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Petit catéchisme progressiste : ton prochain tu inclusionneras

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Le devoir d’inclusion :

L’inclusion, voilà peut-être le maître mot de l’idéologie que nos maîtres à penser progressistes, et tous leurs zélés sectateurs sévissant dans les médias officiels, veulent aujourd’hui nous imposer. Éric Zemmour vient d’ailleurs de l’éprouver à ses dépens quand il a eu l’outrecuidance de vouloir partager les résultats de sa réflexion sur les modalités d’accueil des enfants handicapés dans l’école (une question délicate, complexe, et qui mérite certainement mieux que des réponses univoques et à l’emporte-pièce) et qu’il s’est vu aussitôt accusé par le chœur des bien-pensants de tous les bords politiques, de Macron à Le Pen, en passant par Pécresse, Mélenchon et Hidalgo, de n’être rien d’autre qu’un vil et méchant « exclusionneur », dépourvu de toute capacité d’empathie envers autrui !

Si l’on y regarde d’un peu plus près, si l’on observe de quelle façon ce concept d’inclusion a été forgé, c’est bien de son antonyme, l’exclusion, qu’il faut partir. Au commencement donc était l’exclusion. L’exclusion que l’on nous présente comme le péché majeur, le mal suprême de notre époque. Sur tous les plans et dans tous les domaines : social, politique, racial, sexuel, linguistique, etc. On commence par « discriminer », c’est-à-dire par regarder et traiter quelqu’un d’une façon différente des autres, sous prétexte que ce quelqu’un est noir, juif, arabe, femme, étranger, pauvre, homosexuel, transsexuel, vieux, jeune, pauvre, handicapé, délinquant (et même criminel) ; parfois on va même jusqu’à les « stigmatiser », c’est-à-dire à les marquer, tous ces quelqu’un, comme avec un fer rouge (ainsi qu’on le faisait au Moyen-Age) ou comme avec une étoile jaune (ainsi qu’on la fait il n’y a pas si longtemps sous l’occupation allemande), les stigmatiser par des façons de parler ou des dispositions légales qui les humilient et les placent dans une situation d’infériorité manifeste par rapport au reste de la société. Comme c’est vilain ! N’est-il pas alors légitime de réagir à toutes ces abominations ?

Il faut donc être inclusif. Pour nommer ceux que jusqu’alors on appelait invertis, bougres ou sodomites, on fabrique le mot « homosexuel ». Cela remonte déjà à une période assez lointaine puisque le mot, si je me souviens bien, a été forgé (d’ailleurs bien mal puisqu’il associe une racine grecque à une racine latine) en 1905 ! Dans la foulée, en 1906 sauf erreur, on va inventer, sur le même modèle, le mot « hétérosexuel » et ainsi les gens relevant d’une sexualité « normale » ou ordinaire vont, à leur tour, se retrouver eux aussi étiquetés comme des spécimens. Aujourd’hui, on a fait mieux : on est allé chercher aux Etats-Unis le mot « gay », lequel présente mieux et sonne bien plus chic… Et, nous autres, on commence, non sans quelque mépris, à nous appeler des « cisgenres » !

Il faut être inclusif. Les personnes venues de régions extra européennes et qui, arrivant chez nous, se retrouvent brutalement projetées au milieu d’une majorité de gens à la peau blanche (des « faces de craie » comme certaines d’entre elles nous appellent aimablement) souffrent de se sentir regardés comme des « pas comme les autres ». Ces « minorités visibles » (minoritaires, année après année, ils le sont pourtant de moins en moins, tandis que, visibles, ils le sont de plus en plus !), il convient donc de leur venir en aide, de prendre des mesures pour palier à l’inconfort cruel qu’il leur faut, les malheureux, quotidiennement endurer en France. Alors on réclame pour eux un plus large accès aux écrans de télévision et de cinéma, aux affiches et aux annonces publicitaires. Il y faut moins de blancs, plus de « racisés ». Et les annonceurs, avec célérité, d’emboîter le pas. On ne peut plus aujourd’hui voir une réclame destinée à promouvoir tel ou tel aliment prêt à consommer, tel ou tel instrument ménager indispensable, sans qu’on ne nous mette en scène une sympathique petite famille, baignant dans la joie et la bonne humeur, avec des enfants bronzés, une maman toute blanche et un papa tout noir…

On a même vu récemment des activistes s’insurger avec véhémence contre le fait que le corps de ballet de l’Opéra ne fasse pas une plus grande place à ce que l’on appelle aujourd’hui la « diversité ». Selon d’autres, c’est dans les orchestres de musique classique (pas dans les équipes de football bien sûr !), qu’il serait urgent de mettre en œuvre des recrutements non plus basés sur une compétence musicale reconnue mais obéissant prioritairement aux impératifs de la « discrimination positive ». Toujours afin d’inclure de prétendus exclus.

Il faut bien sûr être aussi inclusif à l’école. Le pauvre Blanquer, qui a pourtant déjà bien du tracas, bien des soucis, avec la gestion des établissements scolaires en période d’épidémie, avec l’effondrement continu du niveau des élèves, avec la violence et le désordre qui se généralisent, vient de se saisir d’une nouvelle mission impérieuse : favoriser, au nom de l’inclusion, l’accueil des enfants en « transition de genre » (c’est-à-dire, pour parler clairement, qui veulent changer de sexe !). Pour cela, il s’est senti obligé (à moins qu’il n’ait dû obéir à une injonction venue de Macron lui-même) d’adresser aux enseignants et aux divers personnels d’encadrement des collèges et des lycées une circulaire intitulée « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire ».

Ce texte, commence par affirmer que « la non-congruence entre le genre de naissance et le genre vécu ne constitue ni un trouble psychiatrique ni une pathologie ». Ben voyons ! Puis il somme les professeurs de faire preuve « d’une écoute attentive et bienveillante permettant de respecter le libre choix de l’élève » en matière de genre. Si l’élève veut changer de prénom, il faut que « l’établissement scolaire substitue le prénom d’usage, de manière cohérente et simultanée dans tous les documents qui relèvent de l’organisation interne ». Tout cela doit se faire à l’insu des parents. S’ils reçoivent des confidences, il est écrit en effet que les enseignants doivent veiller au « respect du principe de confidentialité », quitte à se garder « d’une communication avec les représentants légaux ». Comme dit Zemmour, encourager ainsi des enfants et des adolescents, sous prétexte qu’ils se trouvent mal dans leur peau ou parce qu’ils sont influencés par la propagande ou même seulement pour suivre la mode, à s’engager dans une transition qui impliquera des transformations physiologiques irréversibles pour leurs corps, c’est criminel, c’est du Josef Mengele !

Je passerai rapidement sur la Réforme Haby, cette réforme calamiteuse qui, sous Giscard, mit en place le collège unique. La réforme Haby, c’était déjà au nom de l’égalité et de l’inclusion qu’elle avait été conçue et mise en place ; c’est toujours au nom de l’égalité et de l’inclusion que cette funeste réforme, en dépit de ses résultats catastrophiques abondamment constatés depuis par tous les observateurs sérieux, n’est toujours pas remise en cause aujourd’hui. Allez voir comment fonctionne l’école en Allemagne ou, comme je l’ai fait, en Hollande. Chez ces peuples d’attardés congénitaux, moins idéologues et plus pragmatiques que nous, pas de Réforme Haby, pas de Collège Unique ! Pourtant ils disposent, eux, d’un système de formation qui marche bien et qui, contrairement au nôtre, remplit à peu près convenablement son rôle.

Je passerai également rapidement sur le « Mariage pour tous » de Hollande et Taubira, lequel, chacun le sait, a été instauré au nom de l’inclusion des minorités sexuelles prétendument discriminées car privées de pouvoir convoler comme les autres en justes noces, alors même qu’aujourd’hui la plupart de nos concitoyens se dispensent du passage par la mairie ! « Mariage pour tous » qui fut une boite de Pandore d’où est ensuite sortie, comme c’était prévisible, la « PMA pour tous » et d’où sortira peut-être malheureusement demain la GPA (gestation pour autrui), c’est-à-dire, tout simplement, l’usine humaine avec mise en location de leurs utérus mercenaires par des malheureuses réduites au statut de pondeuses. Tout cela, toujours au nom de la sacro-sainte inclusion !

Et je m’arrêterai un instant sur l’aspect linguistique du problème. Il y a bien sûr cette saloperie d’écriture inclusive dont on tente aujourd’hui d’imposer l’usage dans bon nombre de facultés et écoles de Sciences Politiques, que l’on a vu apparaître également dans la communication de quelques municipalités à direction écolo ou socialo, comme celle que dirige la mairesse de Périgueux, la valeureuse Delphine Labails, celle qui a trouvé moyen d’exclusionner la statue de Fénelon de sa mairie sous prétexte que celui-ci n’aurait pas été assez laïque ! On sait en quoi ça consiste. Petit rappel : « L’écriture inclusive a pour but d’inclure par le biais du langage tous les genres, orientations sexuelles, ethnies, différences physiques et visions du monde. C’est une manière d’écrire qu’on pourrait qualifier de tendre car elle a pour objectif de ne laisser personne en marge de son discours et d’inclure celleux qui ont été rendu·e·s invisibles par notre société qui, malheureusement, fonctionne sur des mécanismes d’oppression. » En particulier « les personnes dites non binaires, c’est-à-dire celleux qui ne s’identifient ni comme masculin ni comme féminin. » On doit recourir au point milieu, par exemple : les chef·fe·s, on doit utiliser les pronoms « dégenrés », par exemple : iel, ielles, elleux, celleux.

Comme on le voit, ce système d’écriture est si charabiesque et si malcommode à manipuler qu’il ne parviendra pas, à mon avis, à prendre au-delà des cercles assez restreints des gauchistes fanatiques. Mais il existe aussi une inclusivité moins rebutante, plus soft, qui, elle, semble se répandre sans guère d’opposition. Vous aurez sans doute tous observé ce tic verbal qui s’est propagé comme une traînée de poudre et qu’on trouve aujourd’hui dans la bouche de tous nos hommes politiques, à commencer par celle de notre cher président. C’est celui consistant à ponctuer toutes leurs beaux discours par des « celzéceu » inclusifs, comme si se contenter de dire « ceux », comme on le disait naguère, aurait relevé d’une volonté gravement « discriminatoire » visant à l’exclusion symbolique de la moitié féminine de la population !

