Peines de probation : l’ahurissante fuite en avant de Taubira et du gouvernement

Publié le 2 septembre 2013 - par - 1 800 vues
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Ainsi donc, le chœur de l’exécutif joue désormais collectif. Même le vilain petit canard Manuel Valls qui avait pourtant critiqué en long et en large dans une lettre à François Hollande les projets fous de sa consœur Christiane Taubira s’en fait désormais le meilleur avocat. Chaque ministre doit maintenant marteler sur les ondes le fait que la prison favorise la récidive, et donc qu’il faut vider les prisons et ne plus y envoyer les délinquants pour lutter contre la récidive.

Pour faire passer ses réformes, la Garde des Sceaux s’appuie sur un certain nombre de rapports. En particulier celui-ci, qui date de mai 2011 et qui est intitulé « Les risques de récidive des sortants de prison » :

http://www.justice.gouv.fr/art_pix/cahierd%27etude36.pdf

Nous avons là (seulement) 6 pages truffées de tableaux et de chiffres, à partir d’un échantillon de « détenus libérés » très partiel… et datant de 2002… Il est difficile d’en tirer un résumé simple et convaincant, mais en gros les auteurs concluent que les détenus en libération conditionnelle récidivent moins que ceux qui purgent leur peine jusqu’au bout.

Ri7taubira vengeresseFaut-il donc penser que la prison est criminogène, et conclure que la faire éviter à tous les délinquants les feraient moins récidiver ? Ce raisonnement simpliste de Christiane Taubira est mis en pièce par plusieurs réserves exprimées dans la conclusion du rapport :

« En conclusion, si pour l’essentiel les liens observés séparément entre les différents facteurs et les taux de récidive sont maintenus, la diminution de ces taux avec la durée de la peine initiale n’apparaît plus clairement avec l’analyse multifactorielle. L’effet de l’aménagement de la peine à la sortie est quant à lui bien confirmé. Mais ces résultats n’indiquent pas forcément un lien de causalité. Si le suivi à la libération a probablement des effets en lui-même, la sélection des libérés (par eux-mêmes ou par l’autorité judiciaire) a des conséquences qui ne sont pas épuisées par le contrôle des facteurs renseignés dans l’enquête. Il est normal de penser que cette sélection favorise, toutes choses égales par ailleurs, ceux dont le risque de récidive est évalué au plus bas – par exemple, les personnes ayant fait preuve de bons comportements en détention, ou ayant un projet particulièrement solide de réinsertion, éléments que nous n’observons pas dans ces données. »

C’est la logique même : si les juges d’application des peines relâchent un détenu avant la fin de sa peine (outre les remises de peine automatiques), c’est parce qu’ils estiment qu’il pourra se réinsérer, donc qu’il est moins dangereux pour la société que ceux qui doivent rester sous les verrous. Là est la véritable causalité, et non dans le fait que la libération conditionnelle serait en soi le facteur de la non-récidive ou que la peine exécutée jusqu’au bout serait celui de la récidive.

En confondant corrélation et causalité, la Garde des Sceaux commet une arnaque scientifique, et d’ailleurs comme le dit la conclusion du rapport, l’« analyse multifactorielle » dément la conclusion qu’elle en tire.

A cela, le rapport ajoute que les gens en libération conditionnelle bénéficient d’un suivi, contrairement à ceux qui sont en « sortie sèche », et que cela « a probablement des effets en lui-même ». Et encore, ce suivi présente hélas déjà des lacunes comme le montrent certains faits tragiques récents. Qu’en sera-t-il quand 98% des délinquants condamnés éviteront la prison ? Non seulement on ne disposera pas du personnel nécessaire à leur suivi, mais on laissera en liberté – ou on relâchera – des gens potentiellement bien plus dangereux que ceux qui se sont bien conduits en prison et qui ont un projet sérieux de réinsertion. ContraitePénale

Il y a un autre biais énorme dans toutes ces « études » : on fait courir les délais de récidive à partir de la sortie de prison. Logique ? Pas tant que ça…

En effet, la prison sert non seulement à punir les délinquants, mais également à protéger la société, les victimes potentielles, vous et moi… contre la récidive. Par définition, une personne sous les verrous ne viendra pas vous voler, vous agresser, vous violer, vous tuer. Il faudrait donc inclure dans ces « statistiques » les crimes et délits que le récidiviste potentiel n’a pas pu commettre pendant qu’il était privé de liberté. Et là, il n’est plus du tout sûr que la corrélation que Christiane Taubira transforme en causalité soit démontrée.

Un autre point absurde dans les réformes envisagées : on remet les compteurs à zéro à chaque récidive. Très concrètement, si par exemple une racaille prend six mois de prison avec sursis pour avoir tabassé un policier, hé bien s’il recommence, elle ne « risquera » pas plus. Non seulement on supprime les peines plancher, mais les récidivistes bénéficieront des mêmes mansuétudes (sursis, remise de peine, etc.) que les primo-délinquants.

En démolissant ainsi la notion même de récidive, c’est sûr qu’on va lutter contre la récidive… Tant qu’on y est, pourquoi ne pas expurger le code pénal de toute notion de délit ? Comme ça Manuel Valls pourra être sûr que la délinquance baissera !

Donc à mon avis, c’est bien le bon sens populaire des Français qui a raison contre toutes les arguties de la Garde des Sceaux et de ses collègues : pour lutter contre la récidive, il faut que la peine encourue à chaque récidive aille crescendo, il faut que les multi-délinquants sachent qu’ils risquent d’aller à l’ombre pour de vrai et pour un bon moment.

J’en suis toujours à me demander par quelle aberration idéologique Christiane Taubira arrive à des conclusions erronées et contraires à toute logique, mais encore plus pourquoi ni le ministre de l’Intérieur, ni le Premier ministre ni le Président de la République n’arrivent pas à recadrer ces dérives. Il y va tout de même de la sécurité des Français. Et je n’ose même pas penser aux victimes qui verront leurs voleurs, leurs agresseurs, leurs violeurs, leurs meurtriers en liberté. C’est tout simplement ahurissant.

Djamila GERARD

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