Parallèle antisémitisme et islamophobie : la dhimmitude élyséenne aurait-elle commencé ?

Depuis le début de l’offensive militaire menée par les soldats israéliens dans la bande de Gaza, on constate, en France, une recrudescence des violences communautaires majoritairement dirigées contre les juifs et leurs lieux de culte. Et l’on parle de «déferlante antisémite» ! Et l’on s’en étonne ! Et l’on s’en indigne ! Et l’on se mobilise ! Et Fadela Amara d’en appeler au «vivre-ensemble» ! Et le chef de l’Etat de nous assurer que ces crimes «ne resteraient pas impunis» ! Et Michèle Alliot-Marie de déclarer que nous devons «protéger les lieux sensibles et en particulier les lieux de culte» de quelque obédience que ce soit, et «surveiller toutes les manifestations, parce que dans les grandes manifestations, nous voyons des groupes s’infiltrer pour inciter à la violence».
Mais personne pour oser dire que nous récoltons, en l’occurrence, ce que nous avons semé ! Personne pour admettre que s’il y a un risque réel d’importation du conflit israélo-palestinien sur notre sol, c’est parce qu’il y a, en France, des importations à haut risque, semblables aux importations de haute technologie qui peuvent brusquement échapper aux protections et surveillances les plus strictes ! Personne surtout pour reconnaître qu’on ne peut éviter les tensions importées qu’en évitant d’importer ceux qui les importent !

