1

OTAN, deux visions : l’une purement atlantiste, l’autre zemmourienne

L'essentiel sur l'OTAN - turquoisesaularge.over-blog.com

L’OTAN est l’objet de nombreuses critiques et dans ce débat politique de longue date, deux visions s’affrontent, différentes certes, mais certainement pas irréconciliables.

Dans un échange que j’ai eu récemment avec un général (2S), un patriote inconditionnel de cette organisation de défense tant dénigrée, se dégage une vision que je qualifierai de purement atlantiste, en opposition avec une vision zemmourienne plus gaullienne, comme entendu le 30 juin chez CNews, dans l’émission de Christine Kelly « Face à l’info ».

https://www.cnews.fr/emission/2021-06-30/face-linfo-du-30062021-1100307

Mais pas question pour autant de mettre en opposition frontale ces deux points de vue, parfaitement argumentés dans les deux camps.  

D’un côté, nous avons les ardents défenseurs de l’OTAN historique, organisation qui a fait ses preuves durant  des décennies de guerre froide et qui se révèle très protectrice pour une Europe avachie, qui a fait le choix délibéré du confort social plutôt que d’investir dans sa propre défense.

750 milliards de social en France pour un budget défense de 40 milliards. C’est tout dire quant à nos priorités…

Et l’Europe étant largement divisée, il est clair qu’une défense commune n’est pas pour demain. Oui, l’OTAN nous est encore indispensable. Et la protection de l’Oncle Sam, c’est très confortable.

De l’autre côté, nous avons la position d’Éric Zemmour, celle du gaullisme, ayant la volonté d’assurer l’indépendance de la France, de préserver son industrie de l’armement, de privilégier le seul armement français et surtout de ne jamais s’engager aveuglément derrière les Américains, dont les intérêts ne sont pas les nôtres.

Il n’a pas tort, car on ne compte plus les engagements intempestifs menés par l’OTAN sans l’aval de l’ONU ou les croisades américaines qui se soldent par des désastres.

En 1999, nous nous sommes fourvoyés dans l’opération « Force alliée », une armada de 1 000 avions venus de 13 nations, sous le commandement des États-Unis, pour aller bombarder les Serbes, nos alliés et amis de toujours.

Le résultat de ces bombardements massifs menés sans l’aval de l’ONU a été l’ignoble dépeçage de la Serbie, en déclarant de façon unilatérale l’indépendance du Kosovo, au mépris le plus total du droit international.

Avec les Américains, malheureusement, c’est souvent la loi du plus fort qui prévaut.

Les Russes, amis et alliés des Serbes, avaient prévenu que cette agression contre Belgrade aurait de lourdes conséquences. La suite, on la connaît. Poutine a annexé la Crimée. C’est le retour légitime du boomerang.

Notre engagement en Afghanistan a été un monumental fiasco. Le seul intérêt de cette expédition coloniale digne du XIXe siècle est que notre armée a pu conserver l’expérience de la guerre tout en remettant à niveau ses moyens de combat, ce qui n’est pas rien.

Mais le bilan reste désastreux, puisque les talibans retourneront bientôt triomphalement à Kaboul, comme je l’écrivais dès le début de cette guerre contre-insurrectionnelle perdue d’avance. Il y a 20 ans !

Les guerres contre-subversives sont ingagnables. Les généraux le savent, mais les politiques n’engagent pas toujours des guerres pour les gagner… D’ailleurs, les impératifs politiques ne sont pas la priorité du commandement.

Les soldats n’ont pas d’états d’âme. Ce qu’ils veulent, ce sont des moyens suffisants pour assurer le job.

Notre refus de nous engager dans la deuxième guerre d’Irak a été le bon sens même, à porter au crédit de Jacques Chirac. L’élimination des despotes du Moyen-Orient, efficaces rempart contre l’islamisme, a ouvert un boulevard aux intégristes qui ont raflé la mise partout, sauf en Égypte, où le maréchal Sissi a mis les Frères musulmans au pas.

L’Occident, une fois de plus, s’est trompé d’ennemi.

L’État islamique, c’est le bébé de Bush junior qui avait besoin de sa petite guerre pour satisfaire les puissants lobbys de l’armement et du pétrole. Rien de bien nouveau.

Les Américains n’ont jamais manqué de bombardiers pour régler un problème géopolitique. Car la diplomatie trouve vite ses limites avec les va-t-en-guerre du Pentagone.

