Offensive anarchiste aux États-Unis

Publié le 25 août 2020 - par

La désagrégation en cours des États-Unis d’Amérique, sur laquelle on a imaginé une fiction ludique bien qu’irréaliste (http://stratediplo.blogspot.com/2020/08/de-pontiac-peltier-fiction-americaine.html), n’est pas spontanée, et elle met en jeu suffisamment d’acteurs pour mériter une recherche des motifs.

Il ne s’agit pas de simple radicalisation partisane pré-électorale. Il ne s’agit pas seulement de l’instillation de motifs de discorde, ou de l’introduction d’une idéologie confrontationnelle, pour provoquer une fracture et un conflit entre constituants de la société. Il ne s’agit pas non plus de l’effondrement d’un appareil pourri de l’intérieur ou exsangue par assèchement des ressources, ni du renversement d’un régime après la sape de ses soutiens populaires. Il apparaît une collusion d’acteurs, une concomitance temporelle et une profondeur des actions qui dépasse de loin les circonstances événementielles ou les intérêts électoraux.

Au moyen d’un prétexte circonstanciel mais pas extraordinaire dans un pays surarmé où la police tue fréquemment, il a été déclenché une vague de délinquance, de violence et de haine d’un niveau peu commun, qui sort très largement du cadre de l’opposition politique. Tout cela n’est pas spontané comme une manifestation impromptue de quartier dans les heures suivant l’événement déclencheur. Évidemment il y a des meneurs, qui ont été formés par Otpor ou équivalent (certains s’en sont vantés) pour transformer en armes certains outils modernes, pour piloter les manifestations de rues, pour prendre la presse à témoin puis provoquer la police, voire pour mener des coups de main dignes de vulgaires barbouzes d’un service d’action “civique” de la république française. Comme partout il y a des masses qui protestent de plus ou moins bonne foi mais sans nécessairement viser la révolution, des provocateurs qui cherchent la violence (ou le pillage) en soi comme une vengeance sans lendemain, et des manipulateurs qui cherchent une véritable déstabilisation (avec ou sans finalité), comme il y a quelques années sur la fameuse place Maïdan de Kiev. Mais cela n’explique pas tout.

Des municipalités abandonnent des quartiers entiers à l’occupation et au sac en retirant leur police, ou laissent passer le soir ou au petit matin, qui plus est en période de confinement de la population à domicile, des camions pour déposer des palettes de briques au coin de rues sans chantier où des manifestations sont attendues, des journalistes (c’est malheureusement coutumier) et surtout des élus (c’est plus répréhensible) appellent les casseurs à ne pas faiblir, la police à ne pas intervenir, les voisins et victimes à ne pas se plaindre, les conseils municipaux et les maires à retirer voire démanteler les services de police. Tout cela n’est pas compatible avec la recherche d’un avantage électoral circonstanciel et temporaire, comme par exemple quand on pousse des fonctionnaires ou des étudiants à manifester pour des revendications catégorielles qu’on promet de satisfaire en cas d’alternance au pouvoir, et qu’on sait pouvoir sinon satisfaire entièrement du moins désamorcer lorsque après l’alternance on se retrouvera effectivement aux commandes.

Dans le cas actuel il est évident que, tant dans les grandes métropoles enflammées qu’au niveau national, ceux qui attisent durablement la haine et jettent de l’huile sur les flammes n’ont aucune intention d’assumer le pouvoir ensuite. Pourtant l’essentiel de ces instigateurs et suppôts de l’embrasement viennent du parti démocrate, mais ils ne veulent manifestement pas une révolution qui les porterait au pouvoir (d’ailleurs il n’est pas dit qu’une bonne campagne ne leur permettrait pas d’y parvenir par la voie électorale), ils veulent instaurer un chaos profond qui rendra tout exercice du pouvoir impossible quel qu’en soit le titulaire. Il ne s’agit pas d’opposition politique ou parlementaire au gouvernement ou au président Trump (même si tel est le discours), au sens légaliste parlementaire où on l’entend en démocratie, mais plutôt d’opposition irréductible au régime et à l’État comme la guérilla terroriste islamiste en Syrie, que les États-Unis appelaient “opposition modérée” en lui envoyant de l’armement militaire collectif lourd (missiles, chars, avions téléguidés etc.). On ne veut pas battre le Président sortant, on veut abattre l’État fédéral.

En parlant du Président lui-même, on avait supposé il y a quatre ans qu’il avait été appelé comme bouc émissaire pour endosser l’inévitable effondrement monétaire et économique, qui sauf erreur avait d’ailleurs commencé en septembre de l’année dernière avant d’être commodément imputé aux mesures anti-épidémiques. Vraisemblablement convaincus, ou quasiment, que l’effondrement aurait lieu pendant ce mandat, le parti démocrate avait présenté une candidate repoussoir caricaturale (afin de perdre l’élection), et le parti républicain avait donné son investiture à un sympathisant indépendant mais non membre (certes nationaliste désintéressé), les caciques présentables du parti n’ayant pas été plus empressés que leur rivaux d’en face d’endosser le quadriennat fatidique. Donald Trump était celui qui devait soit prendre les mesures d’ultime recours que l’on a explicitées dans le Onzième Coup de minuit de l’avant-guerre (qui vient d’être actualisé et réédité), soit présider à l’effacement du dollar et donc du mode de vie (le free lunch) états-unien. La seule chose que personne ne maîtrisait, c’est le calendrier.

