Petit retour sur l’histoire chilienne, et le rôle de l’ultra-gauche

Le Grand Soir de l’Ultra-gauche, Jean-Michel Hureau, 07-11-2019 : « Chili : comment en est-on arrivé là ? »  La situation chilienne interroge, non pas sur la situation économique, mais sur le rejet de la population de l’Ultra-gauche à l’égard des Forces Armées quant aux multiples exactions dont elles se sont rendues coupables ces dernières semaines. Mais pour comprendre, il faut se reporter au Chili marxiste de 1970.

En 1970, Salvador Allende a été élu Président de la République avec 36,6% des voix contre 35,3% à son adversaire de droite Jorge Alessandri et 28,1% au candidat du parti Démocrate-Chrétien Radomiro Tomic qui a reconnu la légitimité de la victoire d’Allende devant le Congrès. L’ordre constitutionnel était respecté de même que le scrutin démocratique malgré les pressions réelles ou imaginaires de la CIA et de Nixon.

Il s’ensuit les multiples déstabilisations du régime menées par la CIA qui amèneront au Coup d’État de Pinochet le 11 septembre 1973. Ce n’est que la deuxième fois dans l’histoire du pays depuis la déclaration d’indépendance que l’armée intervient en violant la Constitution et l’ordre démocratique. La confiance entre le peuple de l’Ultra-gauche et ses autorités est rompue et elle durera jusqu’à la fin de la dictature en 1990. Durant cette période, les privatisations, l’intervention de Milton Friedman et l’enrichissement illicite des cadres de l’armée s’est poursuivie entraînant la population vers une paupérisation chaque jour croissante. La colère gronde jusqu’aux concerts de casseroles qui ont précipité la chute de Pinochet avant le plébiscite de 1988.

Le retour de la démocratie-chrétienne avec Patricio Aylwin, qui avait soutenu le Coup d’État, rétablit un climat de confiance. Pourtant, la constitution de 1980 de Pinochet est en vigueur et les gouvernements qui se sont succédés n’ont pas pu, ou pas voulu, la modifier en profondeur et n’ont pas pris les mesures radicales qui permettaient d’améliorer considérablement la situation économique de la population. Le mécontentement demande aujourd’hui un changement constitutionnel qui mettrait un terme à l’ère Pinochet et les réformes économiques en profondeur qui consisteraient en une re-nationalisation de ressources telles que le cuivre, le lithium et l’eau, tout ceci étant passé aux mains d’intérêts privés. Ces revendications inacceptables ont reçu de la part de Piñera un accueil mitigé puisqu’il a choisi de déclarer la guerre au peuple de l’Ultra-gauche en entraînant derrière lui les carabiniers et l’armée en nommant un général au poste de ministre de la défense.

Ce qui interpelle, c’est la violence et la cruauté avec lesquelles les forces de l’ordre répriment, non seulement les manifestations de l’Ultra-gauche, mais les simples citoyens. Gaz lacrymogènes et tirs de LBD à bout portant, disparitions, viols, meurtres, vols, intimidations, incendies volontaires, manipulations de l’opinion. Les soupçons de torture au métro Baquedano et les incendies dans le métro n’ont pas pu être opérés par des manifestants de l’Ultra-gauche car ce qui sert à les démarrer est uniquement en possession des forces de l’ordre et pas dans le commerce. ??? Les incendies de l’Ultra-gauche se sont multipliés envers les pharmacies, les restaurants populaires et les petits commerces, ce qui exaspère la population. Au-delà de la répression féroce, la population peine à s’alimenter. Les prix explosent et les produits alimentaires de première nécessité comme le pain et le lait ou les fruits et légumes deviennent inabordables.

Les beaux quartiers de l’est de la capitale sont épargnés comme si l’on vivait dans un autre monde ou à une autre époque. Plutôt que d’apaiser les esprits pour chercher un retour au calme, Piñera envoie ses mercenaires cagoulés à l’assaut des manifestants de l’Ultra-gauche révolutionnaire. Le métro est fermé. Le siège de la UDI est pris d’assaut. Piñera continue de nier l’évidence et toute responsabilité au nom du maintien de l’ordre et professe des mensonges dans les médias complaisants mais personne n’est dupe.

