Parité ? Un passage obligé

Publié le 14 mai 2012 - par - 1 018 vues

Tout le monde est aujourd’hui pour l’égalité des sexes. Le minimum vital du féminisme, conquis, je vous signale, de haute lutte par ces sulfureuses féministes mangeuses d’hommes. Il y a seulement 50 ans, ce n’était pas une évidence. Le droit de vote des femmes a été ainsi arraché en 1945 à la force du petit poignet de ces dames, au bout de cent ans de clameurs vaines dans l’ouïe réfractaire des parlementaires mâles. De Gaulle n’a fait qu’entériner, de guerre lasse, cette vieille revendication. Tout ça pour rappeler qu’en matière de rééquilibrage entre dominants et dominés, ça prend son temps. Aujourd’hui, ça coince à nouveau du côte de la Parité. Y compris de la part de certains rédacteurs de Riposte Laïque. Au nom de quoi est elle ainsi rejetée ? De ce bon vieux universalisme. Le même au nom duquel une Elisabeth Badinter ou un Henri Pena Ruiz abordent la laïcité. Pas question pour eux qu’elle stigmatise les religions. Dans le cas de la parité, on a aussi ses mots culte. Discrimination positive et compétence, sont les deux mamelles auxquels s’abreuvent les détracteurs de la parité. Au nom de l’universalisme qui serait censé traiter tout le monde de la même façon, la discrimination positive introduirait une intolérable exception. Car après tout il faut juger sur les compétences et rien d’autre. Les femmes ont-elles les mêmes que les hommes ? That is the question. Pensez donc, on risque de choisir ainsi une femme « sans compétences », parce que c’est une femme. Mais la compétence ne tombe pas du ciel, elle s’acquiert sur le terrain. Si vous interdisez l’accès à la politique de toute une catégorie, pas étonnant qu’il lui faudra du temps pour l’acquérir. Or on devient forgeron en forgeant. On se mord la queue. Tout ça n’est pas sérieux. Si on est pour l’égalité des sexes, on se donne les moyens d’y parvenir. La parité est un jalon de plus dans la conquête de cette égalité. Alors faisons un sort à cet Universalisme, credo de la gauche que vous pourfendez tant dans ces colonnes. ! Sous la toge où se drapent ces beaux esprits amateurs d’égalité et de respect des compétences, que se cache-t-il ? Je vous réponds par deux chiffres bruts : 18% de femmes députées à l’Assemblée nationale, une moyenne de 25 % de différence de salaires homme/ femme. Ca c’est la réalité de la situation des femmes en France, un des pays les plus arriérés en matière de représentation égalitaire en politique. Qu’est ce qu’on fait ? On laisse les choses aller à leur rythme. Le Bureau International du Travail a calculé que dans ce cas, il faudrait quelques 450 ans pour que les salaires homme/femme s’égalisent. Ou bien on donne un coup de pouce pour que le cours des choses s’accélère. C’est ça la parité, le coup de pouce donné à la réalité d’une discrimination négative, pour qu’elle recule, par le biais d’une discrimination positive.
Bien beau le principe d’universalité. Mais c’est un principe, il reste dans l’abstrait. Pour lui donner un contenu, de la chair, il faut rééquilibrer les plateaux de la balance qui penchent fermement en faveur d’un catégorie de la population : les hommes. Et qu’on ne vienne pas me dire que ce sera la porte ouverte à la demande de certaines minorités discriminées. Les femmes constituent une majorité, 53 % de la population, traitée comme une minorité de statut. Pas du tout comparable, cet état de fait, avec la réelle minorité numérique et historique des autres minorités, ethniques ou religieuses.
Un peu d’histoire maintenan pour faire comprendre comment les féministes en sont arrivées au début des années 90 à cette revendication de la parité. Je veux dire les féministes de terrain, pas celles de salon, qui lévitent dans l’Olympe de leurs dogmes. Elles ne risquent pas, ces belles parleuses, de perdre leur tête sur le billot des révolutionnaires, comme notre courageuse Olympe de Gouges, guillotinée en 1793 pour avoir simplement écrit une « Déclaration des droits de la femme ». Depuis quelques deux cents ans, le mouvement féministe bataille pour les mêmes objectifs : obtenir des droits d’égalité pour faire reculer le statut inférieur d’une moitié de la population. Il y a eu d’abord une première vague de féministes qui ont obtenu les droits à l’éducation , au travail puis au vote. Mais comment exercer ces droits quand de facto on en est empêchée ? Empêchée par l’impossibilité de choisir ses maternités ? Alors, a partir des années 70, l’axe de nos revendications délaisse l’égalité pour revendiquer la liberté. De disposer de son corps, avec le double volet : procréation et liberté sexuelle. Notre corps nous appartient. L’égalité sans la liberté, mission impossible ! Vous suivez ? Nous n’allions pas nous arrêter en si prometteur chemin. L’égalité et la liberté théoriquement en poche, nous voila mieux armées pour entrer dans la citadelle du pouvoir, la Politique, chasse gardée des messieurs. La demande de parité n’est qu’une demande de justice : il y a deux sexes, ils doivent être représentés là où les destins de la cité se décident. Différence ou pas, ce sont des êtres humains à part entière. Aucune contre indication majeure entre le fait de porter des enfants et celuide diriger un pays. Il s’agit de faire reculer l’injustice qui règne depuis des millénaires dans la société humaine. Point barre. Le reste est argutie de théoriciens, préjugés mal camouflés et mauvais prétextes pour se le garder, le pouvoir.
Accordons nos violons : on ne peut pas critiquer les méfaits de l’universalisme, tout le monde il est beau, sinon gentil, pourfendre l’égalitisme, s’élever contre la préférence de l’autre, et recourir aux dogmes de l’universalisme quand ça nous arrange. Malheureusement le combat contre l’islamisation n’exclut pas un certain antiféminisme. Il faudra un jour analyser sereinement cette contradiction. N’oubliez pas : l’Autre d’origine, le seul autre qui vaille, l’alter ego, c’est la Femme. Pour l’homme et vice et versa. Tous les autres sont des succédanés. Il faudrait recommander à nos universalistes professionnels, et autres gauchistes, à traiter d’abord avec égard et respect cette autre si proche, leur femme. Au lieu de verser des larmes de crocodile sur la misère du présumé exploité d’ailleurs, veillez à exploiter moins vos femmes, en faisant la vaisselle ou en langeant les mômes, par exemple. Suis-je terre à terre !
Parité, la paire originelle que constituent homme et femme. Pair n’a jamais voulu dire identique.

Anne Zelensky

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