Et des prétextes pour faire la guerre, on en fabrique au besoin. La CIA est là pour ça… Quant aux faucons du Pentagone, ils estiment qu’une armée digne de ce nom a besoin des guerres pour se maintenir à niveau.

En Libye, l’intervention franco-britannique pour sauver la population de Benghazi des foudres de Kadhafi a bien obtenu l’aval de l’ONU pour son volet humanitaire. Mais les Occidentaux ont outrepassé le mandat onusien pour éliminer Kadhafi.

Le bilan est sous nos yeux, un État libyen en décomposition, ce qui a généré un tsunami migratoire dévastateur vers l’Europe.

Ajoutons que sans les 150 missiles de croisière lancés par les Américains pour détruire les défenses anti-aériennes libyennes, aucun Rafale français ou Tornado britannique n’aurait pu survoler le territoire ennemi.

Nous sommes donc tributaires de l’OTAN et du soutien américain, c’est indéniable. L’OTAN, qu’on en ait une vision atlantiste ou zemmourienne, reste incontournable.

En Syrie, on se demande à quoi a servi le bombardement de sites d’armes chimiques, opéré en 2018 par des chasseurs et des navires américains, britanniques et français. Un avertissement lancé en pure perte à Poutine et Bachar Al-Assad, qui restent les grands vainqueurs de cette guerre contre les islamistes.

Mais revenons à l’OTAN et sur quelques vérités que nul ne conteste.

Oui, l’OTAN a gagné la guerre froide sans tirer un seul coup de fusil. Mais c’est Reagan, le soi-disant va-t-en-guerre de 1981, qui a gagné la paix en mettant l’URSS à genoux suite à une fabuleuse course aux armements qui a épuisé les Russes.

Oui, la France a besoin de l’OTAN en cas de conflit majeur sur la durée. Mais elle n’a pas pour autant vocation à jouer les supplétifs des États-Unis.

Oui, notre armée  sait tout faire mais à dose homéopathique, faute de moyens matériels et humains conséquents.

Même au Sahel, engagement mineur s’il en est avec seulement 5 000 soldats déployés, nous manquons de tout. Il est donc logique de souligner le soutien américain dans le renseignement ou la logistique, ainsi que le recours à la location d’Antonov ukrainiens, faute de gros porteurs en nombre suffisant. 

Je rappelle que Chirac nous promettait une armée capable de projeter 30 000 hommes avec tout les équipements et matériels nécessaires, où que ce soit dans le monde. Il promettait aussi un deuxième porte-avions ! On attend toujours !

Oui, le soutien de l’OTAN est indispensable à l’Europe.

Mais cela a un prix. 

Comme le dit Zemmour, les Américains n’ont qu’une obsession, détruire les industries de l’armement concurrentes.

Leur stratégie, diviser l’Europe et faire de la Russie un ennemi potentiel alors qu’il faut au contraire arrimer ce grand pays à l’UE. Hélas, ce qui est sagesse pour l’UE n’est que cauchemar pour les États-Unis. Ces derniers feront tout pour saborder tout rapprochement avec Moscou. Les pays de l’Est, hantés par le souvenir du joug soviétique, les y aideront.

Devrons-nous nous battre un jour pour l’Ukraine, la Biélorussie ou les pays Baltes ? Je n’y crois pas.

Les Américains mettent en permanence de l’huile sur le feu pour mieux entretenir nos divisions, pour casser nos contrats d’armements et pour nous éloigner des Russes. Mais chez les Européens, c’est le chacun-pour-soi qui prévaut.

Entretenir la peur de l’ogre russe auprès des pays de l’Est et leur garantir la protection de l’OTAN en échange de juteux contrats d’armements, la mécanique est parfaitement huilée.

Une évidence que Macron refuse d’admettre en s’aplatissant devant Berlin qui ne veut pas de défense européenne.

L’Europe à 27 est une pure folie. Les Anglais l’ont compris.

Tout sépare politiquement les pays de l’Est et de l’Ouest, tout sépare économiquement les pays du Sud et du Nord.

Il n’y aura donc jamais d’Europe de la défense. Personne n’en veut, à part Macron. Qui nous a aidés au Sahel ? Aucun pays n’a envoyé des troupes de combat. L’UE n’a fait qu’appauvrir et affaiblir la France sans aucun retour.

