Petit désaccord avec Ivan Rioufol : les penseurs « réactionnaires de progrès » existent quand même

Publié le 19 mars 2012 - par - 608 vues
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Je viens de visionner la belle interview d’Ivan Rioufol effectué par mon camarade Pascal Hilout, et j’ai aussi lu la critique du livre, faite par Pascal. Comme à beaucoup de gens sans doute, cet entrevue m’a donné envie d’acheter le livre.

http://ripostelaique.com/ivan-rioufol-la-crise-economique-nest-rien-a-cote-de-cette-crise-du-vivre-ensemble.html

http://ripostelaique.com/de-lurgence-detre-reactionnaire-un-livre-divan-rioufol.html

Le seul point de désaccord avec Ivan Rioufol concerne le parallèle qu’il établit entre la France pré-révolutionnaire de 1788 et la France, qu’il considère aussi comme pré-révolutionnaire, de 2012. Selon M. Rioufol, la Révolution Française fut balisée intellectuellement, avant même qu’elle n’éclate, par des penseurs tels que Voltaire, Montesquieu ou encore Jean-Jacques Rousseau. Selon M. Rioufol, des penseurs de cette trempe seraient, aujourd’hui, absents, et l’éditorialiste considère alors que la vraie pensée, celle qui devrait inspirer tous ces politiques qui aujourd’hui n’écoutent plus rien, émane du peuple français, de cette espèce de majorité silencieuse qui en a assez de la scolastique officielle et des tabous qu’elle produit afin de bloquer le débat intellectuel.

Je m’inscris en faux contre ce pessimisme. Le peuple pensant existe, je suis d’accord sur ce point, et le peuple pensant doit être salué. Mais je crois que les penseurs « réactionnaires de progrès » (c’est l’expression utilisée par M. Rioufol pour désigner les intellectuels dissidents d’aujourd’hui) existent aussi, même s’ils n’ont plus forcément l’étiquette, très en vogue au XVIII° siècle, de « philosophes ». Dans mes récents articles concernant le Mrap et ses prurits judiciaires, j’ai constamment fait valoir que nous autres, dans nos milieux, nous avions, nous aussi, nos experts, nos savants, nos spécialistes : vrais penseurs, vrais philosophes, vrais sociologues, vrais criminologues, vrais écrivains, vrais démographes, vrais islamologues, etc. Il me semble que la vérité scientifique (au sens large de ce terme) existe déjà bel et bien dans ces grands travailleurs de la preuve que sont les penseurs dont nous nous inspirons. Après tout, M. Rioufol, qui déplore l’absence de pensée, démontre bien, par la publication même de son livre politiquement incorrect, que la pensée existe et qu’il est lui-même… un penseur. Moi-même, il m’arrive d’avoir la vanité de réaffirmer que je pense, et je le dis haut et fort. Et puis, il y a aussi l’existence d’une pensée collective, que la Toile et le numérique ont fait émerger de manière flagrante à notre époque. Les sites de résistance sont des penseurs collectifs. Riposte Laïque est un penseur collectif. Le penseur n’est plus forcément une personne physique, il peut être une personne morale, une sorte d’école. Dans le milieu des sciences de la matière, du reste, on ne se pose pas tant ce genre de questions : on sait bel et bien que la science est avant tout un travail d ’équipe, une « union des travailleurs de la preuve », comme le disait déjà Bachelard. Pourquoi en serait-il autrement, à notre époque, dans les sciences humaines ? Les sciences humaines, qui attendent leur révolution épistémologique, concrètement : qui attendent de renverser les vieux paradigmes multiculturalistes et angélo-invertistes de la scolastique actuelle, se déploieront elles-aussi comme union des travailleurs de la preuve, c’est-à-dire aussi grâce à des personnes morales, des êtres collectifs, qui FONT ÉCOLE contre l’École, qui diffusent le Vrai en dissidence d’avec la scolastique « capitalislamogauchiste » des décennies précédentes.

Ce qui fonde le pessimisme de M. Rioufol – et sa modestie aussi puisqu’il ne s’inclut point parmi les vrais penseurs alors qu’il mérite toute sa place en leur union –, c’est que les vrais penseurs sont toujours marginalisés à des degrés divers. Peu connus, peu lus parfois (quoique pas toujours), souvent traînés dans la boue, voire persécutés, souvent aussi des amateurs éclairés, des autodidactes qui ne touchent point les salaires confortables des universitaires et autres mandarins illettrés adoubés par le Système, ces penseurs ne sont parfaitement connus que des milieux qui font dépendre leur vie du Vrai. Ne soyez donc pas pessimiste, M. Rioufol ! Ivan Rioufol pense. Pascal Hilout pense. Pierre Cassen et Christine Tasin aussi. Nos intellectuels de référence pensent aussi. Les auteurs et contributeurs de Riposte Laïque pensent. Même moi, je le répète au risque du narcissisme, je pense. Je connais des philosophes qui touchent peut-être dix fois mon salaire, et qui sont cent fois plus connus que moi, et qui ne pensent, pour ainsi dire, rien du tout, rien d’essentiel.

Socrate, homme du peuple pensant qui inventa la philosophie, n’écrivit jamais rien, était laid, resta pauvre, et mourut condamné à mort. Pourtant on parle encore de lui de nos jours. Les « intellectuels » du Système ne passeront jamais l’épreuve dissolvante de la postérité. L’Oubli sera même proportionnel à la célébrité, à l’aisance matérielle, aux honneurs terrestres.

Jacques Philarcheïn

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