« Ô peuple ! Tais-toi ! »

« Vivant sous le règne d’une pensée monochrome et obligatoire, le délit d’opinion étant inscrit dans la loi, la parole n’est plus libre. Et le grand Mensonge, c’est justement de prétendre le contraire avec un certain succès » ( *).

STALINELes procès intentés aux patriotes, sous différents prétextes (racisme, islamophobie, incitation à la haine, diffamation, etc. …), en raison de vérités qu’ils clament haut et fort nous ramènent au siècle des régimes totalitaires où la parole et l’écrit n’étaient qu’instructions du gouvernement suprême et où la vérité  n’était qu’une donne imposée. Nous allons même au-delà parce que nous avons des médias où règne l’autocensure. Il faut plaire au souverain, rester dans le politiquement correct afin d’éviter de faire des vagues, qu’ils considèrent nauséabondes, et ne pas perturber la fausse quiétude des citoyens. Nous nous totalitarisons nous-mêmes.

CENSURE TUNISIE

   

Cette situation révoltante m’a rappelé un poème d’humour et de dérision d’un Irakien (**) qui se plaint que la parole soit muselée par les Britanniques (première moitié du 20e siècle).

Ô peuple ! Tais-toi ! La parole est illicite.

Dormez et ne vous réveillez pas. Ne sont vainqueurs que les endormis.

Restez en retrait de tout ce qui exige que vous progressiez.

Laissez de côté la compréhension, il est bon de ne rien comprendre.

Persistez dans votre ignorance, le mal, c’est quand vous aurez le savoir.

Quant à la politique, abandonnez-la, sinon vous le regretterez.

La politique a son secret, sachez-le, c’est comme un talisman.

Si vous avez exagéré dans le discours autorisé, radotez.

De la justice n’attendez pas de signes prometteurs. Face à l’injustice, renfrognez-vous.

Celui qui veut aujourd’hui vivre  respecté, qu’il soit sans oreilles, sans yeux et sans langue.

Ne mérite la dignité que le sourd-muet.

Ne vous attendez pas au bonheur, qui, dans la vie, n’est qu’imagination

car vivre dans la grâce c’est comme vivre en étant blâmé.

Acceptez tout, peu importe le jugement du destin.

Si on vous opprime, riez de joie et ne vous plaignez pas.

Si on vous insulte, remerciez, et si on vous gifle, souriez.

Si on vous dit que votre miel est amer, dites très amer.

Si on vous dit que votre jour est nuit, dites qu’il est obscur.

Si on vous dit que votre ruisselet est un torrent, dites qu’il déborde.

Ou si on vous dit : « Peuple, votre pays sera découpé »,

Exaltez-vous, remerciez, trémoussez-vous et chantez !              

Traduit de l’arabe par

Bernard Dick

(*) Maurice Bonnet, L’empire du mensonge, Éditions de L’Æncre, collection « À nouveau siècle, nouveaux enjeux ! », sous la direction de Philippe Randa. (Propos recueillis par Fabrice Dutilleul, www.Francephi.com).

(**) Poème (sans titre) de l’Irakien Ma’rouf al-Rasafi (1875-1945) qui dénonça l’occupation britannique de l’Irak. Recueil poétique, vol. 2, Dâr al-‘Awdat, Beyrouth, 1972, p. 374

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