Nouvelle-Calédonie, Référendum J-5 : état des lieux

Publié le 29 octobre 2018 - par - 14 commentaires - 881 vues
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Nickel et dépendance
Pour ce référendum, heureusement que le cours du nickel est au plus bas, m’affirme un bon connaisseur de la Calédonie.
S’il était aussi haut qu’en 2007 où il rapporta 23 milliards de FCFP (environ 200 millions d’euros), peut-être que des Calédoniens de souche voteraient avec les indépendantistes. Aujourd’hui, les cours du nickel ont tellement chuté que l’exploitation du minerai ne rapporte rien, pire, elle coûte.
En 2013, l’État français a effacé une dette de 293 millions d’euros de prêts qu’il avait accordés pour compenser la baisse des cours du nickel. En 2016, il a renfloué le secteur de 24 milliards de CFP.
Cité par Les Échos, Georges Mandaoué, ancien membre du Parti travailliste (PT, indépendantiste), s’inquiète: « On a 51 % des dettes, pas de bénéfice, et s’il y a l’indépendance, on aura cette charge sur le dos», dit-il à propos de l’usine du Nord (indépendantiste). «Comment pourra-t-on négocier avec des banques détenues par ceux que l’on aura mis dehors ? »
Encore un indépendantiste qui va prier pour que le “NON” l’emporte ?

Sainte alliance républicaine ou visite du néant
La seule solution pour la suite du spectacle politique calédonien serait une alliance des frères ennemis Les Républicains (le parti Les Républicains calédoniens et le Rassemblement Les Républicains), les deux formations étant affiliées au parti de Wauquiez.
La première représente principalement les quartiers sud et le Medef tandis que la seconde est davantage implantée dans les milieux populaires comme le Mont-Dore, une grande commune aux portes de Nouméa. Seule une fusion des deux (mais les egos étant tellement démesurés chez leurs dirigeants qu’aucun ne semble avoir saisi que, à l’image des relations diplomatiques, on ne fait pas de la politique avec des bons sentiments et du ressentiment) permettrait de contrebalancer le parti Calédonie ensemble, machine de guerre qui a séduit jusqu’ici la majorité des Calédoniens.

La doctrine de Calédonie ensemble, qui se dit anti-indépendantiste, demeure floue. Il flirte souvent avec les indépendantistes. Si Les Républicains et les Kanakistes affichent leurs votes, Calédonie ensemble murmure un petit “non”. Et ses dirigeants n’hésitent pas à montrer une réelle empathie avec les indépendantistes notamment sur les ondes de Radio Djido, la très indépendantiste radio des Kanakistes. Ils lui attribuent de généreuses subventions et dans le même temps suppriment celles de RRB (Radio Rythme Bleu) la radio loyaliste proche des Républicains.

Seul M. Gomès croit à la victoire écrasante des anti-indépendantistes
À part Philippe Gomès, grand patron de Calédonie ensemble, aucune des personnes interrogées ne croit aux prédictions sondagières faisant état d’un 70/30 pour le “NON” à l’indépendance. La plupart donnent – en ressenti – plutôt un 55/45 et des lendemains difficiles.

Toutes oscillent entre une critique du peu de hargne montrée par les partis anti-indépendantistes durant la campagne – peur de brandir le drapeau tricolore, excuse de toutes les agressions verbales des Kanakistes, de toutes leurs provocations – et une crainte qu’en tapant du poing sur la table, les anti-indépendantistes ne réveillent les vieux démons kanaks qui ne demandent qu’à rugir à nouveau dans les rues et les campagnes.

« Zoreille », un jour, « Zoreille » toujours
Des électeurs qui seraient logiquement partisans du « NON » à l’indépendance expriment une réticence à se rendre devant l’urne dimanche prochain tant les démissions des prétendus loyalistes face aux diktats indépendantistes les dégoûtent.
Parmi ses démissions, l’inscription sur les listes électorales sans aucune démarche des Kanaks tandis que pour les autres communautés, il a fallu des brouettes de documents pour prouver que l’on était présent depuis plus de trente ans sur le Territoire. Mme Backès des Républicains calédoniens, interpellée pour avoir voté une telle ignominie, aurait répondu que les Européens étaient capables de réunir les papiers demandés. Sous-entendu, pas les Kanaks. Hum !
Ces électeurs, des « Zoreilles », c’est-à-dire des métropolitains arrivés en Calédonie parfois enfants, savent que le temps ne fait rien à l’affaire : quand on est Zoreille, on est Zoreille. Et, chez beaucoup d’entre eux, ça passe très mal.

