On est ici chez nous, et nous voulons rester chez nous, n’en déplaise au site oumma.com

Publié le 7 octobre 2012 - par - 3 611 vues
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Le 4 octobre 2012, le site oumma.com ouvrait ses colonnes à Farid Laroussi,  Professeur de lettres à l’université de Colombie britannique à Vancouver au Canada.

On s’étonnera que, dans son écrit, ce professeur fustige la liberté d’expression au seul motif qu’elle emprunte un chemin qui ne lui convient pas. Sous sa plume,  le magazine Charlie Hebdo se voit attribuer l’étiquette d’Islamophobe et se trouve accusé de trainer dans la boue ceux qui osent avoir des valeurs différentes. Les lecteurs qui auront la patience de lire son article jusqu’au bout constateront que ce rédacteur, pour argumenter son propos,  utilise les mêmes méthodes et les mêmes moyens que ceux qu’il reproche à Charlie Hebdo.

Pour Farid Laroussi : (Je cite) – « Le musulman est au centre des débats, mais sa parole est inaudible. ». En êtes-vous sur Monsieur Laroussi ? Il me semble qu’en France les musulmans quelles que soient leurs engagements politiques, leurs obédiences de pensée, leurs orientations cultuelle, la gradation de leur engagement dans l’Islam, savent et peuvent se faire entendre.

Il y a des musulmans qui choisissent la résonnance légale du discours respectant les lois républicaines de la Nation et d’autres, qui préfèrent le vacarme des armes automatiques à l’heure ou de jeunes enfants rejoignent leurs écoles. Entre ces deux extrêmes façons de porter la voix de l’Islam, nul ne peut réfuter que le musulman sait faire entendre son discours.

Il est aussi aisé de percevoir que, très souvent, les musulmans s’affranchissent des règles élémentaires de la  République pour faire écouter l’ensemble de leurs exigences basées sur le respect de la religion, du dogme ou des superstitions. Exigences dont  l’objectif est d’installer l’Islam comme référence au sein de la République en brisant le rempart que la laïcité oppose au communautarisme religieux. Ce qu’admet Farid Laroussi  en déclarant (Je cite) « La religion constitue leur vignette d’identité dans un univers marqué par la perte de toute maîtrise humaine, familiale, scolaire, professionnelle, etc. » Ainsi donc, en France ou ailleurs, l’Islam devrait tenir le rôle d’un jalon identitaire et idéologique qui aurait pour mission de supplanter toutes les défaillances supposées de la société.

Si on se demande bien pourquoi on devrait laisser à une religion la direction des consciences Farid Laroussi apporte sa réponse (je cite) : « Quiconque aura pris le temps de s’instruire à minima saura que l’islam est la religion du juste milieu et que la vie du Prophète est une illustration parfaite de la lutte et du rejet de toute forme d’excès. » N’en déplaise  aux musulmans mais cette magnifique image d’un Islam de pondération et de sagesse est perpétuellement démentie par l’actualité de la planète.

Farid Laroussi semble ne pas croire lui-même à son affirmation puisqu’il déclare « A moins que par « musulmans modérés » on veuille désigner ceux qui collaborent à l’ordre mondial, et qui justement font de la religion un objet politique. » La modération de certains musulmans reconnue par les démocraties n’est pour lui,  que la preuve d’une collaboration, d’une traitrise. Comme si, le fait de ne pas vouloir placer l’Islam au-dessus de tout mais souhaiter l’intégrer dans la démarche politique des nations était inacceptable, pire blasphématoire. Pour Farid Laroussi osé parler de l’Islam tel qu’il se présente c’est une diatribe ségrégationniste dégoulinant de racisme et d’outrage. D’ailleurs c’est ce qu’il affirme dans sa conclusion (je cite) « Reste à savoir pour quelle raison la diffamation de toute une communauté religieuse lie son sort à la défense d’une culture et son pouvoir. Car ne nous trompons pas, lorsqu’on insulte une figure religieuse, ou un livre sacré, le message consiste à proclamer: « On est ici chez nous ». »

Réfléchissez, Monsieur Laroussi, c’est bien parce que nous sommes chez nous, en France, qu’il nous est permis d’exprimer des doutes sur le profil d’une figure religieuse. C’est bien parce que nous sommes chez nous, en France que nous pouvons battre en brèche les visions rétrogrades et souvent inhumaines que contient ce que vous nommez un livre sacré. Il n’est pas question d’insulte comme vous l’écrivez mais de cette liberté fondamentale de s’opposer à une domination. Et cette opposition peut prendre la forme qu’elle souhaite, même la plus irrévérencieuse,  car la tutelle de la pensée dogmatique religieuse pénètre partout et fait courber l’échine de tous aux prétextes simplistes du respect et de la déférence. Monsieur Laroussi, il y a si peu d’endroits, dans notre monde, ou il est possible de ne pas vouloir penser comme la masse, de refuser de vivre selon le dogme et de combattre l’abrutissement des superstition archaïques que vous devriez encourager tous ceux qui affirment haut et fort « On est ici chez nous ». Car tous ceux-là défendent  les bastions ou viennent se réfugier ceux qui ne peuvent plus être chez eux car les maîtres de la pensée incontestable et du fait révélé ont pris le pouvoir.  Oui, Monsieur Laroussi,  « On est ici chez nous » et nous avons la responsabilité et le devoir de maintenir « chez nous » toutes les valeurs de liberté et de contestation qui font que tant et tant veulent venir nous y rejoindre.

Pierre Thyde

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