Et si on passait à l’énergie au thorium ?

Publié le 12 juin 2016 - par - 29 commentaires - 2 957 vues
Traduire la page en :

Capsule-thorium

Le mot « thorium » fait peur, il fait penser « uranium » et notre pensée glisse vers « Tchernobyl », cette centrale militaire qui nous fait encore peur 30 ans après ! Si j’affirme, du haut de mes compétences en physique nucléaire, que le thorium est sans danger, je ne récolte que méfiance. Il est donc utile de présenter cette source d’énergie verte, sans danger, éternellement disponible partout sur la planète. Son prix de revient par Kwh fourni n’excède pas quelques cents !

S’il faut parler de ce métal (1), c’est parce qu’il est le meilleur combustible pour les centrales nucléaires civiles. Et il faut mettre l’accent sur « civiles » car les centrales actuelles sont toutes suceptibles d’offrir l’occasion de faire des bombes, il y a risque d’incendie en cas d’accident, voulu ou non, elles risquent de répandre des gaz radioactifs ! Les centrales actuelles sont d’abord militaires. Elles ont été « civilisées »…. elles restent dangereuses.

Si les centrales actuelles sont avant tout militaires, c’est pour une raison bien regrettable : seuls les militaires ont pu bénéficier des investissements énormes nécessaires avant d’arriver à un outil offrant l’énergie la moins coûteuse.

Le thorium est le plus souvent un sous-produit de l’extraction d’autres minéraux. Il y en a partout, la France en stocke des milliers de tonnes sans précautions car sa manipulation ne présente aucun danger : il n’est pas plus radioactif que le monde qui nous entoure…

S’il est si peu radioactif, comment peut-il nourrir des centrales nucléaires ? Le thorium est classé « fertile ». Cela veut dire que, dans un réacteur adapté, il se transforme en uranium 233 aussi fissible que l’uranium 235 des réacteurs actuels. L’uranium 233 est une vraie plaie pour ceux qui voudraient faire des bombes car il est toujours accompagné d’autres isotopes – ils seraient tués par les rayons gamma avant de pouvoir les fabriquer – mais ne présente aucun problème pour les civils qui n’ont aucune raison d’extraire l’uranium 233.

Le réacteur (2) le plus prometteur, testé depuis les années 1950, est celui dit « à sels fondus ». Il s’agit de faire circuler à plus de 550°C du fluorure de thorium (mélangé à du fluorure de lithium) enrichi d’un peu de matière fissible pour le démarrage. Dans la chambre principale que traverse le sel, il y a fission – l’uranium libère son énergie et fabrique du nouvel uranium – et dans le reste de la tuyauterie on s’arrange pour lui prendre ses calories et fabriquer de l’électricité. Tout cela se passe sans que les matériaux radioactifs soient sous pression. Ceci contrairement aux réacteurs actuels qui sont sous très haute pression… et risquent de se vider de leur vapeur d’eau en cas de choc violent.

En pratique, quel que soit l’incident, accident ou acte terroriste, aucune matière radioactive ne se répandra dans le voisinage d’un réacteur au thorium. La sécurité est totale et passive. « Passive » signifie qu’il ne faut rien faire pour que le réacteur s’arrête tout seul quel que soit l’évènement et refroidisse naturellement.

Il est utile de savoir que le thorium se prête à la production de petits réacteurs pouvant être produits à la chaîne en quelques jours… et non pas en 15 ans comme le nouveau modèle qu’AREVA tente de terminer. AREVA jette le discrédit sur tout le nucléaire : les coûts deviennent prohibitifs !

Il faudra réunir sur un site, plusieurs SMR (Small Modular Reactor), pour créer une centrale électrique usuelle. Ici, le fonctionnement sera d’une souplesse d’emploi totale… et le prix du Kwh ne dépassera pas 2 centimes !

Face à la volonté de Greenpeace et autres « écolos » de nous imposer pour toujours les déchets des centrales nucléaires actuelles, nous avons les réacteurs au thorium qui les consomment tout en en produisant très peu eux-mêmes… déchets qui sont brûlés au cycle suivant ! Et le mot de la fin est nécessairement : installons des centrales au thorium qui utilisent un combustible (3) disponible en abondance, qui sont sans danger pour nous, qui ne laissent pas de déchets dangereux à nos descendants, qui offrent une énergie vraiment verte et peu coûteuse !