Témaru, le leader des indépendantistes tahitiens, judiciairement oscarisé

Invité d’honneur de la campagne kanakiste, Oscar Témaru, le leader des indépendantistes tahitiens a appris durant sa tournée des popotes anti-indépendantistes qu’il avait obtenu, pour avoir jonglé avec ses comptes de campagne, l’oscar de l’inéligibilité.
Il a ainsi perdu son poste à l’assemblée de Polynésie française. Les Kanakistes lui ont aussitôt apporté leur soutien, voyant dans la peine frappant leur pauvre pote une manœuvre de la justice française. Celle-ci agissant, selon eux, sous les ordres du gouvernement « afin de garder à tout prix les confettis de son empire colonial (…) en totale contradiction avec les principes et résolutions des Nations unies sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».
Bien « mélenchonisés », les anti-indépendantistes. Mais est-ce surprenant ?

Les sénateurs coutumiers appellent les Kanaks à voter… ce qu’ils veulent
Le Sénat coutumier, représentation toxique de la Coutume dans les institutions, après des années de fonctionnement épisodique, de revendications litigieuses, se fend d’un curieux communiqué dans lequel il appelle tous les Kanaks à voter le 4 novembre tout en refusant de donner une consigne de vote et en appelant au calme.
Dans ce cas, refuser de donner une consigne de vote revient à demander à voter « NON » à l’indépendance canaille socialiste, non ?

Dernière ligne droite avant le 4 novembre
Tout le monde semble avoir dit ce qu’il avait à dire.
Pour les passants interviewés par les journaleux fraîchement débarqués, c’est la même chose. Les uns chuchotent qu’ils voteront « NON », les autres, t-shirt à l’appui, clament leur amour de Kanaky. Et leur drapeau flotte dans les curios, magasins de souvenirs pour touristes.

Rien de nouveau sous le soleil de ce début d’été austral.

Statuts et statues
Édouard Philippe arrivera le 5 novembre pour négocier un énième statut de la Nouvelle-Calédonie (à moins qu’il ne vienne entériner un « OUI » vainqueur par surprise).
Côté statues, il n’en existe que deux illustrant l’histoire contemporaine du Territoire.
Celle à la mode Kim nord-coréenne qui domine le centre « kulturel » Tjibaou, vaste coquille vide qui pour les mauvaises langues symbolise parfaitement la culture kanake.

La seconde est celle, devant la mairie de Nouméa, de Roger Laroque, le maire qui fut la véritable âme de la résistance loyaliste durant les années 1984-1988. Un petit problème, la célèbre canne du Père Laroque s’appuie sur le vide. Ce qui pour d’autres mauvaises langues symbolise ce qu’est la Nouvelle-Calédonie.

Quant à la statue de Jacques Lafleur, l’homme qui serra la main de Tjibaou, l’homme qui est mis en avant par tous les partis loyalistes… C’est encore l’ère du vide.

La peur du lendemain
Les employées mélanésiennes demandent à être en congés lundi 5 novembre. Elles ont été prévenues, disent-elles, que dès le soir du 4, il sera préférable de ne pas sortir.
Une autre dit que dans les régions et les quartiers à majorité indépendantiste, les Kanakistes passent de maison en maison, de case en case, pour prévenir ceux qui d’habitude votent mal qu’ils les ont à l’œil et que, selon les résultats, ils sauront qui a voté quoi.
Une ambiance apaisée, affirment les journaleux.

En attendant, Nouméa a parfois une allure de camp retranché.

Marcus Graven

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Notifiez de
ilona

j’ai connu le Vanuatu avant et après l’indépendance . Voyez le résultat sans²parler des pays d’afrique qui y ont accédé ! Il faudrait que les kanaks (comme il faut dire) réflechissent à leur vie – il y a 50 ans – et celle d’ aujourd’hui ! c’est court 50 ans ! et pourtant l’eau, l’electricité, les routes les écoles existent dans les tribus, la santé, sur la grande terre et les iles est différente non ? les allocations familiales,l’ aide médicale et autres aides , les logements sociaux etc etc … est le fait « des blancs ».. c’est évident.. regardez le… lire la suite

butterworth
Daniel Kroyer

Quel que soit le résultat, ça ne se passera pas bien. J’ai grandi en Nouvelle Calédonie, quoique né en Nouvelle Zélande (mère française et père danois). La situation ne se résume pas qu’aux Kanaks et Européens. Les Asiatiques sont aussi nombreux que les Européens sur le territoire et ils voteront aussi pour le « non ». Le « non » l’emportera au sud ( de Nouméa à Bourail); le Oui dans le Nord. Mais la majorité de la population vit à Nouméa. Le reste n’est que désert et petits villages.

DUFAITREZ

La « Métropole », ou « l’Hexagone », si vous préférez, paie pour Tout ! Le solde est négatif…
Mayotte, centre grotesque de natalité, Calédonie, son nickel et sa surface maritime ?
Demande-t-on l’Avis des payeurs ou des subventionnés ?
Le résultat serait inverse ! DEMOCRATIE ?

Fomalo

Ce n’est pas sa surface maritime , mais sa position géographique qui est en jeu. La république islamique des Comores fonce vers Mayotte comme les africains nord et sud sahariens foncent vers la France. Mais la Nvlle Calédonie est plus proche de l’Australie ou de la Nvlle Zélande. C’est donc un pôle stratégique.

meulien

la france devrait larguer TOUTES ses possessions outre mer,elle l’a fait pour l’algerie

AFMC98000

Les anglais ont toujours su bien gérer l’après indépendance de leurs anciennes colonies. Ils plient bagage en emportant tout ce qu’ils ont construit avec une protection très armée de leurs resortissants. Après eux c’est le désert d’avant leur arrivée.

AFMC98000

S’ils votent le oui, que la France coupe les ponts définitivement avec les kanaks et les laisse gérer seuls leur merde. Le problème serait de voir probablement la même situation qu’en 1962 pour les européens d’Algérie .
On voit bien que le haine s’est installée entre les deux communautés. Les français ne savent pas faire aimer leur drapeau aux autochtones laissés dans la misère. C’est la même chose en Guyane, aux Antilles, Tahiti et ailleurs. En grand merci à la gauche toujours prête à atiser le feu partout.
Les USA n’ont pas ce problème à Hawaï par exemple.

donald

à Hawaii les américains ont mis les autochtones dans des réserves (comme aux USA !) où ils dansent et chantent pour les touristes.
Pour le reste on leur dit « vous avez un passeport américain, ce que souhaitent des millions de gens, alors fermez la et allez travailler sur le continent »

Jill.r

Oui à l’indépendance ;divorce à l’amiable mais sans prestations compensatoires. On met un
terme au colonialisme, oui ou non ? Il faudrait être cohérents.
Le nickel ? Qu’il se le foute dans le… oui, c’est çà.

Joël(1)

Qu’est ce qu’on s’emmerde avec des fosses à CAF perdus dans le trou du cul du monde… La France est devenue la colonie de ses colonies de la bouche même de Vladimir Poutine!!! Il faut virer tous ces territoires dit d’Outre Tombe économique et ce recentrer sur sa position géographique Européenne, quant aux autres (?) qu’ils se démerdent ils finiront bien par cadrer leur natalité en fonction de leurs possibilité économiques, sinon le destin s’en chargera.

NOUMEA

« Calédonie ensemble », le parti de gomès, un parti de voyous, de vendus, d’arrivistes. Un parti qui, si je ne me trompe pas, était, il y a quelques années (pas très longtemps), cul et chemise avec les indépendantistes et prônait l’indépendance association ou un truc dans ce genre. Un parti qui navigue trop à droite et à gauche. gomès, grisé de sa position sociale, lui, le petit instit’, qui n’a aucune culture politique et qui, à force de manger à tous les râteliers est arrivé là où il voulait. gomès, qui rêve d’être le président ou le vice-président d’une NC indépendante.… lire la suite

Allonzimollo

Quel que soit le résultat, ce sera le bordel dès le lendemain… Encore du boulot en perspective pour les gendarmes qui auraient intérêt à rester en alerte maximum d’ici là !

AFMC98000

Je vois très mal la situation des gendarmes lundi
J’espère que le gouvernement sera à la hauteur et ferme et ne laissera pas déborder par une foule en délire barbare . Nous avons déjà vécu ça en Algérie avec plus de mille morts à Oran en juillet 1962.