Petit tour en autrefois : le marché du Vigan

LE MARCHÉ DU VIGAN

(petit tour en autrefois)

Le marché du Vigan (en Cévennes gardoises) photo sépia non datée mais probablement venue d’un siècle en arrière. On aimerait entrer dans la photo et se trouver illuminé du même soleil, entendre l’accent du lieu et faire quelques achats de produits fermiers auprès de ces gens simples, dont on apprécie la chance paisible et rassurante de vivre dans un monde normal, autant que le suggère la vue d’ensemble.

Comme l’écrit Catherine Nay dans ses souvenirs* : « Je viens d’une enfance où l’on ne parlait pas la langue d’aujourd’hui. Tous ces mots anxiogènes : chômage, insécurité, immigration, intégration, réchauffement climatique, Internet, réseaux sociaux, portables, sida et même cancer ne faisaient pas partie de notre vocabulaire. Misère non plus… Ouverts et tolérants, nos parents nous ont immunisés contre ces deux poisons de l’âme : l’envie et la détestation d’autrui. » Cette photo est de ce monde paisible et traditionnel où l’on différencie le bien du mal, où existe une morale, où l’on respecte le travail, le bien commun et les anciens. Un monde où l’on éduque les enfants, où l’on travaille dur, où la parole des piliers de la vie ordinaire est sacrée : celle du maire, de l’instituteur, du curé, du médecin, du garde-champêtre. Il n’y a ni vandales, ni écologistes, ni envahisseurs, ni bobos venus de Paris faire la leçon de choses aux paysans façonnés par la vie cévenole. Regardons bien les détails de cette photo :

À gauche est installée une tente de bonne taille donnant son importance au marché. Vient de là une femme en chapeau et robe longue, que l’on se plaît à imaginer jeune, mince et élancée. Un enfant en blouse regarde le photographe (en ce temps-là il fallait un moment et une installation pour photographier). On aimerait voir ce que proposent les gens tournant le dos sous leurs ombrelles, au pied de l’escalier de la halle. On voudrait aussi s’asseoir avec eux sur leurs chaises en bois et paille sentant bon la cire d’abeille. Plus près de nous un homme en canotier et vêtements de velours côtelé s’intéresse au photographe tandis qu’une femme, mains sur les hanches, fait de même sans interrompre sa conversation avec une autre femme. Plus loin un homme en chapeau paysan et vêtements simples (velours côtelé aussi probablement) observe ce qui est proposé à un étal bas sur lequel se penche une femme. Un paysan est assis, occupé sans doute à quelque travail qu’il destine à une panière en osier placée devant lui. Ombrelles et chapeaux sont omniprésents. Des choses simples et de bon sens. Ici pas de lunettes de soleil, de portables, de baladeurs, de tenues excentriques. Pas de graffitis sur les murs de la halle. Rien que la vie paisible, respectueuse, économe et laborieuse.

Comme je les aime nos ancêtres ! Comme je les envie aussi… Si leur vie n’était pas facile, du moins était-elle préservée de toutes ces folies d’aujourd’hui : ces agitations vides de sens, cette contestation permanente dans une guerre de tous contre tous, ces mensonges institutionnalisés retirant toute perspective d’avenir, cet abandon de notre nation à des associations et syndicats ne représentant qu’eux-mêmes et pas la majorité, cette soumission à des entités supranationales non élues, ces revendications contre nature, cette négation de notre civilisation, cette violence systémique, cette absence de culture, de bon sens et de patriotisme, ce reniement de ce que nous sommes, de ce que furent nos ancêtres, de ce qu’ils ont édifié et nous ont légué, cette absence de projets pour la jeunesse et le futur… Ah, me voici sorti de la photo… dommage, j’étais bien avec eux, je pense que vous aussi… Si je n’ai pas la chance de voir renaître la France dans cette vie, au moins partirai-je sans regret rejoindre ces gens bienheureux imprégnés de cette sagesse d’antan dans laquelle ils ont vécu.

Daniel Pollett

* Nay Catherine, Souvenirs souvenirs… Éditions Robert Laffont, Paris, 2019, 352 pages.

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5 Commentaires

  1. Merci infiniment pour ce beau texte, c’est tout cela que je regrette de mon enfance à la campagne, n’ayant pas connu tous ces conforts de nos jours, on était heureux sans wc, salle bains etc s’occuper des animaux, des récoltes, nourriture saine. Mes 3 petits-enfants ados de 15 et 14 ans venant de Nouméa, muté en France venus passer Noêl en famille. tous les soirs durant 5 jours n’ont cessé me poser des questions : c’était comment Mamie quand tu étais petite? Oui j’ai 84 ans et je maudis ce nouveau monde. Bravo le pays des Cevennes et merci.

  2. J’avais connu Ganges, Sumènes, Le vigan, etc… Pendant environ vingt ans. Qu’il était bon d’y Pêcher, le chant des cigales, les marchés de produits locaux proposaient de vrais saucissons et pas ceux importés de nos jours. Il faisait encore si bon vivre dans les années 1980, puis cela avait commencé à se dégrader légèrement dans les années 1990 et dans les années 2000, comme partout, le paradis disparu, la violence, l’insécurité omniprésente avec le mondialisme. Cela me donne envie de pleurer, c’était tellement chouette.

  3. Quelle belle plaidoirie pour le temps d’avant. J’ai 85 ans et fortement envie d’en finir après une vie de dur labeur et un petit intermède pour aller défendre la France de Dunquerque à Tamanrasset! Elle est belle la France!

  4. L’accent du lieu et même la langue, ils ne devaient parler qu’en occitan, occitan qui devait probablement différer d’un terroir à un autre et que certains appellent péjorativement : « Patois ».
    Et pourtant, l’occitan n’est qu’un dérivé de cette langue qui se parlait dans toute la France, avant que les Francs n’arrivent.
    « Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit. »

    Serment de Strasbourg.

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