« Piñera menteur, voleur, assassin, imposteur, démission et nouvelle constitution ! Piñera mentiroso, ladrón, asesino,impostor, dimisión y nueva constitución ! » Le Grand Soir, Jean-Michel Hureau, 07-11-2019

Ce que ce partisan de « l’Agitprop révolutionnaire », c’est-à-dire « l’agitation et la propagande » de l’Ultra-gauche au Chili, semble ou veut ignorer, c’est que la bonne santé économique du Chili sous Pinochet était très supérieure à celle de ses voisins après les terribles catastrophes marxistes provoquées par Allende.

Il est faux de dire que tout ce que l’Ultra-gauche demande, c’est que l’on critique le totalitarisme d’un point de vue démocratique. Car ce qu’elle demande, c’est qu’on ne le critique pas du tout le totalitarisme de l’Ultra-gauche révolutionnaire. L’interventionnisme économique de l’État réduit toujours les libertés politiques.

C’est pourquoi la droite chilienne s’est opposée à la centralisation du crédit entre les mains de l’État, l’arme absolue chère aux socialo-communistes révolutionnaires si proches du stalinisme nationalisateur. C’est un péril pour la démocratie et un frein pour l’économie que la concentration totale du système bancaire par un État rongé par la corruption habituelle des régimes socialo-communistes. C’est la rémanence idéologique des socialo-communistes qui fait qu’on ne croit plus au socialisme au Chili, mais l’Ultra-gauche révolutionnaire continue à salir les partisans du capitalisme comme si elle avait quelque chose de cohérent à leur opposer !

Il ne vient pas à l’esprit de l’Ultra-gauche que la société totalitaire parfaite qu’elle entend construire ne peut pas exister sans la moindre probité, ni même le respect de la vérité. Elle ne conçoit pas que la liberté d’expression est propre à la démocratie quand pour l’Ultra-gauche elle est la liberté de mentir et de tromper.

La propagande de l’Ultra-gauche pour des solutions autoritaires reste fidèle au fanatisme gauchiste qui veut que la cause révolutionnaire soit juste et qu’elle autorise des procédés injustes pour la cause ! C’est pourquoi les opposants de droite à l’Ultra-gauche sont accusés d’adopter une position critique fascisante.

De quoi s’agit-il dans cette affaire ? Croyant se débarrasser du poids de la dette extérieure par un coup d’éclat, le président Allende a voulu nationaliser les banques du pays. Les nationalisations en Amérique latine dues à des dictatures marxistes n’ont jamais redressé l’économie ni profité aux plus pauvres. Au Pérou, une dictature marxiste a procédé en onze ans à des nationalisations massives qui ont laissé à la population un cuisant souvenir, car, durant cette période, le niveau de vie a baissé de moitié, ce qui, là encore, a frappé les plus pauvres. La nationalisation des banques fut un véritable désastre pour l’économie et pour le niveau de vie des petites gens. Si l’on veut préserver une démocratie fragile, il faut se méfier de l’hypertrophie du secteur étatique, surtout en Amérique latine, où règne une tradition de corruption et où la classe politique a l’art de manipuler à son profit l’économie et de fausser les procédures démocratiques dites révolutionnaires.

Le Pérou, même ruiné par l’étatisation boulimique des marxistes, n’empêche pas la correspondante du Monde d’écrire : « Si l’État a élargi son champ d’action, ces vingt dernières années, c’est justement pour essayer de remédier à l’injuste distribution du revenu. » Mais essayer n’est pas réussir, et l’élargissement du champ d’action de l’État corrompu n’a fait qu’appauvrir davantage les plus pauvres. Au lieu d’étudier les faits et d’informer, l’auteur de l’article du Monde se borne à réciter son petit catéchisme progressiste le plus éculé.

Le général Augusto Pinochet a été parmi les meilleurs serviteurs du communisme international depuis 1973. L’importance de cette fonction se mesure à la force de la résistance qui, depuis la chute du président Salvador Allende, a rendu impossible la connaissance des événements marxistes qui ont précipité le Chili sous une dictature militaire. Elle l’a rendue inutile en réputant infâme la seule prise en considération des faits !