Claude Brasseur

http://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/les-reacteurs-nucleaires-au-thorium-quels-avantages-10261

https://energieduthorium.fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Thorium

Print Friendly, PDF & Email
Notifiez de
Clamp

Mon Dieu je ne saurai dire le bonheur de lire cet article. Je n’ose pas vous faire une déclaration cher M. Brasseur mais le cœur y est. Si je n’étais pas souffrant et à cours de temps, j’aurais bien voulu écrire un tel article moi-même, à ceci près qu’il aurait fallu que je me ressource en informations précises, ce dont vous n’avez nul besoin.

Comme vos en faîtes la brillante démonstration, l’intérêt extrême et supérieur de développer des centrales au thorium est d’une évidence incroyablement ahurissante et c’est un véritable défi pour la compréhension humaine de constater que ce ne fût pas encore fait.

Je ne sais pas comment vous remercier de cette initiative. J’espère que vous aurez la possibilité de militer pour le thorium aussi largement que possible, c’est dans le top 5 des priorités pour ce pays au moins, et même pour le monde entier.

Ingénieurs de France, unissez-vous, le salut du pays et de ses enfants, de vos enfants, passe aussi par votre intelligence – sur tant de plans !

“Face à la volonté de Greenpeace et autres « écolos » de nous imposer pour toujours les déchets des centrales nucléaires actuelles”
Euh, les “écolos” sont contre le nucléaire, je vois pas en quoi ils sont responsables des déchets nucléaires…

Sinon, encore un grand merci à nos politiques qui ont tout misé sur une seule ressource, et contrairement à ce qu’ils prétendent, le nucléaire, c’est 100% dépendant d’autres pays, notamment du Nigeria pour l’uranium, état extrêmement sur comme tout le monde le sait…

Claude Brasseur

Greenpeace nous impose les déchets puisqu’ils ne veulent pas qu’ils servent dans des centrales de 4e génération! Non, le nucléaire, ce n,’est pas dépendre d’autres pays puisque la France dispose chez elle d’assez de thorium pour des milliers d’années!!

André Léo

Vous cherchez à prouver quoi, au juste?
“les centrales sont d’abord militaires” dites vous? Ce ne fut le cas qu’au temps de Fermi, d’Openheimer et de Joliot-Curie, où les militaires cherchaient à comprendre et à “essayer”. Après, leurs chemins ont “divergé”(!). L’U235 des centrales et des bombes vient du même processus, mais les centrifugeuses pour l’enrichissement de l’uranium ou du plutonium sont à usage exclusivement militaire. L’avenir est indiscutablement au nucléaire, non plus de fission, mais de fusion et les recherches d’ITER représentent l’avenir. Hydrogène lourd deutérium- tritérium contre uranium, voilà l’avenir. Et si l’hydrogène ne fusionne pas, il pourra toujours servir en combustible direct ou dans les piles.
Les zécolos nous promettent moins de carbone en brûlant les forêts dites biomasse (Sic). D’autres affament les péones en déforestant l’Amazonie pour y planter des palmiers à huile pour carburant “vert”… Croyance fabulatrice contre rationnel scientifique.

Clamp

@ André Léo

Comme vous le précise l’auteur, la solution thorium a été testée très tôt ( 1950 ) mais a été justement rejetée pour des raisons militaires puisque les centrales à l’uranium favorisaient sa filière. ITER en a encore pour 20 ans avant d’apporter des résultants probants et 40 pour être configuré industriellement ; d’ici là, peut-être même que des expériences de fusion froide se seront montrées plus convaincantes.

On peut faire des centrales au thorium en moins de 10 ans si on y tient.

“Vous cherchez à prouver quoi, au juste?” : ça alors ! Quelle question étrange. Comment ne voyez-pas qu’en attendant le développement de la fusion, le thorium est la solution à tous les problèmes énergétiques et même à l’indépendance vis-à-vis du pétrole ? Vous comprenez ce que ça signifie quand même !

CO2, islam, recyclage des déchets, sécurité, prix, faisabilité, disponibilité : c’est juste tout bénef ! Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?!?!?!