Pour les “révolutions de couleur” antérieures à l’étranger les fonds états-uniens provenant par exemple des budgets officiels ou des caisses noires du NED ou de la CIA étaient illégalement (puisque le droit international interdit de déstabiliser un État) introduits dans les pays ciblés par le biais d’organisations crypto-gouvernementales, par l’ambassade états-unienne locale, par des paiements directs aux activistes etc. Pour le Printemps Noir aux États-Unis mêmes, ce sont des financements locaux qui sont mobilisés, en l’occurrence des fonds de grandes fortunes, grandes entreprises et grandes causes versés tout à fait légalement et donnant même lieu à dégrèvements fiscaux. Un système équivalent aux déductions fiscales françaises pour versements aux œuvres d’utilité publique (mais pas plafonnées à un montant ridicule) permet aux entreprises états-uniennes d’effectuer de grosses donations pour réduire leurs bénéfices imposables, ce qui explique la prolifération de “fondations” diverses œuvrant d’ailleurs souvent au profit de causes utiles au grand capital qui les finance. Et l’efficacité de versements effectués directement, sans ponction d’intermédiaires publics, est certainement meilleure, et permet aussi d’éviter le contrôle du parlement sur l’utilisation des budgets publics. En France par exemple les députés du peuple pourraient un jour exiger que l’État cesse d’utiliser les impôts des contribuables loyalistes pour salarier la prédication, aux repris de justice libérables par anticipation, de l’accès au paradis par l’occision massive des consommateurs de cochon et des partisans de l’égalité des sexes…

Aux États-Unis donc, une rapide recherche internet permet de savoir où verser en toute transparence et légalité les donations destinées aux mouvements violents racistes Black Live Matters et Antifa à travers les centres de collecte agréés comme Thousand Currents (qui se vante aussi de financer légalement l’immigration clandestine illégale, certes insignifiante aux États-Unis) ou encore Freedom Road Socialist Organization. C’est ce que font les généreux donateurs comme l’Open Society (George Soros), les fondations Rockefeller, Novo (enfants de l’ex-homme le plus riche du monde Warren Buffett), Kellogg, Wallace et consœurs, le planning familial international (l’industrie des cellules-mères et organes d’avortons est bénéficiaire), des entreprises comme Ford, ou par ailleurs, directement ou indirectement, les multidécamilliardaires Warren Buffett et Bill Gates à l’origine il y a dix ans de la Giving Pledge (l’engagement à donner), et aujourd’hui premier financeurs de l’Organisation Mondiale de la Santé.

L’anarchie est donc très sérieusement financée, et par un système officiel de défiscalisation qui signifie que l’État lui-même y abonde (symboliquement) sans que ces subventions hors budget passent devant le parlement (ou l’exécutif). Une compilation rapide des donations collectées par Thousand Currents pour, expressément, Black Live Matters, montre qu’il ne s’agit pas de quelques petits millions qui représenteraient à peine quelques milliers de dollars de formation, équipement et propagande par meneur manipulateur de foules d’activistes. Il semblerait plutôt qu’on ne soit pas très éloigné de l’ordre de grandeur avoué par les États-Unis pour la déstabilisation de l’ex-Ukraine (cinq milliards de dollars sur une dizaine d’années), à diviser certes par le rapport des équivalences de pouvoir d’achat puisqu’un dollar achète bien moins de services à New York qu’à Kiev.

Tout cela n’est pas plus anodin que spontané, circonstanciel ou réversible, et ne peut pas viser simplement à renverser les équilibres partisans électoraux aux dépens du gouvernement qui a continué et approfondi la politique de retrait des États-Unis des organisations internationales et de dénonciation des traités de limitation des armements, comme on pourrait le penser au premier abord. Un changement d’équipe et de politique permettrait certes de réinsérer le pays dans la communauté internationale, mais rien, pas même une politique d’allocations d’oisiveté massives, ne peut plus permettre de restaurer la paix civile et sociale aux États-Unis à l’horizon prévisible, c’est-à-dire avant l’effondrement monétaire, économique et social qui était de tout façon inévitable même sans insurrection anarchiste ou raciste. L’investissement énorme dans la fomentation du chaos ne vise pas à battre un parti, il vise à abattre l’État fédéral.

Les commentateurs politiques états-uniens montrent bien que l’élection du 3 novembre ne résoudra pas la dispute partisane, et que quel que soit le résultat il sera fortement contesté pendant plusieurs mois, voire pendant la durée du mandat, par le parti défait. Néanmoins ils ne semblent pas disposer d’une hauteur de vue politologique leur permettant de discerner, au-delà de la compétition électorale et en s’affranchissant du langage des partis respectifs, la grave attaque lancée contre le système politique et l’État. Accuser les démocrates de jouer avec le feu en soutenant la violence pour faire choir le Président républicain relève d’un langage partisan et à courte vue, révélateur en réalité d’une incapacité à distinguer, derrière lesdits démocrates, l’ennemi du système qui les manipule pour une finalité bien plus sérieuse et durable.

Cette finalité vers laquelle s’engagent fortement, simultanément et, depuis le 3 juin, ouvertement les plus grandes puissances financières non étatiques (c’est-à-dire la ploutocratie apatride), c’est l’établissement de ce qu’elles appellent pudiquement la Gouvernance Mondiale, auquel les États les plus puissants pourraient tenter de s’opposer, et on peut supposer que les États-Unis ne sont pas seuls sur la liste de puissances à neutraliser.

Quelques paragraphes ne suffisant pas, on a consacré dans “le Quatrième Cavalier – l’ère du coronavirus” un chapitre au processus et aux enjeux de ce chantier institutionnel mondial, qui va bouleverser la vie quotidienne des peuples et des gens.

Il faut attendre d’autres annonces importantes à l’ouverture de l’Assemblée générale de l’ONU, dans trois semaines.

Stratediplo

www.stratediplo.blogspot.com

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi