Patrick Besson et Elisabeth Levy, derniers « fromages qui puent » d’une presse cireuse de pompes hollandaises ?

Je l’avoue, je passe très peu de temps devant ma télévision, et ne suis donc pas la mieux placée pour juger de l’attitude des journalistes vis-à-vis du nouveau pouvoir. La dernière émission que j’avais regardée était « On n’est pas couchés », ce samedi, et j’avais vu le spectacle incroyable d’Audrey Pulvar cirer les pompes de Harlem Désir, qui appartenait au même parti que son compagnon, Arnaud Montebourg, par ailleurs ministre du redressement… productif. C’est sa compagne qui va être heureuse ! Comme je me souvenais que le bel Arnaud avait sonné la charge, en 2007, contre Béatrice Schoenberg, coupable d’être l’épouse de Jean-Louis Borloo, avec des trémolos de justicier dans la voix, je trouvais le couple glamour du 16e arrondissement parisien particulièrement gonflé, surtout que Ayrault avait fait signer à chaque ministre un texte où ils devaient renoncer à tout conflit d’intérêt. Mais le pire était dans la deuxième interview de la soirée, où la militante-journaliste s’occupa de Louis Aliot, et le somma, sur un ton de procureur du peuple, de justifier l’expression, certes maladroite, de Marine Le Pen sur « les avortements de confort ». En pleine campagne des législatives, au-delà de la volonté de mettre mal à l’aise le numéro deux du FN, et de le placer sur la défensive, je n’ai pas vu l’actualité immédiate de la question.

Ce jeudi soir, dont, n’ayant plus allumé ma télévision depuis, je m’accorde une pause de 20 heures à 20 heures 30, et regarde BFM-TV. La formule est dynamique, un présentateur, Olivier Marshall, mène le bal, et deux éditorialistes vedettes, Olivier Mazerolle et Ruth Elkrief – respect de la parité, mais pas de vraie diversité ! – commentent alternativement les sujets proposés. Premier reportage sur le sommet européen de Bruxelles. Tonalité : François Hollande a volé la vedette à Angela Merkel, c’est lui qui impose dorénavant le tempo à l’Union européenne, et la chancelière allemande ferait grise mine. Je suis stupéfaite d’une telle présentation, et surtout d’une telle mise en valeur du nouveau président, en pleine crise grecque, sans qu’on ne commente ce que signifierait la mise en place des fameux eurobonds préconisés par François Hollande, et refusés, à juste titre, par Angela Merkel : la mutualisation des dettes européennes, au détriment de la France, qui serait contrainte d’emprunter à un taux plus élevé sur les marchés, et l’accélération du fédéralisme européen, contre ce qu’il reste de souveraineté de notre pays.

J’ai à peine le temps de méditer sur l’approche de la chaîne que je vois le deuxième sujet. L’incroyable François Hollande a pris le train pour aller à Bruxelles, comme un Français normal (avec quelques gardes du corps et plein de collaborateurs, quand même !) et il est revenu en voiture. Cela n’aura coûté au contribuable français que 6.000 euros, alors que du temps de Sarkozy, et de ses avions, cela coûtait dix fois plus cher ! Mazerolle dit que c’est un nouveau style, et Elkrief s’interroge sur le retour à l’avion, en cas d’urgence, et la réaction négative possible des Français. Personne ne connaîtra le prix du Falcon utilisé par le vainqueur de la présidentielle, au soir du 6 mai dernier. Les téléspectateurs ne sauront pas davantage que le président normal, qui avait hurlé quand Sarkozy avait très fortement augmenté son salaire en 2007, gagne tout de même 89 % de plus que Jacques Chirac ! Je me dis que décidément, je n’avais pas souvenir que durant cinq années, Nicolas Sarkozy ait été cajolé de la sorte, quant à Marine Le Pen, je préfère ne pas y penser !