Pffffffff !!

André Léo

Il est difficile de donner un avis conséquent en si peu de mots, ce qui peut faire croire que je dénigre la solution “thalium”. C’est en effet une filière expérimentale, qui a contre elle le fait de ne pas pouvoir fournir les puissances que l’on attend d’une centrale industrielle. Ainsi, l’Allemagne de Cohn Bendit et de Merkel construisent de monstrueuses centrales au charbon, non polluante comme le savent les zécolos. Bientôt l’humanité et ses dix milliards d’humanoïdes affamés aura besoin d’énormes quantités d’énergie pour survivre, puisqu’elle a été incapable de contrôler son expansion démente. Cette fuite en avant exige des centrales gigawatts et pas seulement mégawatts.

Yves ESSYLU

toujours réac ce Claude Brasseur qui a osé dire que le principal gaz à effet de Serre est la vapeur d’eau ce qui fout en l’air la culpabilisation des automobilistes par les manipulateurs marxistes (pléonasme évidemment)

Auguste

Enfin un article scientifique dan LR. Agoravox en passe beaucoup.

alynx

et puisqu’on baigne dans l’infusion de science,pour ceux qui ont un peu de temps à perdre,un lien qui doit nous inviter à commencer à s’inquiéter de la recherche en afrique qui risque de bientôt nous surpasser en occident
https://www.youtube.com/watch?v=JElBybOoFUE

antécumé

Il y a encore pas mal de travail.
Courage.
Signé : CDY ancien chef du service informatique Arianespace a Kourou

Canis Majoris

Merci pour ces informations. Je crois en l’homme, en ses capacités à se surpasser. J’espère que votre article va donner des idées à des investisseurs ou à quiconque pouvant avoir une influence…

Reality

Merci pour cet article.
Est-il possible d’évaluer un budget de construction pour une “petite” unité de production d’électricité utilisant du thorium ? Quand je dis “petite”, je veux dire qui limite le coût de fabrication/rendement optimum.

Claude Brasseur

Les centrales nucléaires au thorium à sels fondus peuvent être calibrées entre 10.000 Kw électriques et 1.000.000Kw. Un SMR (Small Modular Reactor) pourrait typiquement avoir 25.000 Kw, être produit à la chaîne comme les automobiles, être transporté par camion ou wagon. Une fois installé dans son bâtiment et placé sous le niveau du sol, il serait activé. Idéalement, l’échangeur pourrait alimenter une turbine à gaz carbonique (cycle de Brayton) au lieu d’eau et la source froide serait de l’air et non de l’eau (pas de tour) parce que la source chaude serait nécessairement à 700°C et non 300°C. Il faudrait donc regrouper 40 unités pour obtenir l’équivalent d’une centrale nucléaire moyenne. Chaque unité est évaluée entre 30 et 60 millions d’ euros selon le degré de standardisation après des prototypes évidemment bien plus chers.

Reality

Merci pour cette réponse précise.
Avez-vous déjà “planché” sur des solutions de production d’électricité à l’échelle locale (un village ou hameau) ? Hors solaire ou éolien
Dans tous les cas, bravo pour vos travaux !

Claude Brasseur

Disons qu’une seule unité à environ 50 millions d’euros serait parfaite pour une petite ville de l’ordre de 15.000 habitants. Ce serait nettement plus fiable et plus écologique que toutes les solutions “vertes” qui ont été proposées. NB. J’ai mis au point et fabriqué – dans le cadre de l’université de Lubumbashi (RDC) – des solutions à l’échelle locale e.a. pour le pompage d’eau (par éoliennes!) mais produire de l’électricité à toute petite échelle… avec du mazout. Pas très vert….

Clamp

@ Claude Brasseur

Disons 50 millions d’euros : ça fait 1 milliard pour 1 TW, ce qui est beaucoup moins cher que les solutions uranium me semble-t-il.

Chantons ! ( alléluia par exemple…)

Clamp

@ Claude Brasseur

Correction :

Non, 2 milliards pardon, mais ça reste quand même très compétitif !

Respectvaleurs

C’est une blague ou quoi, “Claude Brasseur”?

