféré le “mou” au “dur”…) ;

— la pérennité du mythe que les morts à partir de 1981 n’ont été que des Kanakystes (frères de Tjibaou et grotte d’Ouvéa) alors que la majorité des assassinats, des viols, des tortures ont frappé l’autre camp ou des Blancs parce qu’ils étaient blancs – gendarmes, fermiers, automobilistes, promeneurs, habitants de Thio… Sans parler des propriétés pillées, incendiées, des familles chassées à jamais de leur propriété.

En Nouvelle-Calédonie, l’Histoire n’est pas écrite par les vainqueurs, mais par des idéologues au cerveau bloqué dans les anticolonialistes années 60.

 

En attendant, la campagne audiovisuelle continue. Et à chaque prestation des indépendantistes, le grotesque s’impose.

Raides comme des piquets de gaïac, deux types dans leur chemise maronnasse et Margot Martin dans une robe mission dont les créateurs, comme son nom l’indique, n’étaient ni Dior ni Cardin, lisent péniblement la profession de foi du FLNKS.

Les deux types bafouillent que les Kanaks sont les rois de l’accueil, et de prendre l’exemple d’Ouvéa, une des îles Loyauté où, en des temps lointains, des Polynésiens s’installèrent. Dans la réalité, ils s’imposèrent sans doute lors d’un peuplement de retour. Pour preuve, l’île porte le nom de l’île mère, Uvéa, aujourd’hui à Wallis et Futuna. Puis ils assènent que les Calédoniens doivent tout aux indépendantistes : la protection sociale, la paix, le destin commun, la citoyenneté… un catalogue de gestes et de réformes dont ils sont autant à l’origine qu’ils le sont des marées et du bleu du lagon.

Pour terminer, Margot Martin, une rondelette jeune fille, sans s’en apercevoir, démolit en trois ou quatre phrases l’argumentaire des deux besogneux. En clair, ici c’est Kanaky, toute la terre appartient aux Kanaks, ils sont les maîtres et toutes les autres communautés devront se soumettre. Elle a le sourire convaincu des gens soumis.

 

Ainsi vont les jours en Nouvelle-Calédonie.

 

Marcus Graven

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Notifiez de
Yohann le debattant

Au train où ça va, dans 30 ans c’est la France qui demandera son indépendance quand le Califat musulman sera une réalité…

Emile ROUX

Encore la NC !

Aux Armes Citoyens

EXACT ! Ras-le-bol et pourtant j’y réside… C’est dire si on connaît le problème.

AFMC98000

Vous qui résidez en NC, quelle est la situation sur place et l’ambiance entre les deux communautés ?

Gérard Creuset

Bravo à Marcus Graven pour cette analyse sans défaut et ce très bon résumé de la situation. Du côté indépendantiste l’argument officiel est besogneux mais le discours est double, peu convaincant à la télé, il devient clair dans les tribus et audible à ceux qui continuent de pleurer Machoro et qui rêvent d’une indépendance canaque à la rhodésienne. Edouard Philippe saura s’assurer de la collaboration de Gomès et de la clique convoiteuse de prébendes comme Sarkozy s’était assuré de la complicité scandaleuse de Frogier en échange de la promesse d’un poste ministériel. La tare des élus de la droite locale… lire la suite

fu-k-u

On nous rejoue l »Algérie 50 ans après.

Allonzenfan

Question à 1.000 € : quel homme célèbre contemporain a dit « one man, one vote » ?
Un indice : ce n’était pas un p… de kanak !

fu-k-u

Aucune importance, les referendums de ce type sont toujours truqués et toujours en faveur de l’indépendance.
Ouvrez les yeux !