NPA : une dégénérescence qui vient de loin

NPA : Trotski embastillé
Pour un succès médiatique, c’est un succès médiatique. Les pseudos trotskistes qui s’en sont allés pondre leur petits œufs dans les médias, -croyant que les « appareils idéologiques d’état » allaient leur donner le pouvoir et la possibilité de peser dans le sens qu’ils croyaient être la marche au socialisme-, viennent d’en remporter un éclatant succès.
Mais ce « succès », à quoi mène t-il, de quoi et vers quoi est-il un chemin ?
Le NPA et le véloce facteur de Neuilly sur scène se taillent un franc succès.
Depuis ces deux derniers jours, sur toutes les chaînes TV et les radios, dans tous les journaux, et pas seulement en France, nos terribles anticapitalistes disputent la vedette aux grands de ce monde. La clé du succès ? Ils ont pris à contre-pied toutes les formations politiques (1) et les associations, sur un point : le port du voile islamique et la question de la bourquisation de la femme doivent être acceptés comme un élément normal du nouveau visage du pays.
Nos anciens « trotskistes », devenus « guevaristes » de salon, compagnons d’éditrices parisiennes de haute volée, ont décidé de choquer le bourgeois et le populo arc-bouté sur son patriotisme républicain désuet opposé, à 85% des personnes interrogées, à la présentation d’une prosélyte de la soumission de la femme à un dogme religieux, à la prochaine élection dans les régions.
Il paraîtrait que la hijabisée candidate, trésorière régionale du NPA, est une authentique internationaliste et même une féministe. Formidable !!
J’imagine alors, que notre « féministe », niquabisée volontaire, pour se conformer à la vérité du coran, ne se couvre pas islamiquement seulement pour étonner et choquer, ni pour faire un doigt d’honneur à tout le monde.
Elle n’est pas comme la candidate battue à la présidentielle, elle pense ce qu’elle dit, veut-on nous faire croire.
Et que pense-t-elle notre pudique anticapitaliste (1) ?
Alors, mademoiselle ou madame la niquabisée, est-ce que vous allez profiter de votre campagne pour défendre les femmes asservies par la dictature des ayatollahs, dictature qui en quelques mois a envoyé à la potence neuf des millions de manifestants iraniens de juin 2009 ?
Alors, madame ou mademoiselle l’anticapitaliste internationaliste, allez-vous profiter de votre toute nouvelle notoriété, permise par votre présence sur le casting du facteur de Neuilly sur scène, pour dénoncer les conditions de surexploitation des 3,5 millions de prolétaires indiens, pakistanais, chinois, sri-lankais travaillant 80 heures par semaine, nuit et jour (par 50 à 60% degré), pour moins de 200 dollars par mois, pour édifier les tours palace de Doubaï la Venise du désert ?
Alors, mademoiselle ou madame l’internationaliste, allez vous réclamer la liberté immédiate pour la jeune femme algérienne de Kabylie condamnée et emprisonnée pour trois ans parce qu’elle avait commis l’horrible crime d’être devenue protestante et d’avoir eu deux ou trois bibles dans sa sacoche ?

Une question n’est jamais posée à monsieur Besancenot par nos médias qui régulièrement depuis les années soixante cherchent à propulser sur le devant de la scène politique le courant politique de ce facteur de Neuilly : cette jeune femme, est-ce une voilée de circonstance, est-ce un disciple du salafisme, du wahhabisme, du tabrigh, elle qui dit que le coran est une partie de son être intime et qu’il irrigue foncièrement sa pensée ? (2)
En Iran des années79-82, des milliers d’étudiants, sortis de la crise du parti Toudeh, le parti stalinien local, penseront pouvoir chevaucher les illusions et les croyances islamiques aux fins d’aider le mouvement populaire à évoluer vers les voies de l’émancipation politique et sociale. Pour cela, ils constitueront les Fidayîn et le Moudjahidin du peuple qui affirmaient marier marxisme, dans ses versions maoïstes, et islam politique. Khomeiny les combattra avec férocité, les qualifiant « d’hypocrites », de « faux musulmans ». Leurs illusions mèneront des dizaines de ces militants à finir au bout de la corde des potences dressées par la dictature impitoyable de la « révolution islamique ». (3)
Je voudrais revenir sur un point : on m’a reproché d’avoir accusé injustement et sans preuve le courant qui s’incarne dans le NPA de porter un lourd fardeau. En d’autres termes, j’aurai injustement accusé la LCR/NPA de s’être placé en 1956 du côté des bourreaux staliniens contre les animateurs de la révolution hongroise de conseils ouvriers. Vous trouverez en note un extrait de la publication des géniteurs politiques du facteur. Chacun pourra se faire son opinion sur la question (4).