Yves ESSYLU

non c’est un homonyme comme chacun peut en avoir, exemple celui qui m’a fait chier quand j’étais militaire
ET en plus ce Claude Brasseur, dont je suis les travaux, sait de quoi il parle; même si les manipulateurs des zélites ne l’invitent jamais

Oui, il y a plus d’un demi-siècle, EDF et nos politiciens ont mis tous leurs oeufs dans le même panier à uranium. C’est dans ce domaine que les recherches étaient les plus avancées et les techniques davantage éprouvées (Saclay). J’ai entendu parler des techniques à thorium et de tous ses avantages dès le début des années 80 (cela fait quarante ans de perdus). En plus, le thorium est présent en France, en particulier si je me souviens bien dans les granits bretons … La Bretagne est radioactive, les maisons en beau granit sont radioactives et les Bretons sont toujours aussi bretonnants!! Les binious et bombardes ont encore de beaux et nombreux jours devant eux.

Mia Vossen

La plupart des scientifiques sont liés à une université et doivent “récolter des subsides” plutôt que chercher la vérité (paroles d’un ami qui a quitté son poste avant l’âge: marre de “ramper”!). Ceux qui sont liés à une grosse entreprise doivent suivre la “ligne” de cette entreprise. Claude Brasseur n’est plus dans la filière – trop vieux – et peut se “contenter” de chercher le vrai.

Filochard

A mon humble avis, de trop gros enjeux sont engagés dans les centrales actuelles qui plus est le nouveau modèle d’AREVA ou tout l’argent n’a pas dû aller dans la construction de la centrale.Alors bien que n’y comprenant rien si ce que vous écrivez est vrai sur le THORIUM , pourquoi aucun scientifique ne se dresse avec vous pour clamer l’ineptie des centrales actuelles ? Je me sens mal à l’aise dans cette affaire , parce que je n’y comprends rien et non pas parce que j’écris kwh au lieu de KWh…….

jan-vrai-patriote-qui-se-fera-enterrer-en-France-!

Militons pour le thorium !

Philippe

Oui, bon, mais écrire Kwh au lieu de kWh, ça plombe la crédibilité scientifique !

Vous avez raison, le symbole du kilo est k, le K étant l’unité de température Kelvin dans l’échelle absolue. Ceci est imposé par les normes françaises AFNOR et internationales ISO. Mais même certains constructeurs de balance utilisent K dans leur notice, ce qui est un comble pour des spécialistes (notices probablement rédigées par des commerciaux dont la culture technique est limitée). Et vous avez raison aussi pour le Watt dont le symbole officiel est W, mais je ne me souviens plus de la signification de w, cela concerne peut-être l’humidité relative ….
Quant à ceux qui vous bombardent avec des pouces négatifs, je suppose qu’ils ne voient que l’aspect secondaire de ces détails. Quoique vous avez peut-être aussi affaire à de parfaits ignares en techniques ne connaissant pas l’importance des normes évitant les confusions.

antécumé

Ne pas oublier ITER qui se passe principalement chez nous à Cadarache, même si on en parle peu.

Claude Brasseur

En évoquant dans ce texte la fusion nucléaire utilisant l’hélium 3 distillé sur la lune, je pensais à une expérience utile à faire avec ITER: la fusion de l’hélium 3 a la merveilleuse qualité de ne pas engendrer de neutrons et de radioactivité! ITER est construit à un moment où aucun Tokamak (tel ITER) n’a fonctionné plus d’une minute sans perte de contrôle du plasma. Si une solution est trouvée entretemps pourra-t-on l’intégrer à ITER? Avec ITER, l’énergie du plasma à pleine puissance détruira chaque fois localement la paroi qui devra être réparée….

Yves ESSYLU

Ma culture technique est celle d’un ingénieur, de plus particulièrement attentif à la normalisation et dans le cas d’espèce je ne peux que considérer que subsidiaire la remarque de Philippe car tout le monde a compris

Clamp

@ Lanlignel Armand

Surtout, on connaît les incursions récurrentes de Philippe sur ce site, dont le seul but est d’y semer la zizannie par des provocations sophistes et humiliantes. Ici, il a trouvé de bon goût d’attaquer Claude Brasseur pour une erreur de frappe. C’est dire le niveau du type.

Lire Aussi