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Patriotes, sortons du gauchisme mental

Le camp national a certes gagné le combat des idées, mais il connaît une cuisante défaite sur le terrain culturel et politique, cantonné au simple rôle d’opposant factice et de repoussoir électoral. Certains s’en accommodent : ils ont la gueulante facile et savent au fond d’eux qu’arrivés au  pouvoir, ils ne seraient pas meilleurs que ceux qu’ils dénoncent. « Le pouvoir ? Que Dieu nous en garde ! » répétait souvent Jean-Marie Le Pen…

D’autres refusent ce rôle de braillards et voudraient réellement prendre le pouvoir pour (disent-ils) « changer les choses ». Ils s’étonnent dès lors que, nonobstant la décrépitude de la gauche, la droitisation des esprits et un contexte plus que favorable, leurs idées soient à la traîne et peinent à séduire le peuple.

Parmi les nombreuses embûches qui obstruent la voie élyséenne, on cite pêle-mêle : les médias, les lobbys, l’intelligentsia, le système électoral, la propagande, la finance, l’oligarchie, etc. Chacun de ces éléments concourt sans doute à priver les patriotes du pouvoir. Mais ce qui plombe réellement le camp national, c’est… lui-même.

Le nationalisme français souffre, depuis ses débuts dans les années 1880, d’un mal qui le ronge et lui ôte toute crédibilité, tout avenir politique sérieux : le gauchisme mental. Si pour le camarade Lénine, le gauchisme était « la maladie infantile du communisme », il est, un siècle plus tard, une maladie sénile du nationalisme. Le nationalisme est au XXIe siècle ce que le communisme fut au siècle précédent : un éternel épouvantail que l’on agite, que l’on utilise, que l’on combat (sans jamais l’achever) mais auquel on donne l’illusion qu’il pèse lourd et peut « renverser la table ». Au final, chacun y trouve son compte.

En effet, même la droite la plus radicale verse dans le gauchisme mental. Par ce terme, entendons non pas la gauche sur l’échiquier politique (qui a toute sa place dans le combat patriotique – par essence transpartisan) mais un certain nombre d’attitudes et de réflexes pavloviens que les patriotes dénoncent chez leurs adversaires et dont ils sont hélas les premiers thuriféraires. Pour un patriotisme crédible, apaisé et d’avant-garde, il est impératif d’identifier ces travers et de s’en départir.

Le pire des fléaux est sans doute la division. Comme les communistes des années 70-80, le camp national est fracturé en quantité de groupuscules, de mouvances et de clubs qui se font mutuellement une guéguerre des plus viles. « Mettez deux communistes ensemble, ils feront une tendance. Mettez-en trois, l’un d’eux fera une scission« . Cette blague s’applique parfaitement aux patriotes. Du royalisme au philippisme, en passant par le gaullisme, l’identitarisme et le national-paganisme, le camp national est plus morcelé que jamais. Il est salutaire que chacun développe son analyse et propose son propre angle de réflexion. Il n’y a pas de mauvais patriotisme, tous les avis sont bienvenus et méritent d’être étudiés. La chose devient plus problématique quand ces mouvances, au lieu de s’unir, se combattent entre elles. La division est donc le symptôme le plus grave du gauchisme mental.

Vient ensuite l’incapacité à se remettre en question. Le gauchiste, à court d’argument, conclut par un tonitruant « facho ! » pour couper court au débat. Le natio, lui, crie au bobo dès qu’un désaccord surgit, dès qu’un contradicteur le met face à ses incohérences ou dès qu’il juge son interlocuteur « trop mou » (entendez par là : quelqu’un qui est contre le port d’arme et la peine capitale). « Bobo » contre « Facho », donc… Un duel plus burlesque qu’épique, les deux adversaires ayant plus en commun qu’ils ne sauraient l’imaginer. A l’instar de la gauche qui se fracasse souvent sur les récifs du réel, les patriotes sont hélas incapables de voir la réalité au-delà de leur prisme idéologique. Le manichéisme dénoncé chez l’adversaire n’est que le pendant de leur propre manichéisme. On a pu le constater dans l’acharnement dont certains ont fait preuve envers Me Dupond-Moretti. Les mêmes seront pourtant heureux d’avoir un avocat de cette trempe s’ils se retrouvent au prétoire pour avoir contesté la réalité d’un génocide ou frappé un élu de la République… Le manque de réciprocité et d’impartialité est un des traits les plus caractéristiques du gauchisme mental.