La continuité qui mène à défendre les vêtements prisons pour femmes, ne remonte pas uniquement au choix honteux de décembre 1956. Plus près de nous, en 1962, ces hommes qui font en 2010 alliance avec l’islam politique, après avoir pour certains porté les valises du FLN et approuvé l’extermination des nationaliste historiques algériens, les messalistes, deviendront les conseillers du gouvernement Ben Bella. Les Algériens les appelleront : les « pieds rouges ». Les dits pieds rouges chantant les louanges du régime gouvernemental Ben Bella Boumedienne, – qui avait proclamé que l’Algérie était une « république arabo musulmane ». (4)
La liste est trop longue pour que je signale dans un seul article tous ces choix, qui font du NPA l’enfant d’une longue série de lamentables capitulations, devant des gouvernements menant chacun les peuples qu’ils prétendaient servir à devoir se soumettre la dictature et à subir de se retrouver dans une impasse politique, économique et sociale.
On peut toujours faire des erreurs. Je crois savoir qu’au sein du NPA de sérieuses discussions ont lieu précisément sur la relation établie avec l’islam politique. Mais ces erreurs répétitives, celle des hommes qui ont inspiré et fondé le NPA, puis mis en avant le facteur médiatique comme moyen d’enracinement, se traduisaient toujours par le ralliement à une bureaucratie policière devenant totalitaire.
La racine de ces « erreurs » à répétition, je crois l’avoir dit, c’est la croyance que l’humanité doit traverser des siècles de despotisme, – ou moins éclairé (dans le domaine du régime de la propriété des grands moyens de production) – ce qu’ils appelleront « les siècles de transition bureaucratiques », pour parvenir enfin, un jour, au bout de ces siècles de dictature bureaucratique, au règne du socialisme, au régime de l’égalité sociale et de la satisfaction des besoins…
Alain Rubin
(1) anticapitaliste la demoiselle ? Dans son livre programmatique, « le manifeste du parti communiste », Marx s’oppose aux partis de la classe capitaliste dans la perspective de la « conquête de la Démocratie » par le prolétariat ; celui-ci devenant à son tour classe dirigeante, pour réorganiser la société dans une perspective d’abolition des inégalités sociales et d’édification d’une société sans classe. Il combat pour l’auto organisation du mouvement ouvrier sur le plan politique. Il fixe le socialisme, comme fondement du communisme, à ce parti politique de la classe ouvrière internationale. Ce faisant, il dénonce ce qu’il appelle : la critique réactionnaire du capitalisme. Cette critique réactionnaire du capitalisme, sont les différentes formes du « socialisme et de l’anticapitalisme féodal ».
En présentant au suffrage une femme convaincue qu’elle a « l’obligation religieuse », provenant de la « parole directe et incréée de Dieu », de se couvrir du voile « islamique », l’anticapitalisme du facteur de Neuilly sur scène et de la direction du NPA renoue avec le vieux monde de la superstition et du dogme. L’anticapitalisme du NPA n’est qu’un néo socialisme féodal, une profonde régression.
(2) Marie George Buffet, son équipe rapprochée (PCF) et le petit noyau dirigeant du POI, soutiennent eux aussi des arguments très semblables se dressant agressivement contre une action politique cherchant à s’opposer à l’action des réseaux wahhabites, salafistes et tabrigh qui militent en France, en Belgique et dans d’autres pays, pour enfermer les femmes sous des vêtements auto-ségrégationnistes conformes à ce qu’ils appellent : croyances « religieuses », et voulant les réduire à l’état d’esclave domestique sous prétexte de « pudeur ».
Mais les médias préfèrent sponsoriser le facteur de Neuilly sur scène. Ils préfèrent ignorer sa convergence, sur la question de la bourqua, avec le POI, avec le dernier congrès de la « libre pensée », avec les « verts » et quelques autres au sein du PS et ailleurs, qui confondent antiracisme et masochisme, en pratiquant ou en laissant faire la démolition des normes de l’ordre républicain. Les uns et les autres font ceux qui ne voient pas que les porteuses de bourqua, volontaires ou non, participent de l’affaissement de l’ordre démocratique et laïque qui a détruit la puissance de l’Eglise et abolit le délit de blasphème. Ils font ceux qui ne voient pas qu’ils rouvrent la voie au délit de blasphème.
C’était ce délit qui permettra à un tribunal de juger et décider l’assassinat judiciaire du Chevalier de La Barre.
Cet « antiracisme » là, antiracisme frelaté, dévoyé, au motif du respect des populations venues de pays conquis par les cavaliers du djihad il y a quelques siècles, prétend interdire le droit de dire et d’écrire que les récits coraniques sont des légendes, pas des vérités éternelles existant avant même l’apparition des personnages qui y sont mentionnés.
