Panthéonisation : le gênant unanimisme autour de Simone Veil

Publié le 3 juillet 2017 - par - 17 commentaires - 887 vues
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C’est sous une pluie d’hommages unanimes que Simone Veil nous a quittés ce 30 juin. Nous ne porterons pas ici de jugements sur l’œuvre politique de Simone Veil. Le présent article aura pour vocation d’analyser sous un angle critique l’unanimisme des réactions qui ont suivi, et qui nous amènent à nous demander si la République n’est pas devenue une religion laïque.

On observe d’abord la récupération de ce décès par l’actuel gouvernement, ce ramassis de managers et de communicants prêts à tout pour se légitimer, quitte à instrumentaliser toute honte bue le nom et l’œuvre d’une personne qui vient à peine d’expirer. Ainsi, l’inénarrable Marlène Schiappa se rêve en continuatrice de la ministre giscardienne. « Ce droit acquis de haute lutte est en danger« , ânonne-t-elle, alors même que les sites opposés à l’IVG sont en passe d’être bannis d’internet.

Les médias emboîtent le pas à la classe politique dans l’hagiographie et le santo subito laïques. « Immortelle, ses combats ont été toujours justes« , c’est par ces propos emphatiques que le présentateur Thomas Misrachi débute son journal télévisé. Cette phrase, dont personne ne semble s’émouvoir, est pourtant gravissime; qu’un journaliste, dans un pays prétendu démocratique, s’arroge de juger quelle cause fut « juste ».

Quelle que soit l’admiration portée à Simone Veil (dont le combat politique ne se réduit pas à l’IVG) on ne peut que se désoler de l’unanimisme moutonneux qui semble contaminer le troupeau médiatico-politique : reportages élogieux, témoignages pleins de trémolos, phrases lyriques à gogo… Ainsi, un présentateur de BFM TV demande à Maurice Szafran si « le fait d’interviewer ou même de croiser » une telle personnalité est marquant pour un journaliste…

En outre, selon un sondage effectué par LCI, neuf Français sur dix seraient favorables à la panthéonisation de Simone Veil. Marine Le Pen, Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan s’y sont également déclarés favorables. Étrange souverainisme que d’encenser la mémoire d’une pionnière de l’euro-fédéralisme. Soit ils sont sincères et on déduit qu’ils ont négligé de lire la biographie de celle qu’ils veulent diviniser; soit ils ne le sont pas, auquel cas leur hommage hypocrite est plus indécent que celui de la gauche.

La République semble bel et bien devenir une religion, avec ses rites, ses lieux saints, ses martyrs et ses nombreux prophètes. Lorsque l’un d’eux s’en va rejoindre l’Orient Eternel, la France entière est sommée de verser une larme obligatoire dans le calice républicain.

Gare aux impertinents qui n’ôtent point leur chapeau. Ils peuvent finir sur le bûcher, comme un chevalier de La Barre des temps modernes. A ceci près que le bûcher est médiatique. L’élue FN Isabelle Lassalle en a fait l’amère expérience. Pointant du doigt la « responsabilité » de la loi Veil dans « la mort de 9 millions de fœtus », elle s’est attirée les foudres de la presse locale qui n’a pas hésité à la brocarder. Les élus frontistes de la région Bourgogne-Franche Comté ont également déclenché un tollé après avoir quitté la salle du conseil régional pour ne pas avoir à observer l’obligatoire minute de silence. La chasse aux « dérapages » est ouverte.

Parler de « divinisation » et de « religion républicaine » peut paraître exagéré, moqueur, voire irrespectueux pour la défunte Mme. Veil. Il n’en est rien. L’honnêteté intellectuelle et une certaine connaissance de l’histoire nous obligent à rapprocher l’hagiographie déversée par la classe médiatico-politique avec des pratiques religieuses similaires qui avaient cours à des époques reculées pour les haut-dignitaires défunts.

Lorsqu’une chaîne d’informations sérieuse nous parle de personnalités politiques ayant une « aura » dont elles imprégneraient non seulement leurs interlocuteurs mais même ceux qui auraient la chance de les apercevoir de loin, on peut effectivement parler de culte de la personnalité et de religion. Des récits similaires sur l’aura mystique, l’imputrescibilité ou la thaumaturgie étaient répandus durant l’Antiquité, lorsqu’il s’agissait de diviniser un empereur ou un pharaon défunt. Narmer, Alexandre le Grand, Jules César et bien d’autres potentats se sont ainsi vus affublés de pouvoirs surnaturels ou d’une ascendance divine après leur mort.

