Nouvelle-Caledonie : la rapide désintégration du camp anti-indépendantiste

 

Pierre Frogier, le patron du R-UMP néo-calédonien, censé être loyaliste, autrement dit anti-indépendantiste, est contesté dans son propre parti. Un sondage montre que les Calédoniens ne lui font plus confiance pour s’opposer aux indépendantistes. Pendant ce temps-là, les partisans de l’IKS (Indépendance Kanake Socialiste) se frottent les mains.

La folie Frogier

Les scientifiques se sont interrogés sur ce comportement improbable qui fait que les êtres humains ont tendance à la compassion, à donner à l’étranger, à l’autre. Pourquoi l’altruisme ?

Cette attitude aboutit à ce que l’on dépense du temps et de l’énergie qu’on ne consacre pas à sa famille, à la protection de celle-ci. On réduit en somme les chances de survie des siens pour améliorer la vie d’un concurrent. Pari très risqué car rien ne garantit que votre gentillesse sera payée en retour.

C’est pour cela que l’homme au cours de son évolution a accompagné son altruisme d’une stratégie qui permet d’écarter les tricheurs, c’est-à-dire ceux qui reçoivent de l’aide sans rien offrir en retour. C’est le donnant-donnant. On commence par faire preuve de bonne volonté, et on attend qu’on nous rende la pareille. Si l’échange n’a pas lieu, on abandonne l’autre.

Pierre Frogier visiblement est dans une impasse de l’évolution. Il donne aux indépendantistes et attend vainement un contre-don qui ne vient jamais.

Il donne aux indépendantistes drapeaux, postes, pactise avec les pires d’entre eux comme le très fascisant (de gauche Kotra Urégei) et demeure les mains vides. Pierre Frogier sacrifie les siens dans une dérive plus proche de la folie politique que de la stratégie politicienne.

NCsondagesRésultats : il est un de ceux que les Calédoniens anti-indépendantistes haïssent le plus alors qu’il prétend encore se battre contre l’indépendance.

Frogier d’avant, Frogier de maintenant

Sur le web néocalédonien rôde une comparaison entre ce que Pierre Frogier a dit hier et ce qu’il dit aujourd’hui.

NCce que disait Frogier..Cette mise en miroir de propos d’un politicien est le parfait exemple de ce que sont les partis politiques de la nomenklatura. Des dirigeants qui se laissent balloter au gré des vents, des personnages inconsistants sauf quand il s’agit de garder la main sur l’appareil politique. « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent », aurait dit le mari de Lucie Faure pour se dédouaner de ses multiples retournements de veste c’est-à-dire ses reniements. Frogier se rêve-t-il en contremaître blanc de la République socialiste de Kanaky ? Frogier est-il capable de penser cinq minutes avant et cinq minutes après une décision qu’il vient de prendre ? On peut en douter.

Et la comparaison illustre aussi ce que sont les militants. Etre encarté à un parti comme le R-UMP, c’est accepté d’être soumis, domestiqué par des dirigeants censés penser à votre place. Cette lobotomisation acceptée et même désirée est une lâcheté. Un abandon. Cela évite de s’opposer autrement que verbalement à la marche vers l’indépendance. Combien aujourd’hui descendraient dans la rue affronter physiquement les troupes indépendantistes ?

Reste les sécessionnistes Yanno-Backès du R-UMP et le cas Gomès.

Pour les premiers, leurs velléités de tendrons sont loin de faire d’eux des tueurs. Il y a chez ces deux personnages une naïveté un peu désespérante. Certes, ils aimeraient récupérer un R-UMP en bon état, après en avoir chassé Frogier et ses subalternes, mais il y a plus de chance qu’ils terminent à la tête d’une formation croupion.

Parce que le rôle de l’opposition mi-collaborationniste, mi-coq de bassecour prétendant faire rempart à l’indépendance est tenu par Gomès, un ancien du R-UMP qui a fondé son parti : Calédonie Ensemble. Avec Sonia Lagarde, elle aussi de C-E, il est député de Nouvelle-Calédonie. Inscrit à l’UDI, il a été un des quatre membres de cette armée mexicaine centriste à voter pour le mariage homosexuel. Le type est beau parleur, sait manipuler son auditoire (qui là encore désire surtout être soumis – il faut lire les textes des thuriféraires de Gomès sur le Net calédonien (http://caledosphere.com/ et http://www.cagou.com/blog/), ils sont d’un ridicule à pleurer tant ils ressemblent à ce qui se faisaient de pire chez les intellectuels lèche-cul des meilleurs années du stalinisme ou du maoïsme triomphants).

Au fil des mois, il ne reste plus guère d’espace pour une autre voie/voix que ces politicards sans envergure, traînant les uns et les autres nombre de gamelles.

Devant la fragmentation des anti-indépendantistes, il ne restera bientôt aux Calédoniens qui refusent l’IKS qu’entre un très vieux choix : dhimmi collabo avec Kanaky ou exil.

Pendant ce temps, les indépendantistes disent tout haut leur ravissement : « Leur division (des anti-indépendantistes) ne peut que nous être favorable électoralement », rigole Victor Tutugoro. « Et nous unis », dit Charles Washetine. Car aujourd’hui, après des années de bisbilles, le camp indépendantiste fait bloc, du FLNKS au Palika.

Marcus Graven

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