Pena Ruiz et Charlie Hebdo : même combat

Publié le 19 janvier 2015 - par
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pena-ruizVendredi 18 janvier, lors de l’émission « C à dire », de 17 h 30 à 17 h 45, le journaliste de service s’est entretenu avec M. Pena-Ruiz, expert en laïcité et en humanisme athée, au sujet de Charlie Hebdo, du blasphème et surtout – cible plus importante que les islam, islamisme, charia, Coran, Mahomet, etc. qui font l’actualité à chaque seconde en France – d’une récente déclaration du Pape largement reprise par les médias du monde entier. Cette opinion (en substance : « on n’a pas le droit d’insulter les croyances d’autrui »), exprimée devant des journalistes « à micro ouvert » et non pas lors d’une cérémonie « urbi et orbi » ou dans une « bulle » argumentée, n’a rien d’étonnant, venant du responsable de l’Eglise catholique. On ne peut pas imaginer qu’il puisse avoir une autre opinion.

Cette opinion, comme toute opinion, peut ou doit être examinée. C’est ce qu’a fait, avec quelques critiques raisonnées, M. Pena-Ruiz. Le premier de ses arguments a consisté à distinguer les attaques contre les personnes (en fonction de leurs croyances, de leur origine, de la couleur de leur peau, etc.) des attaques contre les croyances. Les premières sont des délits, que la loi réprime ; les secondes relèvent d’un des droits fondamentaux de l’homme : la libre communication des opinions. Cette bonne nouvelle n’est pas près d’arriver aux oreilles de Mme Taubira et de MM. Hollande, Valls, Cazeneuve, Mélenchon, etc. dont les magistrats camarades aux ordres ne cessent de poursuivre en justice tous ceux qui, écrivains, journalistes, citoyens (Mme Tasin, MM Houellebecq, Camus, Cassen, Vidal, etc.), ont osé critiquer une croyance (vous avez deviné laquelle). Pour M. Pena-Ruiz, ce droit est au fondement du débat démocratique, ce qui veut dire que les centaines de citoyens poursuivis pour crime de lèse-croyance n’ont pas voix au chapitre. Certes, mais pour qu’il y ait débat démocratique, les libertés d’examen, de conscience, d’expression, même rognées, ne suffisent pas ; il faut un « démos » (c’est-à-dire un peuple) et que, de ce « démos », puisse émaner un « cratos » (un pouvoir). Il n’est pas sûr que ces deux conditions soient remplies en France, mais M. Pena-Ruiz n’en a cure. Pour lui, il est facile de distinguer la personne des croyances qu’elle professe. Sur le papier, Jean de Florette multiplie les lapins à l’infini : un crayon, et au bout d’un an, il est, sur les collines qui dominent Aubagne (13), à la tête d’un élevage de centaines de milliers de lapins. Le « philosophe » Pena-Ruiz va aussi vite en besogne que l’apprenti en cuniculture. Il ne pose pas la question de la personne et de ce qui la définit. Une personne ne se ramène pas à un corps, ni à une date ou un lieu de naissance. Elle se définit aussi par ses pensées, ses opinions, son intimité, son for intérieur, sa sensibilité et tout cela est en elle, dans le cœur ou dans le cerveau. Comment les séparer ? En coupant les têtes ? M. Pena-Ruiz aurait pu montrer que l’opinion exprimée par le Pape relève de la pensée magique ou primitive (et non de la raison raisonnante), puisque cette pensée ne fait pas de différence entre la personne et ses attributs, ses totems, sa lignée, ses fétiches, les esprits, les croyances, etc. Le fait est que la quasi-totalité de l’humanité pense ainsi et que n’échappe à cette croyance qu’une faible minorité d’hurluberlus, dont la plupart sont établis en France.