Troisième sujet, la crise à l’UMP, la guerre civile Copé-Fillon. On interviewe Juppé, qui raconte qu’on est plus fort unis que divisés, et qu’il faut d’abord gagner les législatives. Quel stratège ! Puis on disserte si Fillon est mieux placé que Copé, s’il a bien fait de dégoupiller, quel est le plus adapté à l’électorat UMP, le pittbull Copé ou le placide Fillon, et comment les électeurs vont réagir. On finit le reportage en montrant une circonscription où l’UMP est divisée, et où Claude Guéant doit faire face à une candidature sauvage d’un autre UMP. Là encore, je me dis que j’aurais aimé savoir si les journalistes ont commenté de la même façon les propos de Martine Aubry qualifiant de « naze » Jean-Marc Ayrault, les gentillesses de la maire de Lille contre Jean-Luc Mélenchon, les hurlements du président de Parti de gauche contre la secrétaire du PS, et les exclusions des militants socialistes qui choisissent de se présenter contre des Verts, reniant l’accord national de leur parti avec les illuminés de Duflot, sans parler de la guerre civile socialiste à La Rochelle, autour du parachutage de Ségolène Royal.

Révoltée par tant de partialité, je pense plein de mal de cette profession où le cirage de pompes est de plus en plus pratiqué, et je tombe, en moins d’une heure, sur deux textes iconoclastes qui me redonnent espoir quant à la liberté d’esprit de certains éminents journalistes. Rassurez-vous, mesdames, je ne vais pas faire l’éloge de Pierre Salviac, chroniqueur sportif spécialisé dans le rugby, qui, se croyant du temps des troisièmes mi-temps de Roger Couderc, a cru bon d’envoyer un message à nombre de ses consoeurs journalistes, au lendemain de la victoire de François Hollande, leur disant : « Si vous voulez être première dame de France en 2017, dépêchez-vous de coucher utile ! ». RTL l’a viré sur l’heure !

Je voulais vous parler de deux textes très politiquemeent incorrects. Patrick Besson, dans « Le Point », joue le rôle du méchant macho de service, persiflant avec méchanceté contre la parité et les nouvelles ministres glamour issues de la diversité. Le misérable, qui avait déjà été cloué au pilori, il y a quelques mois, pour se gausser de l’accent d’Efa Choly, aggrave son cas, notamment par ce passage qui devrait, au mieux lui valoir les foudres de la bien-pensance, voire un solide rappel à l’ordre, au pire les tribunaux. « Dix-sept femmes pour dix-sept hommes. Un homme par femme. Et donc une femme par homme. Du coup, personne ne se retrouve sans personne. Il était déjà comme ça à l’Ena, François Hollande : bon camarade. Avant, les épouses de ministres étaient tranquilles : il n’y avait presque que des hommes dans le gouvernement. Maintenant, elles ont du souci à se faire, surtout avec les canons dont s’est entouré Jean-Marc Ayrault : l’ingénue libertaire Najat Vallaud-Belkacem, la séductrice culturelle Aurélie Filippetti, l’associative hitchkcockienne Delphine Batho, la radicale chic Sylvia Pinel, le tanagra guyanais Christiane Taubira, la geisha intellectuelle Fleur Pellerin, la shéhérazade cinématographique Yamina Benguigi. Il ne manquerait pas grand-chose à Cécile Duflot pour être au niveau de ses consoeurs du gouvernement. Un nouveau couturier ? Ce n’est pas le tout de trier les ordures, il faut faire pareil avec les vêtements. Marisol Touraine préparera le retour de la retraite à 60 ans. Pas la retraite amoureuse, en tout cas.

Les ministres importants, ce sont ceux qui ont leur photo en grand dans les journaux. Cinq hommes : Ayrault, Fabius, Valls, Sapin, Moscovici. Hollande d’accord pour faire la parité, mais pas trop près de son bureau. »

Il fallait oser, dans le climat actuel. Mais ce n’est rien à côté d’ Elisabeth Levy qui, elle, ose se demander, suite à la nomination de la grande prêtresse de l’association « Oser le féminisme » au ministère de Najat Belkacem : « A quand un ministère du clitoris ? » faisant allusion à la campagne fort voyante des troupes – fort maigres – de Caroline de Haas, intitulée « Osez le clitoris ».  Comme une vulgaire Patrick Besson, la fondatrice du site « Causeur » n’y va pas avec le dos de la cuillère !

