Pas de politique sans théorie systématique et actualisée

Garçon-se-maquillantC’est le peuple sain et souvent démuni, refusant les mensonges de l’euphorie mondialiste, qui a voté Front National. Il y a longtemps que nous savons cela. Peuple auquel il convient d’ajouter les intellectuels de plus en plus nombreux qui comprennent les catastrophes mentales (desséchement mental et mécanisation de l’esprit), écologiques (horreur de l’élevage industriel) et évidemment économiques auquel conduit inévitablement le capitalisme à sa phase mondialiste.

Comment le gros argent fou va-t-il tenter de contrer ce réveil politique des classes populaires ? Il va diviser, neutraliser, et surtout envoyer les gens de bonne volonté sur des dérivatifs, des diversions, de petits problèmes faux ou partiels. Il a un siècle et demi d’expérience en ce domaine.

La grande bourgeoisie affairiste (« confessionnelle » ou « républicaine », c’était strictement la même classe faisandée car c’était le même rapport ironique et cynique au monde) a forgé mentalement une petite bourgeoisie dès 1850. Et elle a su l’assujettir, la diviser (en « droite » et « gauche ») et surtout l’orienter vers les diversions les plus variées, les faux problèmes les plus invraisemblables. Chez les petits bourgeois de « droite » comme chez les petits bourgeois de « gauche », la plupart de temps, on a « plané » hors du monde réel sur des questions de politique purement formelles (la question du régime, la question religieuse, la défense républicaine, abordées sous leur aspect le plus formaliste, le plus coupé de la vie réelle). Le gros argent « embauchait » les petits bourgeois et les formataient politiquement contre le bon peuple vivant, le petit peuple qui connaissait déjà, lui, certaines conséquences de l’horreur capitaliste. Cette politique petite bourgeoise artificiellement forgée et entretenue par le gros argent a constamment interdit que soit sérieusement posée la seule question qui comptait dès la fin du XIXe siècle : les effets réels de l’immense processus capitaliste sur la vie.

Le haut affairisme assuré et ironique invente, domestique, divise et enrage en permanence une petite bourgeoisie formaliste et mentalement desséchée (de « droite » ou de « gauche ») et la dirige contre le peuple vivant et sain, qui finira au XXe siècle par être vaincu et éradiqué : toute la pathétique histoire politique française est là, en trois lignes. L’auteur qui a décrypté cette histoire politique souterraine est Emmanuel Beau de Loménie dans son extraordinaire ouvrage « Les responsabilités des dynasties bourgeoises ». Stupéfiant d’intelligence et de perspicacité. Je lui dois tout ce que j’expose ci-dessus. A se procurer absolument pour en finir avec les analyses fantasmatiques ou partielles.

Aujourd’hui, le réveil est brutal, très brutal. Nous allons payer atrocement cher un siècle et demi de politique formaliste occultant la réalité du processus capitaliste. L’emprise du capitalisme, à travers l’industrie culturelle (la fausse culture, les médias) sur nos consciences et sur nos vies est quasi-totale, l’aliénation est quasi  totale. Il y a mécanisation de l’esprit et atrophie des facultés mentales. Cela ce n’était pas prévu, et c’est tombé sur le monde en quarante ans. Sur tout le monde, y compris les gens de gros argent.

Alors ceux qui, encore conscients, veulent tenter de sauver quelque chose de ce que fut l’histoire avant l’aliénation généralisée doivent avant tout oser voir les choses de haut et de loin, étudier les travaux difficiles montrant les effets du capitalisme sur la conscience et la vie des hommes. Ils doivent enfin étudier, lire, comprendre, délaisser les explications simplistes du monde et forger des théories politiques systématiques.

Ils doivent se former et former d’urgence leurs camarades démunis, et surtout ne pas tomber dans les pièges des faux problèmes partiels et étriqués qui ne vont pas manquer de se présenter. Ce seront des créations artificielles. Tout l’art politique du gros argent mondialiste va effectivement consister à créer en permanence des dérivatifs, des diversions, interdisant de repérer et de nommer les effets systématiques et profonds du capitalisme sur la vie et la conscience.

A l’inverse, un groupe d’hommes étudiant virilement et sérieusement, loin des nostalgies faciles et des automatismes parasitaires, la réalité du processus capitaliste et de ses effets, et assurant largement la transmission de ce savoir aux hommes de bonne volonté serait intellectuellement invincible. Pour une raison bien simple : ils seraient les seules consciences vivantes et donc les seules consciences susceptibles de réveiller leurs amis réduits à l’état de mécaniques mentales.

Jacques-Yves Rossignol

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