J’ai même vu apparaître ce ridicule souci d’inclusivité à l’église. Dans l’Acte de Contrition qu’on récite au début de la messe, on ne dit plus désormais : « Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant vous, mes frères, que j’ai péché en pensée, en parole, par action et par omission ; oui, j’ai vraiment péché. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, mes frères, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu. » A chaque fois l’apostrophe traditionnel « mes frères » étant remplacée par « frères et sœurs » ! Bientôt, sans doute, ira-t-on jusqu’à changer même les mots du Notre Père et l’on devra alors dire « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à celles-et-ceux qui nous ont offensé-e-s. » ! Est-ce que, par hasard, depuis le temps que l’Acte de Contrition et le Pater sont récités par les fidèles, les femmes se seraient senties dispensées de se plier, elles aussi, à cette invitation à prier pour les pécheurs et à pardonner les offenses ?

Comble du délire inclusif, une certaine Helena Dalli, Commissaire Européenne à l’Égalité – rien que ça ! – a présenté, le 26 octobre dernier à Bruxelles, un guide sur la communication inclusive. Elle y dispense des recommandations ahurissantes. « Notre communication ne doit jamais présumer que les personnes sont hétérosexuelles, s’identifient avec le genre attribué à leur naissance, ou s’identifient de manière binaire ». Évitez donc d’évoquer « les deux sexes » ou de débuter un discours par « mesdames et messieurs », recommande ce guide, « de manière à ne pas invisibiliser les personnes intersexes ou queers ». Même « le terme “homosexuel” peut être considéré comme offensant » parce qu’il « s’inscrit dans une optique médicale et qu’il est parfois utilisé par des militants “anti-gay” ». Pour des enquêtes requérant un titre, un genre, incluez des options non-binaires, nous enjoint-on : « féminin », « masculin », « non-binaire », « préfère ne pas dire ». Écartez aussi « l’utilisation de “M.” ou “Mme” basé uniquement sur le sexe assigné à la naissance : en cas de doute, utilisez “Mx” ». Ne demandez pas quel pronom une personne « préfère », insiste encore le document : « Cela présumerait que l’identité de genre est une préférence personnelle, ce qu’elle n’est pas. » Si Molière était encore parmi nous, ne pensez-vous pas qu’il trouverait là ample matière pour nous faire rigoler ?

Enfin, écoutons un peu – c’est très instructif – ce que disent ceux qui mènent campagne contre Zemmour. Par exemple le dénommé Thomas Legrand, que France Inter présente comme son « éditorialiste politique » et qui officie tous les matins dans l’émission de Léa Salamé et Nicolas Demorant. Voici ce que, dans son éditorial du 18 janvier, cet homme d’une partialité assumée et sans complexe, d’une intolérance tranquille, mais qui n’est pas totalement dépourvu néanmoins d’une certaine perspicacité, nous a déclaré : « Pour Zemmour, inclusion est l’un de ces mots valises à la mode, insupportables, politiquement correctes : inclusion, inclusif, comme recyclable, solidaire, le vivre-ensemble, bienveillance, à toutes les sauces. Tout doit être inclusif : la moindre manifestation, réunion, association, pot de fin d’année, même l’écriture ! C’est l’idée que personne ne doit être rejetée et que tout le monde est à peu près à sa place partout. Ce mot est honni par Éric Zemmour parce que sa banalisation signe une victoire culturelle du progressisme, de l’égalitarisme, de l’idéologie dite antiraciste et LGBT, cauchemar, fantasme, des traditionalistes et des réactionnaires. » Tu l’as dit, bouffi ! Cela est fort bien analysé !

Alors, « inclusion », une réponse magique à un mal présenté comme le mal suprême, l’exclusion. « Inclusion », un concept passe-partout et ramasse-tout, qui se décline sur tous les terrains et dans tous les domaines, qui est d’autant plus utile qu’il est plus vague et plus flou. « Inclusion », un mot qui intimide et permet de déclencher chez beaucoup d’esprits (et pas seulement les plus faibles) un réflexe quasi pavlovien de soumission aux dogmes du politiquement correct. Car, comme l’aurait dit, d’après le grand Zemmour, le grand Lénine lui-même : « Faites-leur avaler le mot, vous leur ferez avaler la chose » !

Alors, mes bien chères sœurs et mes bien chers frères, avec moi et tous ensemble, répétons en chœur : Inclusionnons ! Inclusionnons ! Inclusionnons !

Rubrique à suivre.

Prochainement : intersectionnalité, wokisme, racisme systémique, discrimination positive, parité, diversité, minorités visibles, décolonialisme, cancel culture, etc.

André Pouchet, le 31 janvier 2022