La religion est étymologiquement « ce qui relie ». Soit, ce qui cimente une communauté. Elle peut aussi être laïque et ne pas faire nécessairement référence à un ou des dieux (comme en rêvait Robespierre). La Révolution n’a-t-elle pas instauré un culte laïc ? N’a-t-elle pas laïcisé les récits hagiographiques et le culte antique des héros pour en doter ses propres figures ?

Et que dire de la « panthéonisation », sinon qu’il s’agit d’un mélange laïcisé entre la canonisation chrétienne et l’apothéose antique ? Le Panthéon lui-même est une église transformée par la suite en un temple pour les idoles de la République. C’est en 1791 que l’église sainte Geneviève fut transformée sur ordre de l’Assemblée Constituante en un « Panthéon des grands hommes » destiné à devenir la dernière demeure des hommes illustres. La devise « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » date de 1794, l’année ou le « culte de l’Être Suprême » (religion laïque et républicaine) fut officialisé par Robespierre quelques mois avant sa chute.

La « panthéonisation » est la reconnaissance de grands mérites et de services extraordinaires rendus au rayonnement de la France dans le domaine politique, militaire ou culturel. A l’instar de la canonisation, il faut remplir plusieurs critères : être de nationalité française, avoir des « restes disponibles » (sic), et être une personnalité « exceptionnelle » ayant rendu des services tout aussi exceptionnels à la France.

La procédure de la panthéonade ressemble en effet étrangement à celle qui a cours au Vatican pour la canonisation. Après une enquête menée par une commission d’experts divers, de représentants d’associations, de haut-fonctionnaires et d’élus, sous la présidence du Ministre de la Culture, un rapport est transmis au Président de la République qui décide par décret, tel un pontife, d’élever l’impétrant au rang des « grands hommes ». Si la famille du défunt est opposée au transfert du défunt dans la sacro-sainte nécropole républicaine, on peut procéder à une panthéonisation symbolique en y faisant entrer un cercueil vide que les zélotes de la République pourront fleurir.

Afin d’éviter que les émotions et la pression de l’opinion publique n’influencent la procédure, le Directoire a décidé en 1795 d’instaurer un délai de dix ans entre la mort et la panthéonisation. Mais à l’ère des smartphones et du cybermonde connecté, une décennie équivaut à un millénaire. On entend de plus en plus souvent l’opinion publique manifester son souhait de panthéonisation immédiate après la mort de certaines personnalités. De là à les panthéoniser de leur vivant ou à invoquer leurs mânes pour la guérison du rhume du petit dernier, il n’y a qu’un pas.

De telles pressions populaires ne sont guère nouvelles. Elles avaient déjà cours au Moyen-âge, lorsque mourrait un clerc d’une grande renommée respecté par les locaux. « Santo subito! » (saint tout de suite) était le cri par lequel les Chrétiens témoignent leur désir de voir le défunt élevé au rang des saints. La rapide canonisation de Jean-Paul II s’explique entre autres par l’insistance de nombreux catholiques. A l’instar de la canonisation, le santo subito s’est lui aussi laïcisé.

Les origines de cette divinisation républicaine ne sont pas uniquement chrétiennes. Elle puise également aux sources du paganisme romain, et, plus particulièrement d’une tradition inhérente à l’Empire : l’apothéose. Cela consistait à élever, par décret sénatorial, un empereur défunt au rang des dieux. Le nouveau dieu recevait alors un culte et se voyait construire des temples à son nom, devenant une divinité protectrice de la Cité. Jules César, qui ne fut jamais empereur, a été le premier mortel à être ainsi déifié.

Auguste, Claude, Trajan, Marc-Aurèle, plus d’une dizaine d’empereurs furent ainsi divinisés après leur mort. Il fallait pour cela avoir été un « bon » souverain : pieux, pas trop violent et respectueux des lois. Des critères disqualifiants pour des empereurs tels que Caligula ou Néron, condamnés par le Sénat à la damnation de la mémoire. Cette coutume de l’apothéose était déjà moquée au Ier siècle par certains intellectuels, dont le plus célèbre, Sénèque fut l’auteur d’une Apocoloquintose (transformation en citrouille) composée à la mort de Claude, le philosophe y moque l’empereur défunt et le culte superstitieux qui est rendu aux à ces hommes déifiés.