Les pays européens achètent des armements américains. Les accords industriels avec l’Allemagne sont un leurre. L’Allemagne convoite notre technologie de l’armement (brevets du Rafale) et ne veut plus de nucléaire (électricité peu onéreuse pour nos entreprises), dans le seul but de nous priver de nos deux derniers fleurons industriels : le nucléaire et l’armement.

L’Allemagne n’a pas d’amis. Nous sommes ses concurrents sur ces deux seuls points où nous les dominons encore. Derrière la grande illusion de l’amitié franco-allemande se cache une volonté teutonne de dominer l’UE et d’écraser la concurrence. Zemmour en est parfaitement conscient.

Par conséquent, si je ne conteste pas la vision atlantiste de l’OTAN, dont nous ne pouvons pas nous passer, j’adhère également à celle de Zemmour qui veut assurer notre totale indépendance nationale, sans compter ni sur les Américains, ni sur les Allemands.

Ces nouvelles bases de défense avec quelques centaines de militaires allemands installés en France, c’est du folklore, de la poudre aux yeux. Encore une fois, où sont les paras allemands pour aider les nôtres au Mali ?

La position du général de Gaulle était le bon compromis. Rester dans l’OTAN tout en sortant du commandement intégré.

Cela dit, il y a un objectif qui met tout le monde d’accord. C’est la montée en puissance indispensable du budget des armées. 50 mds pour un PIB de 2 500 milliards et montée à 3 % du PIB au fil des ans.

C’est la seule façon de retrouver notre rang et d’assurer notre sécurité. La mondialisation heureuse et l’immigration richesse pour la France, c’est du pur délire de doux rêveur.

J’ai connu l’armée de l’air avec 100 000 hommes, la marine avec 70 000 hommes. Tout cela a été divisé par deux.

Quant à l’armée de terre, elle est au taquet depuis des années avec les opex, comme l’a rappelé le général Pierre de Villiers dans son livre « Servir ».

Pour conclure, je crois malheureusement qu’avant d’avoir à faire face à un conflit inter-étatique de haute intensité, nous connaîtrons des conflits inter-ethniques majeurs, déjà annoncés par Michel Poniatowski il y a 30 ans et rappelés par Gérard Collomb. Écoutons-les.

Préparons-nous donc à cette guerre civile qui menace et que nous avons importée. Elle est certainement plus crédible qu’un conflit avec la Russie, cette fable entretenue sciemment par Washington.

La guerre contre le terrorisme sans fermer les frontières, c’est comme écoper un bateau sans boucher les trous dans la coque. Nous allons dans le mur.

Une armée puissante, dotée d’un budget conséquent est parfaitement dans nos cordes.

Si on portait le budget à 6 % (guerre d’Algérie) il serait de 150 mds pour un PIB de 2 500 mds. (2019)

La moitié suffirait pour acquérir une armée redoutable et respectée.

Avec l’arme nucléaire, notre siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, avec le deuxième domaine maritime au monde et le deuxième réseau d’ambassades derrière les États-Unis, la France mérite mieux qu’une « armée du temps de paix ». (comme le déclarait le général Lecointre en 2018)

La France a les moyens d’avoir la troisième armée du monde derrière les États-Unis et la Chine, mais devant la Russie. Question de volonté politique.

On oublie que si l’URSS a fait trembler le monde pendant un demi-siècle, c’est en se saignant économiquement. Il a fallu attendre Reagan pour la mettre à genoux. Que de temps perdu !

En 2019 le PIB de la France est de 2 700 milliards de dollars, celui de la Russie n’est que de 1 700 milliards de dollars. Mais son effort de défense est largement supérieur au nôtre (4 % de son PIB en 2018)

Attendons des plumes plus averties que moi dans le domaine militaire pour développer le sujet sur RL.

Car la course à la magistrature suprême, c’est aussi la course au poste de chef des armées d’une puissance nucléaire. Trop de Présidents l’ont oublié en sacrifiant l’armée au social, beaucoup plus porteur au plan électoral.

Le prochain livre de Zemmour  devrait être son livre-programme. Du moins je le pense, car sinon Albin Michel ne l’aurait pas censuré ! Un programme explosif, espérons-le.

Sans doute y lirons-nous un chapitre sur sa vision de notre défense du futur et sur nos relations avec nos alliés. Il a une analyse très lucide de la géopolitique.

Mais ne vendons pas la peau de l’ours prématurément. Car le sauveur de la nation fait durer le suspense.

JG