La virulence particulière des passions qui s’opposent à l’examen de l’affaire chilienne tient à ce que Pinochet remplissait une double fonction : cacher les causes intrinsèques de la faillite économique et politique de l’expérience socialo-communiste marxiste d’Allende et accréditer le mythe que la CIA et les États-Unis ont installé Pinochet au Chili comme l’Union soviétique avait installé Taraki en Afghanistan en 1978. Au moment du coup d’État militaire, Allende, qui s’était rendu coupable de nombreuses illégalités et qui avait contre lui la majorité des Chiliens, ne pouvait conserver le pouvoir qu’en suspendant la Constitution et en passant à un régime de type castriste, en vue duquel il avait déjà posé de nombreux jalons. S’il y parvenait, le Chili entrait dans la sphère soviétique et l’Occident ne pouvait que constater ce rétrécissement de sa sphère d’influence.

S’il échouait, l’Occident devenait coupable de sa chute. L’épreuve de force ayant tourné en faveur de l’armée chilienne, qui a pris de vitesse les groupes armés castristes, l’Occident a été accusé d’avoir assassiné la démocratie et Allende dans son combat contre le totalitarisme. Un référendum, prévu par la Constitution chilienne, aurait permis de trancher entre la majorité du peuple et les partisans illégalistes de la radicalisation qui poussaient Allende vers le castrisme. En 1972 et 1973, Allende refusa ce recours à un référendum qu’il savait devoir perdre. Lorsqu’il s’y résigna, le 10 septembre 1973, c’était trop tard, le coup d’État était en route, il eut lieu le 11. Ce n’est pas l’expérience socialo-communiste d’Allende qui est accusée d’avoir déstabilisé le Chili pour y implanter une dictature à la dévotion de l’Ultra-gauche révolutionnaire, c’est un complot de droite !

Ce mensonge tente de dissimuler les échecs du communisme par le complot de l’Occident et des États-Unis. Une dictature comme celle de Pinochet au Chili était bien plus utile à l’URSS qu’une démocratie libérale. C’était leur allié le plus précieux. Car l’ennemi principal, aux yeux des communistes, la bête noire, le mal est absolu, c’est une démocratie libérale et sociale qui fonctionne à peu près bien. D’où le jeu qu’ont eu en main les Soviétiques, en s’employant à subvertir les démocraties : s’ils y parvenaient, ils engrangeaient un satellite supplémentaire et s’ils manquaient leur coup, ils avaient créé les conditions d’une dictature de droite, qu’ensuite, pendant des années, la propagande de l’Ultra-gauche révolutionnaire jetterait sans relâche à la tête de l’Occident, avec d’autant plus de succès qu’elle serait réellement condamnable, et en affirmant que cette dictature résulterait d’une volonté délibérée et d’un plan cohérent de l’ensemble du monde libéral !

Thierry Michaud-Nérard

(adapté de Jean François Revel, La connaissance inutile et Comment les démocraties finissent)

 

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5 Commentaires

  1. Pinochet, celui qui a sauvé le Chili, qui a préservé le pays des guérillas marxistes qui ensanglantèrent l’Amérique latine des années 70 a 2000. Allende en aurait fait un second Cuba, n’en déplaise aux « progressistes » dont Allende était l’egerie!

  2. Le pays le plus blanc d’Amérique du Sud perd le nord et se noircit.

  3. Combien de rues Allende dans la capitale du Chili ? Aucune… C’était un incapable qui conduisait le
    pays à la ruine et au désordre, avec son bras armé… Pinochet.Il fût élu sur un malentendu, profitant de la désunion de la droite.
    Pinochet n’était certes pas un saint, mais il a évite au Chili le sort de la plupart des pays d’Amérique latine… voir le Venezuela, entre autres.

  4. C’est justement la propagande de l’ultra-gauche révolutionnaire qu’il faut empêcher. Et sachant qu’elle est possible dans toutes ces « démocraties libérales et sociales » (exemple concret des merdias chez nous), ce ne sont donc ni ces démocraties, ni évidemment des républiques marxistes qu’il faut, mais des vraies dictatures de droite partout.

    • Une dictature qu’elle soit de gauche ou de droite c’est une abjection pure et simple. Au début tout va bien… puis les abus, les outrances s’installent. Après c’est le peuple tout entier qui souffre. En toute chose il faut raison garder.

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