Citons aussi le discours antisystème. Dans un monde relativiste, individualiste, globaliste, consumériste et sans âme, il est évident qu’un patriote digne de ce nom est contre le Système. Faut-il encore que cette opposition soit mesurée et non pavlovienne, sous peine de tomber dans les travers de ceux-là mêmes qu’on prétend combattre. Il suffit qu’un journaliste ou une personnalité « en vue » dise quelque chose, pour que la patriosphère crie au « fake news » et clame le contraire… Vaccins, retraite, sondages, sécurité, météo, tous les sujets y passent : « ils nous mentent, ma bonne dame… » Là encore, on est face à un sectarisme digne des gauchistes les plus obtus. Pour eux, il vaut mieux avoir tort contre un patriote que d’avoir raison avec lui. Pour nous, c’est le contraire. Dans les deux cas, l’émotionnel sort gagnant : la Raison est aux abonnés absents.

L’émotionnel est justement un des traits que je tenais à citer ici. S’il est normal d’être passionné, il l’est moins de devenir hystérique et indigne. Par exemple, je ne saurais vous dire ma tristesse et mon dégoût lorsque je lis : « Cinquante migrants se sont noyés en mer, chouette! Sabrons le champagne ! » ou (lorsqu’une personne de gauche décède) : « Qu’il brûle en enfer, pet à son âme!« … Ces paroles, expression d’une colère certes explicable, sont d’autant plus abjectes quand elles émanent de personnes qui se disent défenseurs des valeurs chevaleresques et se prétendent chrétiens ou païens. Celui qui se réjouit de la mort de Pierre Bergé sera le premier à s’outrer des commentaires euphoriques des gauchistes lorsqu’il sera question de Jean-Marie Le Pen ou d’une autre « figure » nationaliste. Leur maxime est : « Les gauchistes nous méprisent, alors méprisons-les ». Or, ce n’est pas par la bassesse qu’on vainc la bassesse mais par la grandeur. En outre, de tels propos orduriers discréditent le mouvement national et le font passer pour un ramassis de haineux sans cœur et vulgaires.

Enfin, on ne peut évoquer le gauchisme mental sans parler de la « culture de contestation » qui en est le ciment. A l’instar des ados anars qui dénoncent tout (« résister c’est exister ») mais sont incapables de proposer quoi que ce soit, certains patriotes se murent dans une posture d’arrière-garde consistant uniquement et exclusivement à vilipender : immigration, chômage, insécurité, islam, niveau de vie, mensonges médiatiques, mondialisation, etc. Que diable proposent-ils ? Rien. Ce néant intellectuel a été étalé au grand jour lors du débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Quoi qu’on en pense, ce dernier est dans une culture de gouvernement, d’innovation, de proposition, quand sa malheureuse adversaire se mure dans une bulle d’où elle se contente de lancer des anathèmes. Les nationalistes n’ont visiblement tiré aucune leçon de cette déculottée électorale.

« A lutter avec les armes de ton ennemi, tu deviendras comme  lui« , disait Friedrich Nietzsche. Avis aux patriotes qui tombent dans cette plaie de l’esprit qu’est le gauchisme mental, nullement exclusif à la gauche politique. Pour devenir une force d’avant-garde, le camp national doit passer de la division à l’unité, de l’émotion à la Raison, de l’hystérie à l’apaisement, d’une culture de contestation à une culture de gouvernement.

Nicolas Kirkitadze