Plus un pays accueille, plus il doit être intransigeant à l’égard de ceux qu’il accueille : on ne commande pas à un homme comme à mille. La première des valeurs d’accueil, c’est le lit de camp ! La séparation de l’Eglise et de l’Etat a d’abord été cela. Elle doit le rester, et l’être même plus que jamais, car ceux qui s’y opposent aujourd’hui sont fils de la première religion du monde par le nombre ! Or, le nombre a toujours fait la loi ! Le film Danse avec les loups rappelle, non sans angoisse, comment les Indiens d’Amérique du nord furent submergés, puis éliminés par des hommes venus d’ailleurs – «aussi nombreux que les étoiles» !
Mais alors même que la pyramide des âges n’est pas à notre avantage culturel, tout le monde s’en moque : il suffit que les bienpensants acquiescent à cette nouvelle donne pour que nous soyons en accord avec nos idéaux d’aveuglement ! Pourtant, nos responsables politiques connaissent la réalité mieux que ne la connaissent les Français eux-mêmes. Ils savent clairement que ce dont accouche la France actuelle est mal engagé. Ils savent que l’immigration choisie n’a pas remplacé l’immigration subie. Ils savent que la guerre civile se profile au rythme des accommodements raisonnables et autres lâchetés quotidiennes. Ils savent que la France et l’Europe sont mises au défi de répondre aux valeurs de l’islam ! Et l’on voudrait, avec cela, construire un «vivre-ensemble» harmonieux ?
C’est oublier que pour obtenir quelque harmonie d’un instrument à cordes, il faut d’abord que les cordes soient tendues ! D’où la nécessaire fermeté qui habite les chefs véritables, seraient-ils d’orchestre ! Sans fermeté, rien ne peut se construire. On n’aide pas les immigrés religieux par le religieux : on ne les aide que par la laïcité, dont la sagesse sépare le religieux du politique. Il n’y a pas d’autre moyen. Le primat du religieux ouvre sur les tensions communautaristes parce qu’il ferme à la citoyenneté. Etre citoyen français, c’est être français avant d’être de telle ou telle confession. Voilà pourquoi on peut être français par delà toute confession, comme le montre l’agnostique ou l’athée. Partant, les signes confessionnels arborés en public sont une atteinte au «vivre-ensemble» : une étincelle dans le monde, et l’embrasement intra-muros est possible, car les religions ne sont pas fraternelles mais fratricides, y compris à l’égard d’elles-mêmes, comme le montrent les conflits entre entre catholiques et protestants en Irlande du Nord, entre bouddhistes chinois et bouddhistes tibétains en Chine, entre chiites et sunnites en Irak – et même entre chiites irakiens et chiites irakiens !
Il ne faut pas compter sur les religions pour le «vivre-ensemble» ! Il ne faut même pas compter sur la «religion de l’humanité» dont l’homme serait le grand prêtre, puisque nous serions encore dans le religieux ! La seule chose sur laquelle nous puissions compter n’est qu’un long et douloureux chemin fait de règlements politiques, faute de quoi nous connaîtrons le «retour du religieux», et ses fanatiques qui pillent la Terre au nom du Ciel !
Nous n’en sommes pas loin, d’ailleurs, et c’est la raison pour laquelle, le 14 janvier dernier, à l’occasion des vœux qu’il adressait aux acteurs de la sécurité, Nicolas Sarkozy a fustigé tous ceux qui, à l’instar du conflit israélo-palestinien, auraient la tentation d’en découdre en France, qu’ils soient juifs, musulmans, ou autres. «L’antisémitisme et l’islamophobie – a-t-il prévenu – seront condamnés avec la même sévérité».
Admirable – n’est-ce pas ? – du moins au premier abord, car aux abords suivants, l’admiration s’estompe pour laisser place à la révolte, voire à l’écœurement devant tant de mauvaise foi ! Que signifie, en effet, la mise en garde présidentielle ? Qu’un antisémite est nécessairement islamophobe ? Qu’un islamophobe est nécessairement antisémite ? Qu’il ne faut être ni antisémite, ni islamophobe ? Qu’est-ce qu’un antisémite ?
C’est un «raciste animé par l’antisémitisme», c’est-à-dire par un «racisme dirigé contre les juifs». Qu’est-ce qu’un islamophobe ? C’est quelqu’un qui éprouve une «crainte excessive et maladive de certains objets, actes, situations ou idées» propres à l’islam. En quoi donc ces deux termes seraient-ils sur le même plan ?
L’antisémitisme est un délit ; l’islamophobie est un sentiment. Si le délit relève de la loi, en quoi le sentiment en relèverait-il ? Si le racisme ne saurait être justifié, en quoi la crainte ne pourrait-elle pas l’être ? N’y a-t-il pas des craintes salutaires ? Et si l’on objecte ici que la crainte dont il s’agit est pathologique, alors elle ressortit au médecin, non à loi – encore qu’une crainte «excessive et maladive» puisse être la résultante d’«objets, actes, situations ou idées» excessifs et maladifs en eux-mêmes ! Après tout, les sourates anti-juives, anti-chrétiennes, anti-femmes, ainsi que les sourates guerrières ne sont-elles pas de cet ordre ?
En réalité, outre la survalorisation volontaire du religieux comme béquilles de la paix civile, le Pouvoir actuel a tellement peur de l’islam qu’il refuse d’avouer le rapport direct entre l’accroissement des actes antisémites sur le territoire national et celui de la population musulmane qui s’y est installée. Faut-il rappeler que les juifs sont environ 600 000 en France, et les musulmans 7 000 000 ? Faites le compte !
Mais l’évidence a toujours tort, car elle dérange ! Mieux vaut donc s’en prendre – au nom même de la tolérance et du respect ! – à la liberté d’expression, quitte à censurer, au passage, Voltaire, Hugo, Nietzsche, et quelques contemporains courageux, comme Ayaan Hirsi Ali, Wafa Sultan ou Taslima Nasreen ! Mieux vaut proférer de fausses équations que de penser le communautarisme au développement duquel on a soi-même contribué, et asséner tout de go qu’«Il n’y a rien de plus semblable à un antisémite qu’un islamophobe» ! (Nicolas Sarkozy, Discours d’Alger, 3-12-2007)
Et voilà comment, au sommet de l’Etat, on entérine le monstrueux amalgame qui voudrait que la critique faite à un juif au seul motif qu’il est juif fût de même nature que la critique d’une religion dans ce qu’elle peut avoir de nuisible.
Si les conséquences politiques et sociales d’une religion se révélaient dangereuses au point de l’être pour tous, leur musellement ne relèverait-il pas de la non-assistance à personne en danger ? Faut-il bâillonner à ce point la raison pour sauvegarder la religion ? Qu’est-ce qu’une religion sinon un système de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées ? Sur quoi repose ce système sinon sur une théorie de l’homme et de l’univers ? De quel droit cette théorie et les pratiques qui en découlent seraient-elles dispensées de tout examen rationnel ? Quel type de chef d’Etat faut-il être pour ramener la critique d’une théorie à celle d’une race ?
Plus inquiétant : à quelles pressions secrètes et terribles Nicolas Sarkozy peut-il être soumis pour répandre officiellement la confusion fallacieuse entre «race» et «religion» ? La dhimmitude élyséenne aurait-elle déjà commencé ?
Maurice Vidal

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