Officiers perdus, de Gilles Hustaix

OFFICIERS PERDUS

Officiers perdus* est un livre de Gilles Hustaix présentant une singulière symbiose du roman et de l’Histoire. Les personnages imaginaires sont tant réalistes, vivants et attachants, aussi impliqués dans des événements connus que le lecteur accepte même pour vraies des situations improbables ; malheureusement ce qui le fut, mais surtout inimaginable et insoutenable, devint la réalité.

L’aventure commence à Điện Biên Phủ, pour « la dernière danse » comme on disait chez les paras.

C’est là que sautèrent, certains pour la première fois, les nombreux volontaires de toutes armes et spécialités afin de ne pas abandonner leurs frères d’armes encerclés par le Viêt Minh. On connaît la suite, la défaite et les prisonniers dont un grand nombre mourra de faim, de maladie et de mauvais traitements dans des camps immondes. Le lecteur est littéralement parachuté avec ces officiers à la personnalité affirmée, dont les défauts deviennent des qualités indispensables à la situation dans laquelle ils se trouvent. Leur courage et leur détermination enracinés au fond du cœur permet à ces hommes d’affronter l’ennemi dans les pires conditions. Ces héros du livre ont la chance de revenir et toujours la volonté de continuer à servir la patrie. Singulière situation où l’opinion publique se désintéresse de la guerre d’Indochine, où les politiciens s’embrouillent dans le bazar constitutionnel de la IVe République, où les camarades syndiqués sabotent des armes et lancent des pierres sur des blessés de guerre revenant d’Extrême-Orient. Pourtant malgré tout cela, les soldats continuent à servir ce qui est plus grand qu’eux-mêmes et plus encore que tous ces médiocres.

Les voici donc comme naturellement arrivés en Algérie, où le FLN a commencé ce qui sera long à être appelé par son vrai nom, la guerre. Ils soutiennent le retour au pouvoir du général de Gaulle et l’institution de la Ve République, en lesquels ils fondent l’espoir que la France redevienne forte, cohérente et crédible. Ils participent aux combats avec la même camaraderie, la même audace, apprécient les moments de pauses avec le même bon goût bien français pour la chaleur humaine et la gastronomie qui avaient été leurs en Indochine. Ils se félicitent de leurs victoires contre l’ennemi terroriste et voient avec plaisir la population algérienne retrouver peu à peu une vie ordinairement laborieuse. C’est alors que se dévoilent les réalités de la politique, ignorant le sacrifice des soldats et les souffrances des civils. Voici les accords d’Évian abandonnant l’Algérie, les harkis et les pieds-noirs au FLN. Voici venus l’inimaginable et l’insoutenable. Le cauchemar se répète pour eux, ordre est donné de laisser le terrain, ses habitants et leurs camarades indigènes à disposition de l’ennemi. C’est alors que la coupe est pleine. Pour eux et beaucoup d’autres, il n’est pas question de se parjurer ni d’être lâches. La réaction s’organise à la façon militaire, à la façon des hommes justes. Mais les avis sur la stratégie sont partagés, et finalement il est décidé de limiter l’action aux principales villes d’Algérie sans ouvrir le feu, sans armer les civils et sans bloquer les gendarmeries. En fait sans faire prendre de risques aux autres… L’échec fut non seulement désastreux mais en plus humiliant pour ces hommes que le lecteur connaît dans l’intimité de leurs convictions et de leur dévouement. La lecture des scènes d’internements et de dégradations est si prégnante que l’on voudrait intervenir pour empêcher de telles ignominies. Voilà comment la politique remercie les plus fidèles serviteurs de la patrie dans l’indifférence des ignorants.

Aujourd’hui sans aucun doute nous aurions besoin de tels officiers plutôt que de carriéristes, en France et dans d’autres pays. Le président du Conseil constitutionnel a pu, il y a quelques années, faire l’éloge du général vietnamien ayant laissé mourir nos soldats en Indochine, se féliciter des actions de ceux qui combattent notre civilisation au Moyen-Orient et même oublier que ce n’est pas lui qui décide mais le peuple. Si les héros de ce livre pouvaient s’incarner dans quelques-uns de nos officiers d’aujourd’hui, ce pourrait être le retour de la vraie France, grande, enviée, prospère et souveraine. Demain peut-être ?

Daniel Pollett

* Gilles Hustaix, Officiers perdus, publication indépendante, 2021, 284 pages.

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4 Commentaires

  1. … Sergent sous De Gaulle, Fernand De’Wilhelm, Casque de Guerrier et Volonté Lorrain, Guillaume francisé Villaume, 1024, Millenium Reich, 2024… Croix, Mérite, Honneur Légion Indochine/Algérie… ? Répercussion principal, phylogénétique et supraconscience… « Créolisation »… Yo ! Effectif ! Entre autres… De sa Corderie Royale de Rochefort sur Mer… https://youtu.be/6WW4pXW4VDY

  2. Si les héros de ce livre pouvaient s’incarner dans quelques-uns de nos officiers d’aujourd’hui…il y en a eu 53 au Sahel.Allez sur le pont Alexandre III lorsque le ou les corbillards passent et priez pour eux.
    Certainement un tres bon livre à lire et à faire lire à nos grands mais l’actualité est déjà tres lourde à entendre et regarder, j’avoue ne pas avoir le courage de lire ce beau texte avant de m’endormir.Je note tout de même le titre et l’éditeur.

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