Nouvelle France, nouvelle culture machiste

La récente conversation, quelque part en France, entre une jeune employée du planning familial et deux «jeunes» venus chercher des préservatifs pour les «grands frères» et pour eux-mêmes (1), mérite qu’on s’y attarde. La raison de cette insistance ne concerne pas la précocité sexuelle dont témoignent ces deux garçons âgés de 13 ou 14 ans, ou encore la gratuité des préservatifs qu’ils obtiennent aussitôt, mais les propos échangés sur fond de culture originelle.
Pour la jeune femme responsable du planning familial, il est normal que des adolescents pensent à se protéger lors de rapports intimes, car en se protégeant des maladies sexuellement transmissibles, ils protègent aussi leur partenaire – qui se trouve, par la même, à l’abri d’une grossesse importune.
Or, pour les deux garçons, la protection déférente que l’on doit à sa partenaire n’entre nullement en ligne de compte, l’autre sexe n’étant pas perçu comme leur alter ego mais comme un ego sans ego soumis à l’égoïsme de leur désir !
Car le désir est un incontournable : quand il frappe à la porte, il faut bien lui ouvrir. Cette ouverture, en l’occurrence, scelle la rencontre du garçon et de la fille. Jusque-là, rien que de très naturel ! Mais ce naturel va verser dans une culture machiste telle qu’il condamne d’entrée de jeu la fille, et par suite la femme, à n’être qu’une «pute» !
En effet, si la fille accepte le désir masculin, c’est une «pute» ! Si elle le refuse, c’est une garce. Si le garçon est vierge, c’est la honte ! Si la fille n’est plus vierge, c’est la honte ! Mais tandis que la honte du garçon l’encourage à perdre sa virginité, la honte de la fille «déviergée» (sic) confirme son statut de «pute» ! Le garçon non vierge n’est donc jamais une «pute» ; la fille non vierge l’est toujours !

Voilà pourquoi le garçon peut se rendre dans un planning familial, alors que la fille ne le peut pas : «Si les jeunes du quartier ils voient ma sœur qu’elle rentre ici, et donc ils me connaissent, ils partent, ils la frappent, ils la frappent, ils la dégomment, et si elle répète, ils la frappent encore… ils la frappent jusqu’à ce qu’elle rentre ! C’est normal : un garçon, il peut avoir plusieurs relations ; une fille, elle le peut pas ! Une fille, elle peut être enceinte ; un garçon, il s’en fout, ça se voit pas ! Mon père me dit que le garçon il fait tout ce qu’il veut ; une fille, elle fait pas tout ce qu’elle veut : elle doit arriver vierge au mariage ! C’est normal, quoi ! Mon père, il a raison ! Chez nous, dans le quartier, dans la cité, partout, c’est l’homme qui décide !».
«Et les sentiments, alors, est-ce que ça compte ?» – demande la jeune employée du planning familial.
Les sentiments ?
Mais si le mot lui-même a le sens universel que lui prête la langue, il n’a pas pour autant le même contenu suivant la culture qui l’utilise. Dans notre culture, un sentiment d’amour passe par la réciprocité des droits et des devoirs de ceux qui s’aiment, c’est-à-dire par l’égalité des personnes. Or, comment cette égalité peut-elle être effective dans des cultures où elle n’est jamais enseignée ? Plus encore, comment peut-elle voir le jour chez celui à qui on a toujours inculqué que l’homme est supérieur à la femme ? D’où le jugement final de ces deux «jeunes» à l’égard d’eux-mêmes et de l’autre sexe : «Ce qu’on pense, nous, c’est qu’on a raison !».
Ont-ils donc raison ?
Oui, au vu de leur culture d’origine, car dans ces éteignoirs de la pensée critique que sont les sociétés communautarisées, on ne peut jamais voir le monde et les autres qu’à travers le prisme mental de l’autorité familiale ou religieuse. Et la famille, comme la religion, incarne la raison !
Non, au vu de notre culture, et cent fois non si ces mêmes «jeunes» veulent vivre leur culture au sein même de notre culture !
D’où l’urgence d’un débat national sur l’immigration et – quitte à faire grincer les dents des thuriféraires du multiculturalisme – la nécessité de briser, en tout point de l’Hexagone, le prisme mental de l’autorité familiale ou religieuse, sitôt qu’elle prône l’inégalité hommes/femmes. En France, la loi laïque et républicaine doit prévaloir !
Mais il faut pour cela que la chape de plomb émanant du politiquement correct soit levée, afin qu’on cesse de louer indistinctement le droit à la différence, y compris en matière de sexualité, car si la sexualité est différence, c’est à des fins de complémentarité, et non pour je ne sais quel droit à la différence des droits hommes/femmes – qui, s’il se généralisait, réduirait la femme à n’être jamais qu’un crachoir séminal !
Maurice Vidal
(1) http://www.bivouac-id.com/2009/05/04/sexualite-nouvelle-france-nouvelles-moeurs-video/

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