Pétain : Libération attaque Piaf-Treney-Guitry, mais oublie Sartre…

sartreDans une interview postée le 11 novembre sur le site Purecharts, Zaz, dont le disque intitulé « Paris » vient de paraître, a affirmé :

« A Paris, sous l’occupation, il y avait une forme de légèreté. On chantait la liberté alors qu’on ne l’était pas totalement. »

Libération y va d’un long article dans lequel la chanteuse frôle la convocation devant le tribunal de l’Inquisition morale comme n’importe quel Willy Sagnol. Mais le quotidien du politiquement correct l’absout pour l’instant puisque « quelques jours auparavant, sur le site Metronews, elle s’en prenait avec vigueur au Front national. Mais ses propos maladroits interviennent au moment où le livre du polémiste Eric Zemmour, qui défend l’imposture historique d’un maréchal Pétain sauveur de juifs, caracole en tête des ventes », écrit le plumitif de service.

Zemmour, toujours Zemmour.

Et le journaleux de rappeler le passé de cette insoutenable légèreté de l’être sous l’occupation :

« La légèreté, c’est ce qui fut reproché, à la Libération, aux artistes qui avaient continué à travailler dans le Paris occupé. Ceux qui, comme Edith Piaf, Charles Trénet, Léo Marjane et bien d’autres, ont chanté devant des parterres d’uniformes vert-de-gris. Des auteurs dramatiques comme Sacha Guitry qui, les soirs de première, accueillaient avec effusion des amis des lettres dont la poitrine s’ornait d’une croix de fer. Les procès de l’épuration en accablèrent certains et en épargnèrent d’autres, mais la majorité de ces artistes dut répondre devant la justice de cette “ légèreté ” rebaptisée “ intelligence avec l’ennemi ”. »

Je ne suis pas un fan de Zaz. Je suis incapable de citer le titre d’une de ses chansons. Mais l’article de Libération est presque comique dans son oubli de mettre dans le même sac que Trénet et Piaf, son fondateur, Jean-Paul Sartre.

Rappelons au journal des bobos parisiens le « Jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’occupation allemande » de son philosophe chéri.

Rappelons au papier qui tache les doigts qu’en 1943, la pièce « Les Mouches » fut jouée au théâtre de la Cité et, en 1944, « Huis clos » au Vieux-Colombier devant des parterres d’uniformes vert-de-gris à croix de fer.

Certes, après guerre, les contorsions mentales des thuriféraires de l’ennemi d’Albert Camus firent de la phrase sartrienne la capacité de la conscience à prendre ses distances avec le monde extérieur comme avec soi-même. Dans la ligne du Maître des contingences, ils dirent que la pensée permettait à l’homme de s’arracher à son contexte et donc à l’oppression. Selon ces ramollis du ciboulot, on peut ainsi être libre dans un camp de concentration, en prison ou au moment d’être égorgé par un islamiste. Pour eux, la liberté ne dépend pas de la situation dans laquelle se trouve l’homme pensant, mais est toujours en situation.

C’est certainement pour cette raison que Sartre prit sans vergogne, au lycée Condorcet, le poste du professeur de philosophie Henri Dreyfus-Lefoyer, mis à la retraite forcée par les lois antisémites de Vichy.

Marcus Graven

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