Le second argument de M. Pena-Ruiz se rapporte à Charlie Hebdo, dont il défend la liberté et le droit à la satire. A juste titre. Indéniablement, Charlie Hebdo a pour cibles les croyances, les religions, la foi, dont il se gausse, qu’il ridiculise et qu’il « néantise ». Il attaque les croyances, principalement le catholicisme, l’islam, qui fait peser sur la liberté du monde et sur le destin de l’humanité de bien plus graves menaces, étant à peine égratigné. M. Pena-Ruiz aurait dû, s’il se donnait pour ambition de penser le réel, critiquer la complaisance de ce « journal » envers l’islam. Il ne l’a pas fait. Sa défense de Charlie Hebdo a reposé sur la distinction entre les personnes et les croyances. Charlie Hebdo n’attaquerait pas les personnes et n’aurait jamais attaqué qui que ce soit en fonction de ses croyances, origine, couleur de peau, etc. Ah bon ! Ou bien M. Pena-Ruiz n’a jamais lu un numéro de Charlie Hebdo, ou bien il ne sait plus qu’il se prénomme Henri et a perdu la mémoire. Pendant plus de quarante ans, les « humoristes », « caricaturistes », « journalistes » d’Hara-kiri Hebdo, puis de Charlie Hebdo, « journal bête et méchant », ont systématiquement pris pour cibles les personnes, qu’elles fussent malades ou bien portantes, riches ou pauvres, puissantes ou faibles, mortes ou vivantes. Au milieu de l’année 1973, Georges Pompidou, alors Président de la République, est tombé malade. Peut-être aurait-il dû démissionner ? Il estimait que sa maladie ne l’empêchait pas d’exercer ses fonctions. Il est mort le 2 avril 1974. Deux mois auparavant, Charlie Hebdo titrait « Encore un mois, et Pompidou passera l’hiver ». Deux jours avant qu’il ne meure, ce fut « La santé du Président, on s’en fout ». Cinq jours après, la couverture représentait Georges Pompidou, le visage déformé par la maladie et barré en rouge, avec la légende « Plus jamais ça ». Où sont les attaques contre les croyances, les idées, la politique ? Nulle part. C’est la personne qui était visée, et qui plus est une personne malade et à l’agonie. Et quand survient la mort, c’est sur le cadavre encore chaud que l’on s’acharne. Le premier dessin de la page 2 du numéro 1178, daté du 14 janvier 2015, le « Charlie Hebdo d’après », tiré, dit-on, à 7 millions d’exemplaires, représente sœur Emmanuelle, décédée en 2008, en vieille femme laide et aigrie. Le dessinateur lui fait dire : « Ici-bas je me masturbais. Au Paradis, je vais sucer des queues ». Ce dessin n’attaque pas une croyance, mais une femme décédée, dont les crimes ont été de professer une foi que Charlie Hebdo ne partage pas et d’avoir donné une dignité à des milliers de malheureux abandonnés de tous et victimes de pogroms. Ironiquement, on peut faire remarquer que le dessinateur a fait preuve de retenue. Il n’a pas fait dire à Emmanuelle : « Je vais enfin sucer les queues des musulmans ».

Le « philosophe » Pena-Ruiz ne se rend pas compte que sa défense de Charlie Hebdo ruine son argumentation principale (distinction entre les personnes et les croyances) et qu’il défend le principe des attaques contre les personnes, celles-là même que la loi ne réprime pas, parce que les personnes attaquées ne sont pas des musulmans. En réalité, si M. Pena-Ruiz défend Charlie Hebdo, c’est parce qu’il partage les partis pris de ce journal. Ils sont du même camp. Le « philosophe » parle à la télévision pour défendre les camarades, et non pour penser la république ou la laïcité. Au moment où il critiquait l’opinion exprimée par le Pape, des centaines de milliers de musulmans ont manifesté à Alger, au Pakistan, en Somalie, au Niger, au Mali, etc. contre la dernière couverture de Charlie Hebdo, pourtant bienveillante et complaisante envers l’islam, incendiant des bâtiments publics, brûlant des drapeaux français, saccageant des églises, menaçant la France : la routine en somme, puisqu’ils ne savent rien faire d’autre. On ne peut pas mettre ces tueries sur le même plan qu’une opinion du Pape ou, dans la guerre qui est portée sur notre sol, choisir comme seule cible une personne qui ne menace personne et n’a jamais lancé des appels au meurtre contre nous, et tout cela pour préserver les « amis » musulmans de Mélenchon.

Le maître de philosophie engagé par Monsieur Jourdain enseignait l’orthographe. C’est ce à quoi devrait s’adonner M. Pena-Ruiz. Il préserverait ainsi la philosophie.

Etienne Dolet

 

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