1

Patriotes, le péril n’est pas juif !

Certes le tweet de Gérard Filoche a des relents d’antisémitisme indéniables. Mais  Filoche n’a pas inventé l’eau tiède. Pour preuve, en se rendant dans les locaux de la chaîne israélienne i24 News, où il allait se faire étriller par Anna Cabana, il croyait se trouver chez France 24 !

Certes aussi, l’extrême gauche, sous couvert de défendre la cause palestinienne, compte dans ses rangs des antisémites de compétition, mais ce serait un peu trop facile de regarder l’assiette du voisin sans jeter un œil dans la nôtre.

D’emblée, j’expédie le communautarisme juif, incarné récemment – une fois de plus ! – par Bernard-Henri Lévy, lequel a cru bon de venir au secours du journaliste Frédéric Haziza, accusé de harcèlement – comme il l’avait fait pour Roman Polanski et Dominique Strauss-Kahn – en twittant : « Qui nous fera croire qu’Haziza est le Weinstein français ? Et comment mettre un signe égal entre ce qui lui est reproché et ce dont on accuse Ramadan ? »

Pour la première question, la réponse est évidente : Haziza est un petit joueur à côté de Weinstein ! S’agissant de la seconde question, faites excuse monsieur, c’est, d’après les éléments à disposition du public, du même acabit !

Il y a bien un communautarisme juif, mais il n’est pas le seul. Je fais moi-même preuve d’un communautarisme identitaire spécifique – certains me le reprochent assez ! –, mais je sais, comme des juifs le font à propos d’autres juifs, dénoncer mes brebis galeuses, à condition qu’on ne leur jette pas toutes les pierres du panier. Oui, il y a des prêtres pédophiles, qui doivent répondre de leurs actes, mais ni plus ni moins que les autres pédophiles. Oui, il y a des juifs criminels, mais tous les juifs ne le sont pas. C’est dit !

Cependant, l’honnêteté oblige à dire que l’antisémitisme, pour autant qu’il est particulièrement virulent parmi les musulmans et l’ultra-gauche, existe bel et bien dans nos rangs. Et c’est avec découragement qu’il m’arrive de lire les commentaires de  mes articles, sur Riposte laïque et Boulevard Voltaire, qui regorgent de poncifs antisémites.

Mais, sans évoquer la moindre notion morale, à quoi sert l’antisémitisme ? À se défouler de ses propres frustrations ? Franchement, peut-on croire un instant que les juifs dominent le monde ou seraient responsables de toutes les calamités sur Terre ? Prenons un exemple, le faussement sympathique Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski.

Pour rappel, « Trotski, devenu commissaire à la Guerre, révèle ses talents d’organisateur à la tête de l’Armée rouge. Il réussit à amalgamer officiers soviétiques et jeunes volontaires révolutionnaires et mène sans pitié la lutte contre les opposants de tous les bords.

Partisan d’une répression à outrance de toute forme d’opposition au régime communiste, il institutionnalise la terreur et lui-même fait fusiller suspects et opposants sans s’embarrasser d’arguties juridiques. »

(https://www.herodote.net/Leon_Trotski_1879_1940_-synthese-234.php)

Trotski était juif, mais est-ce au nom de son judaïsme qu’il a jonché le sol russe de cadavres aux côtés de Lénine, qui n’était, sauf erreur, pas juif ?

Prenons le problème à l’envers : est-ce malgré leur judaïsme que Stefan Zweig, Franz Kafka ou Marcel Proust – le nom de jeune fille de sa mère était Jeanne Weil – ont écrit des œuvres aussi exceptionnelles et résolument ancrées dans la culture européenne ? Allons plus loin encore, l’un des pères d’Astérix, René Goscinny, était juif. Y aurait-il des messages talmudiques insidieusement distillés chez nos Gaulois préférés ?

Il y en a, hélas, qui prennent pour argent comptant le torchon fabriqué par la police politique impériale russe : Les Protocoles des Sages de Sion. Et ça, c’est une réalité. Désolé, les gars, le péril n’est pas juif, et le péril déteste les juifs, entre autres !

Les juifs ont-ils leur part de responsabilité ? On pourrait penser que oui si on regarde du côté de leur communautarisme parfois excessif, et cependant pas meurtrier, contrairement à d’autres communautarismes.

Mais avouons qu’ils ont des raisons de se méfier, lorsque l’on voit de prétendus patriotes, sur Internet, haranguer les masses virtuelles contre le péril juif, qui serait pire que l’islam. Je ne sache pas que les « déséquilibrés » assassinant à tour de bras les Occidentaux hurlent « Moïse est grand ! » en commettant leurs crimes !

De leur côté, certains intellectuels juifs forcent effectivement le trait en considérant que toute critique d’Israël relève de facto de l’antisémitisme. Lors de la deuxième guerre du Liban en 2006 – provoquée par le Hezbollah, faut-il le dire ! –, je considère pour ma part que la réaction d’Israël contre ce pays a été disproportionnée, bombardant les populations sans discernement et détruisant de nombreuses infrastructures vitales pour l’économie libanaise, et absolument pas stratégiques. Pour autant, je ne nie pas la souveraineté d’Israël, comme je ne nie pas celle des États-Unis qui, avec la guerre d’Irak, ont causé nettement plus de dégâts et enfanté le monstre Daech, dont nous subissons le souffle fétide chez nous à présent.

L’antisémitisme réel – pas celui fantasmé, qui l’a nourri abondamment au passage ! – n’a pas sa place dans le combat patriotique que nous menons. Les juifs ne sont en aucun cas un problème. Ils sont une composante de notre nation que nous devons intégrer, à moins de vouloir singer nos ennemis mortels, ce qui ne nous servira pas, car nous demeurerons des mécréants à leurs yeux.

Enfin, cet article me vaudra sans doute récriminations et injures, qu’importe je devais l’écrire.

Charles Demassieux