Elle commence par se moquer de Christiane Taubira, ce qui n’est pas bien, et devrait lui valoir les foudres du Mrap, qui, ne craignant pas le ridicule, a qualifié de raciste la campagne menée contre le nouvelle Garde des Sceaux, nous faisant l’honneur de citer Riposte Laïque ! « De fait, si on cumule les critères “femmes et diversité”, le casting de François Hollande est encore plus réussi que celui de Nicolas Sarkozy. Christiane Taubira sera probablement moins performante que Rachida Dati comme ambassadrice de la mode française, mais à en juger par ses débuts, elle a des chances de l’égaler comme gaffeuse de compétition. Peut-être est-elle déjà coupable d’avoir aggravé la calvitie présidentielle : le Président a dû s’arracher les cheveux en entendant sa garde des Sceaux sortir du tiroir où il aurait dû rester son vague engagement de supprimer les tribunaux correctionnels pour les mineurs récidivistes âgés de 16 à 18 ans. Alors que la gauche doit prouver qu’elle a rompu avec le laxisme et l’angélisme des temps anciens, l’idée de renvoyer des gaillards qui pourrissent la vie de leurs concitoyens devant le tribunal pour enfants (qui leur infligera des “rappels à la loi” qui feraient rigoler un nourrisson) relève soit de l’inconscience, soit du sabotage. Passons. Après tout, les femmes ont aussi le droit de faire des conneries. »

Mais surtout, la misérable ose persifler sur la nomination de Caroline de Haas au ministère des Droits des femmes : « L’important, c’est que cette bonne volonté ait été récompensée. J’apprends donc avec ravissement, grâce au camarade David Desgouilles, que l’autrice de ce manifeste, Caroline de Haas, fait partie du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem1. Pour les distraits, Caroline de Haas dirigeait jusque-là un groupuscule appelé “Osez le Féminisme”. Outre le grand progrès que constitue la suppression de la charmante appellation “Mademoiselle”, “Osez le Féminisme” a été particulièrement en pointe sur trois fronts: le partage des tâches ménagères, le lynchage de DSK et la réhabilitation du clitoris. Comme il est peu probable que le prochain parlement vote une “loi clito” et que la justice et les médias se débrouillent très bien pour imputer à DSK les crimes les plus abominables, il faut s’attendre à ce que nos députés votent très vite une “loi plumeau” assortie de peines-planchers pour les mâles un peu mollassons du balai. Chers amis hommes, il ne faudra pas en vouloir au Président. Tenir tête à Angela Merkel, c’est fastoche. Mais des hommes capables d’affronter une fille qui placarde des clitoris géants sur les murs de nos villes, moi je n’en connais pas. »

Il reste donc, et nous le savions, outre les imitateurs Cantelou-Gerra-Guidoni, l’éternel méchant Eric Zemmour, les mal-pensants Rioufol, Brunet ou Ménard, quelques trop rares autres journalistes, comme Patrick Besson ou Elisabeth Levy, capables de braver les pires tabous, et de ricaner quand l’ensemble de leurs confrères se prosternent de manière indécente devant le nouveau pouvoir, sa parité, sa diversité et son président normal. Ils sont très gaulois, très rebelles, dans leur manière de ridiculiser nos nouveux princes, et leur politiquement correct insupportable. Ce sont nos derniers « fromages qui puent » dans un univers médiatique de plus en plus aseptisé. Comme la nouvelle première dame de France est elle-même toujours journaliste à Paris-Match – il parait qu’il n’y a pas de conflit d’intérêt – je ne doute pas qu’elle veillera à ce qu’ils puissent continuer à exercer leur profession sans avoir à subir la moindre pression de leurs employeurs ou du pouvoir…

Jeanne Bourdillon

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