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Passe sanitaire : le peuple de France présente sa démission

Paris au mois d’août comme autrefois, dans la chanson d’Aznavour. Les rues sont vides. Les gens ne sont pas remontés après le 15 août. De toute façon, il n’y a pas eu de pont du 15 août, qui tombait exprès le dimanche. Il n’y a plus de pont du 15 août, il n’y a plus rien. Chacun est resté loin, dans son jardin, là où les képis, jusqu’à présent du moins, ne viennent pas vous ordonner de mettre un masque ou d’ajuster votre pantalon.

Les gens restent loin, sur un lopin de terre, ou dans un van planqué derrière un buisson, ou dans une grange pas encore retapée et qui sent toujours la paille et le foin. Ou au bord de la mer, à la rigueur, dans les rochers avec les crabes.
Eh bien voilà, voilà la nouvelle : le peuple de France présente sa démission. Ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas, ceux qui ont le passe sanitaire et ceux qui ne l’ont pas – et qui souvent s’en foutent comme de leur premier vaccin. Le peuple de France présente sa démission. Et même, la donne, au diable l’avarice. Avec ou sans passe. Un passe « sanitaire », du reste, pour quoi faire ?

Un passe sanitaire pour avoir le droit d’entrer dans un bâtiment hideux et de gagner un bureau tristouille où accomplir des tâches rebutantes et idiotes ? Un passe sanitaire pour avoir le droit d’entrer dans des grandes surfaces où acheter des tas d’objets et ustensiles inutiles et de la bouffe plus ou moins… mangeable (pour ne pas dire pire) ?

Un passe sanitaire pour accéder à un marchand de journaux afin de lire des nouvelles trafiquées, le journalisme ne consistant plus, semble-t-il, à dire ce qui se passe mais à le cacher ? Un passe sanitaire pour aller au cinéma voir des films français minables de propagande « sociétale » ou des productions américaines monstrueuses par le budget et la connerie ?

Un passe sanitaire pour avoir le droit de prendre un café dans un boui-boui ou de manger des frites surgelées à la terrasse dans une rue à la chaussée défoncée et aux trottoirs jonchés d’immondices ? Un passe sanitaire pour pouvoir aller à la messe écouter un prélat parler comme un député servile et niais de la majorité gouvernementale ?

Et enfin, apothéose, un passe sanitaire pour pouvoir aller à l’hôpital se faire soigner quand on est malade, à supposer que le service approprié ne soit pas fermé momentanément, voire définitivement.

Alors voilà, le passe sanitaire, le peuple de France a décidé qu’il s’en passe. Chacun chez soi, dans son jardin ou son cabinet ministériel ou non, et les vaches seront bien gardées (ainsi que les peaux de vaches, on l’espère). Le peuple de France, belles dames et beaux messieurs, vous donne sa démission avec ses compliments (et quelques noms d’oiseaux en prime). Il serait tout à fait déplacé d’y voir on ne sait quel complotisme ou quel abominable populisme. Car le peuple n’a pas besoin d’être populiste, il est le peuple et c’est assez, que cela vous plaise ou non.

À présent, que les cheffes et chefs se retroussent les manches et se démerdent. Il paraît qu’il y a encore un peu de boulot sur les chantiers et dans les quelques usines qui ont survécu de loin en loin.

Didier Blonay

P.S. Pour ceux qui reprocheraient à ce texte un manque de réalisme, on précisera qu’il peut se lire à la manière d’une fable inspirée de notre bon Jean de La Fontaine.