Nouvelle-Calédonie : Pierre Frogier ou la confiance trahie des Calédoniens

Publié le 24 septembre 2014 - par - 1 036 vues
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DRAPEAUEn septembre 2009, tous les partis politiques calédoniens, et en particulier le R-UMP de Pierre Frogier encensaient Alain Christnacht, un des principaux rédacteurs de l’accord de Nouméa.

Cinq ans plus tard, M. Christnacht arrive en Nouvelle-Calédonie avec son complice Jean-François Merle. Il vient préparer l’avenir institutionnel du Territoire (« On ne peut pas attendre 2017. Ce serait trop tard[1] » dit-il). Mais aujourd’hui, tout le monde ne souhaite pas les rencontrer.

Pierre Frogier refait l’histoire

Pierre Frogier a annoncé qu’il ne verrait pas les deux hommes. Il se serait aperçu qu’ils sont « sympathisants socialistes ». « Nous avons été trahis et il n’est pas question pour nous de discuter avec ceux qui ont participé à cette affaire », dit-il. Quelle soudaine lucidité !

Il reproche à MM. Christnacht et Merle d’avoir joué un rôle partisan lors des grandes étapes institutionnelles calédoniennes en particulier la rédaction de l’article 188 sur le corps électoral.

D’après Pierre Frogier, dans l’accord de Nouméa soumis au vote des Calédoniens en 1998, le corps électoral était glissant. La loi aurait ensuite été « bidouillée » de telle sorte que le corps électoral a été gelé en 2007[2]. Pour le sénateur néo-calédonien, derrière ce bidouillage : Alain Christnacht.

« Notre confiance a été trompée et je ne veux pas revoir les mêmes à la manœuvre pour préparer notre avenir », s’énerve Pierre Frogier.

Sauf qu’il refait l’histoire. Il la dit telle qu’il aimerait qu’elle soit, pas telle qu’elle est.

Il prétend s’être fait avoir alors que c’est lui et ses complices RPCR (devenu depuis R-UMP) qui ont trompé les Calédoniens.

Entre 1988 et 1998, M. Frogier et les hommes qui étaient censés représenter le camp loyaliste ont choisi leurs interlocuteurs dont Alain Christnacht, le haut-fonctionnaire socialiste, membre de Terra Nova[3].

S’il y a confiance trahie, Pierre Frogier est le principal acteur de cette trahison envers les Calédoniens.

D’ailleurs Alain Christnacht n’a pas manqué de le lui rappeler.

Quelques vérités

« La question du corps électoral ne glissant plus après 1998 a fait l’objet d’une révision constitutionnelle en 2007 quand la gauche n’était pas au pouvoir. En février 2007, le président de la République était Jacques Chirac. Le Premier ministre Villepin n’était pas de gauche, tout comme la majorité de l’Assemblée nationale et du Sénat.  Ce n’est pas pour me faire plaisir, et parce que j’aurais pris un engagement inconsidéré, que l’Etat a réformé la Constitution en 2007 », explique Alain Christnacht, interviewé en compagnie de Jean-François Merle par le quotidien Les Nouvelles calédoniennes. « Les Accords de Matignon et l’Accord de Nouméa, ce n’est pas la gauche seule », ajoute-t-il.

Exact. C’est aussi la droite de l’inconsistant Chirac et de Pierre Frogier (alors député de la Nouvelle-Calédonie) qui a voté le gel du corps électoral (à l’époque, l’ex-RPCR Harold Martin clamait que seulement 700 personnes seraient privées du droit de vote !).

La messe est dite

« Je suis surpris que l’on me fasse ce reproche maintenant, dit Christnacht avec son onctuosité d’expert Terra Nova. La révision est de 2007 (…). Depuis cette date, je suis venu très souvent ici. Il y a eu la célébration des accords en 2008. Si j’étais quelqu’un qui trahissait la confiance et qui racontait des coups, en 2008, il ne fallait pas faire la fête en disant bravo à l’un des rédacteurs de l’Accord de Nouméa. (…) Mais c’est un vieux débat qui est clos maintenant »,.

« D’ailleurs ce n’est pas concevable de revenir dessus maintenant, en particulier si l’on veut trouver un accord avec les indépendantistes », renchérit Jean-François Merle.

Manœuvre habituelle de déstabilisation. Faire craindre la violence, faire monter la peur de la réaction des partisans de Kanaky. Graver dans les têtes que tout ce qui a été acquis par les indépendantistes n’est plus négociable. Seul l’est le peu qui demeure entre les mains des loyalistes. Plus question de retour en arrière.