(3) au fait, mademoiselle la trésorière régionale du NPA, ça ne vous choque pas, j’imagine, qu’à l’école, au lycée, on enseigne à tous les élèves qu’il y a 14 milliards d’années, tout ce qui constitue l’univers actuel était rassemblée en un seul point imperceptible, une « singularité » d’une densité infinie qui explosera pour former des galaxies, des étoiles naissant et mourant après quelques millions ou milliards d’années, des amas de galaxies s’éloignant les unes des autres ou se heurtant ici et là pour provoquer de gigantesques cataclysmes cosmiques ? Et avant ? Avant, avant le big bang, on parle maintenant du big Crunch provenant de l’effondrement de toute la matière se retrouvant concentrée dans ce point unique hyper dense, d’une densité infinie précédant et préparant le big bang… la science décline ce qu’Engels appelait le matérialisme dialectique. Cela se passe comment, dans le NPA, par rapport aux fondements théoriques du socialisme scientifique?
Il n’y a pas de problème, nous répondra peut-être, fine guêpe, la demoiselle. On ne rassure pas les mouches avec du vinaigre. Merci. Le penser c’est bien, si elle le pense, mais le dire, c’est mieux, sachant que dans certains établissements scolaires, -comme la tectonique des plaques qui a été à l’action à Haïti-, les forces élémentaires et « intellectuelles », filles d’une image fantasmagorique du monde, font que des élèves se lèvent en classe interdisant que le professeur en parle, parce que cela heurterait leur croyance, leur croyance telle qu’ils la lisent dans le « livre » de la révélation coranique si chère au cœur de midinette de notre candidate voilée.
(4) « (…) Ben Bella, Boumedienne et leurs collaborateurs apparaissent comme des éléments les plus représentatifs, a marqué de nouveaux progrès… L’aboutissant sera l’instauration d’un état ouvrier ». (quatrième internationale, numéro 19 -3ème trimestre 1963 page 71)
(…) nous avons vu les éléments disparates du gouvernement Nagy, dont une bonne partie étaient des éléments éduqués dans la confusion et l’opportunisme stalinien, hésiter, abandonner successivement leur position antérieure, élargir la démocratisation dans tous les sens, donner des prétextes au Kremlin sinon l’alarmer effectivement.
Débordé, le gouvernement Nagy a commencé à manœuvrer en dehors du camp de classe, sans avoir essayé au contraire de manœuvrer, face au Kremlin, à l’intérieur de ce camp…
Une véritable direction révolutionnaire qui aurait fait appel aux comités et au courant prolétarien des masses avec sincérité, avec audace aussi, aurait pu les convaincre de comprendre les limites de classe de la démocratisation et la nécessité de l’alliance sur pied d’égalité avec l’URSS. » (Décembre 1956- revue « quatrième internationale, Volume 14, numéro 10-12, page 6-7) ;
Les géniteurs politiques du NPA choisiront en 1956 de hurler avec les loups contre les courageux militants ayant rompu totalement avec la dictature stalinienne. Ces hommes qui subissent les foudres des pères spirituels du facteur, ce sont Imre Nagy, Pal Maleter et le petit noyau de dirigeants qui choisirent de proclamer : que le gouvernement hongrois qu’ils dirigeaient était responsable devant la démocratie des conseils ouvriers élus et révocables, proclameront la neutralité de la Hongrie et décideront à cet effet de sortir du pacte de Varsovie.
En 1962-63, les inspirateurs du facteur deviendront fonctionnaires de la république « arabo musulmane » d’Algérie.
Le « camp de classe » de 1956, des géniteurs politiques du postier et de la bourquisée candidate à l’élection régionale, c’était l’ours moscovite, c’était la tyrannie de la bureaucratie privilégiée.
En 1968, « le camp de classe » des pères du NPA, ce seront les six cent milles hommes du pacte de Varsovie, déferlant sur la petite Tchécoslovaquie pour y écraser le renouveau socialiste du printemps de Prague.
Pour que tout soit clair, ceux que le courant qui se décline dans le NPA a eu l’audace insolente d’accuser comme nous le voyons, ces hommes furent enlevés à leur sortie de l’ambassade de Yougoslavie à Budapest. Ils furent ensuite conduits dans les casemates des référents et des tueurs du KGB. Ils y eurent droit à un procès, en 1958, à huis clos. Une seule exigence de leurs tortionnaires : reconnaissez que le soulèvement hongrois était une insurrection fasciste. Si vous le faîte, vous serez saufs et libres, et… vous prendrez la place de Kadar et de son équipe. Nagy et ses amis refuseront ce marché. Ils seront tous condamnés à mort et exécutés, sauf un, l’ancien préfet de Budapest qui témoignera à la fin des années 70.
En 1956 « l’anticapitalisme » bureaucratique, devenu féodal, des devanciers du NPA les plaçait aux côtés des bourreaux staliniens contre la démocratie des conseils ouvriers et contre les militants qui avaient décidé de rompre totalement et définitivement avec la dictature de la bureaucratie.
En 2010, cet anticapitalisme frelaté place leurs émules et héritiers aux côtés de ceux qui veulent imposer une dictature totalitaire sous prétexte de charia et de « religion ».
Une continuité derrière les dissemblances apparentes : le mépris et la haine de la démocratie.
Anticapitalisme, vous avez dit anticapitalisme ?
Alain Rubin

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