Rien ne semble avoir changé, hélas, depuis deux millénaires. Le culte des héros et l’apothéose laïque sont les pendants spirituels (ou instruments politiques ?) d’un pouvoir qui se veut détaché de toute préoccupation religieuse. A l’heure où le gouvernement veut instrumentaliser l’héritage politique de Simone Veil, le journal Libération lance une pétition pour la panthéonisation immédiate de l’ancienne ministre. Le tout, sur fond d’unanimisme et de larmes forcées, dignes des démocraties populaires. Le meilleur hommage qu’ils peuvent rendre à Simone Veil est de la laisser reposer en paix, auprès des siens, et de ne pas réduire son combat au féminisme, mais d’évoquer aussi ceux – qu’elle mena avec vigueur – en faveur de la laïcité ou de la défense de notre langue.

Nicolas Kirkitadze

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Notifiez de
Spipou

Merci, Nicolas, pour cet article sensé qui me console des torrents de vomissements déposés en commentaires sous l’article récent d’Elisseievna.

https://ripostelaique.com/hommage-a-simone-veil-victime-daccusations-injustes-et-insupportables.html

cirrus

Je ne pense pas qu’elle ait la carrure suffisante pour être au Panthéon. Trop de gens y sont entrés d’ailleurs. Seuls des héros qui ont sauvé la nation et rétabli sa liberté y méritent leur place. Malraux n’y a pas sa place par exemple, ce n’était pas quelqu’un de bien : http://profondeurdechamps.com/2013/10/14/malraux-au-cambodge-laventurier-pilleur-de-ruines/
J’aimerais qu’on arrête les dégâts ici. Veil était une femme appartenant à la fausse droite, pas une visionnaire en politique, une ministre chargée d’une réforme principalement, faut pas pousser, ce n’était pas une révolution…

Allobroge

Parfois je me demande si ces dame (VEIL,DATI,TAUBIRA, EL KHOMRI, BELKACEM) ne sont pas envoyées en « premières lignes » pour faire passer des lois qui sans elles ne passeraient pas. Alors si en plus elles sont de couleur,de communautés ayant soufferts, il devient peu probable qu’on ne leur accorde pas d’avoir leur nom au bas du texte !En fait la machos faux culs des gouvernements successifs s’en servent !

Anne-Marie G

Je pense comme vous. Sans compter même ce que m’inspire son action par la suite. Elle était une femme très travailleuse, avec un talent certain, mais pas plus que beaucoup qui sans doute ont le tort de ne pas avoir des amis bien placés pour chanter leurs louanges et leurs exploits. La loi qui porte son nom ne mérite pas la panthéonisation ou alors de Gaulle qui a autorisé la pilule aurait dû y entrer avant. Sauf que lui refusait un tel honneur alors qu’il a une autre stature. Le Panthéon est rempli d’illustres inconnus, c’est le sort qui l’attend dans 20 ans ou avant.

OCTAVE DE MEQUERVILLE

PANTHEION : définition sommaire : temple grec ou sont érigées les divinités de la religion Olympienne , une idée donc strictement européenne Aryenne , reprise par les romains puis par les français républicains pour y déposer la dépouilles des Héros de la Nation dont la Renommée strictement et authentiquement française est incontestée et incontestable .. De la majesté classique homérique et wagnérienne du Panthéon comme lieu Auguste d’exaltation et de spiritualité tridimensionnelle indo-européenne telle qu’elle fut décrite par Georges Dumézil et les autres Hellénisants , on va vers la caricature , le Souk et le Kitsch BHLien .. Au Rythme où vont les choses froncèses , bientôt on mettra dans le Panthéon les linceuls de Jamel Debouze , de DSK ou de Roman Polanski le pédophile…

Lapin Blanc

« Sainte » Simone Veil et panthéonisation obligatoire de la tueuse d’enfants. L’inversion des valeurs ne s’arrêtera donc jamais.

gillic

9 millions de fœtus morts et 9 millions d’ immigrés depuis 40 ans, cela vaut il une panthéonisation ???? Quoique après jean zay, pourquoi pas elle …..

EVA

Merci beaucoup pour cet article, qui ne mentionne pas ce que beaucoup reprochent à Madame Veil:

1/ Ne jamais avoir manifesté sa désapprobation devant la banalisation de l’avortement, initialement dépénalisé pour faire face à des situations sans issue.

2/ Avoir oeuvré pour le regroupement familial des immigrés maghrébins.

3/ Avoir refusé que soit mis en oeuvre l’accord selon lequel 100.000 Algériens seraient rapatriés chez eux chaque année.

4/ Avoir transféré des prisonnières algériennes en France, pendant la guerre d’Algérie, pour les protéger des éventuelles maltraitances auxquelles elles étaient exposées.
Or son devoir était de s’occuper des Françaises maltraitées par des Algériens.

5/ Avoir milité pour que la souveraineté de la France soit diluée dans l’Union Européenne.