Le choix du Merle : indépendance kanaille-socialiste ou socialaud-kanake

Dans les entretiens qu’ils ont avec les responsables politiques anti-indépendantistes qui acceptent de les rencontrer, Alain Christnacht et Jean-François Merle sont souvent brutaux.

M. Merle leur jette « non mais si vous arrivez en négociation en disant que vous voulez à tout prix rester dans la France, on n’avancera pas » et « ce qu’il faut c’est décomposer ce que veut dire l’appartenance à la République »[4].

Donc, il ne faut surtout pas vouloir rester dans la France et faire entrer en décomposition l’appartenance à la République si l’on est anti-indépendantiste. Ce qui limite la négociation à indépendance kanaille-socialiste ou indépendance socialaud-kanake. Et surtout ne plus parler de rester français.

A la fin de l’interview des Nouvelles calédoniennes, Alain Christnacht constate que le succès des accords c’est qu’il n’y a plus deux camps prêts à l’affrontement. « Les deux camps se sont éclatés en une multitude de partis. De ce point de vue, c’est une bonne chose mais cela ne facilite évidemment pas les discussions. »

S’il était plus franc, M. Christnacht aurait spécifié que c’est surtout une bonne chose pour lui et son complice que le camp anti-indépendantiste soit éparpillé façon puzzle. La manipulation des esprits et des volontés politiques est plus facile.

Parce que les échéances approchent, parce que les socialistes ont toujours tenté d’accélérer le processus d’accession à l’indépendance de « Kanaky », parce que les supposés loyalistes du camp de l’ancien RPCR (Frogier, Yanno, Martin, Gomès[5]) ont toujours craché à la figure de ceux qui leur disaient qu’ils jouaient à la roulette russe avec l’avenir des Calédoniens, le cercle des menteurs et des faussaires va se reconstituer.

Demain, ils sortiront une solution miracle qu’ils présenteront à la Nouvelle-Calédonie comme la seule possible, la plus consensuelle, la plus juste.

Et les Calédoniens auront tout perdu.

Pour éviter cette mise à mort, il est temps qu’ils se réveillent.

Quand, en janvier 1985, Mitterrand débarqua sur le Territoire, 30 000 Calédoniens l’attendaient de pied ferme. Il ne vit de l’archipel que l’aéroport et le haussariat.

Hollande sera en Nouvelle-Calédonie avant la fin de l’année. Il mérite lui aussi un chaleureux accueil. Goudron et plumes à volonté.

Marcus Graven

[1] Avant mai 2018, un référendum du type « La Nouvelle-Calédonie doit-elle devenir indépendante ? » devrait théoriquement avoir lieu. Le but de la mission Christnacht-Merle est d’éviter que la question soit posée en élaborant une question différente qui ferait consensus, autrement dit qui imposerait à l’indépendance sans que les Calédoniens ne s’en aperçoivent.

[2] Voir mon article : http://ripostelaique.com/nouvelle-caledonie-la-chasse-au-facies-patronymique-des-independantistes-kanaks.html

[3] Le think tank (laboratoire d’idées) Terra Nova, inspirateur du PS, a théorisé l’idée que la gauche doit, en Métropole, se détourner  des classes populaires blanches, des Français de souche, des  “ beaufs ”, de la France ” mal pensantes ” et se concentrer sur la bobos et surtout sur la ” nouvelle France ” des immigrés, en majorité musulmans. D’où le projet du vote des étrangers. Mais, paradoxalement, M. Christnacht, membre influent de Terra Nova, a promu, en Nouvelle-Calédonie, une solution interdisant de vote 20 000 citoyens français. Ceci, contrairement à une règle que le Comité des 24 de l’ONU a entérinée au moment du référendum de 2002 sur l’indépendance de Timor où tous les résidents, sans condition de durée, (donc mêmes les Indonésiens installés de fraîche date), ont été autorisés à voter.

[4] Propos rapportés par Sonia Backès (ex R-UMP) après son entrevue avec la mission Christnacht-Merle

[5] M. Gomès qui s’affiche proche de la mission Christnacht-Merle (« mission d’écoute et de conseil ») prétend maintenant que l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ne doit pas dépendre d’une opposition droite-gauche. C’est l’argument habituel des fossoyeurs de l’appartenance de l’archipel à la France.

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