Anne-Marie G

Merci pour ce rappel.
C’est impossible pour moi d’aimer cette femme qui manifestement préférait les étrangers aux Français. Je préfère ne pas commenter davantage, mais vous devez comprendre ce que j’en pense.

La_Soupape

Attention M. Kirkitadze vous vous laissez aller derechef ! Vous recommencez à parler de vous à la première personne du pluriel, votre crise de Louis quatorzisme vous reprend on dirait !
Et puis vous « redondez » en utilisant 3 fois le mot hagiographie, un peu compliqué pour certains lecteurs, ce qui peut les décourager de vous lire jusqu’au bout de ce texte un peu longuet mais néanmoins fort intéressant, amusant et très réaliste, ce qui serait dommage, avouez !

Tsss tsss ! Va falloir me soigner tout ça hein, surtout que vous avez écrit un très bon papier (que je me suis permis de mettre en lien) sur BV que je ne lis plus du tout depuis longtemps, car certains pseudo philosophes à baffer du matin au soir m’exaspèrent ainsi que cette pub prostitutive qui me pète carrément les burnes !

Nicolas KIRKITADZE

Bonjour « La Soupape » et merci pour votre commentaire.

Je lis souvent vos commentaires et je dois avouer que je ne comprends pas pourquoi l’emploi du « nous » vous déplait autant. Ce n’est pas de la prétention louis-quatorzienne. Au contraire, dire « je » dans un écrit autre que littéraire est une forme d’arrogance. C’est du moins ce que j’ai appris à l’université. J’utilise donc un « nous » neutre plutôt qu’un « je » qui pourrait sembler agressif et prétentieux. C’est ce qu’on exige des étudiants dans les écrits, j’ai donc pris cette habitude aussi bien à la fac que dans mes articles. :)

Bien cordialement

Nicolas Kirkitadze

La_Soupape

Très aimable et fort courtois de me répondre m. Kirkidatze, certains contributeurs du site devraient en prendre de la graine et se la péter un peu moins !

Bon je sais bien que ce « nous » est imposé par la bien-pensance universitaire mais c’est précisément parce que vous écrivez ici et que donc votre intelligence vous a fait sortir de cette pourriture fasciste organisée qu’est l’université qu’il faut briser ses obligations car mine de rien, le « nous » est impersonnel et dilue une pensée dans la masse. Tous vos articles sont signés par vous-même, vous les assumez et vous avez parfaitement raison ce qui vous autorise du fait à utiliser le « je » qui a l’avantage de mettre très clairement vos opinions en avant sans se « planquer » derrière un truc malsain.

Sinon j’aime beaucoup vous lire…

Stratix

Ils ont bien fait rentrer Jean Zay au Panthéon alors qu’il avait qualifié le drapeau de  » saloperie tricolore  » et la France devrait être reconnaissante. Les mondialistes font tomber les uns après les autres tous les symboles de la nation. La légion d’honneur non plus ne veut plus rien dire.

Anne-Marie G

Bien vu. Je pense que la République dont parle l’article, par ailleurs très pertinent et comme tel très intéressant, sert de paravent aux menées mondialistes de plus en plus envahissantes.

Carter Burke

Moi je trouve que le Panthéon ne suffit pas. Puisque Madame Simone Veil est manifestement une Divinité de la République Maçonnique Française, on devrait installer une statue d’elle à chaque carrefour dans les villes, à chaque place de village. On devrait exiger des lécheurs de tr.. de c…que sont les évêques de France (le CEF) qu’ils signent une pétition à envoyer au Vatican à Bergoglio pour demander la béatification et la canonisation de Madame Simone Veil. Cette Grande Dame mérite assurément d’avoir son nom aux côtés de Mère Térésa et du Curé d’Ars.

Carter Burke

Immortelle ? Elle vient pourtant de décéder si je ne m’abuse, et si ça se trouve dans 100 ans elle fera partie des poubelles de l’histoire.

hercule

Si elle est autant glorifiée par ce gouvernement de pourris et d’islamos collabos, faut pas êtes sortis de St Cyr pour comprendre qu’elle a participé aux futurs plans de mondialisation (à travers la Sacro Sainte Europe ) et de l’islamisation de notre société… Tout le monde trouve cela normal que la CAF profite aux futurs petits Mahométans et pas aux futurs petits français éliminés d’office car mères en souffrances, seules, désargentées …Les enturbannées qui font 5 ou 6 mômes , elles ne se posent pas toutes ses questions , évidemment on ne leur tient pas le même discours!!! Mais chut !! Pas touche à Simone sinon on va se faire éjecter !!!