Pétition laïque : deux problèmes mineurs, et deux problèmes graves

Publié le 13 février 2008 - par - 305 vues
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« SAUVEGARDONS LA LAÏCITÉ DE NOTRE RÉPUBLIQUE »

Les organisations et personnalités signataires rappellent solennellement que, selon l’article 1er de la Constitution, la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Ces quatre termes indissociables définissent des principes qui s’imposent à tous, au premier rang desquels le Président de la République. Or, les déclarations récentes de Monsieur Sarkozy, mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, portent atteinte à la laïcité de la République.

La mise en cause de ce principe constitutionnel indispensable à la paix civile est inacceptable. Depuis 1905, grâce à la loi de Séparation des Églises et de l’État, la République assure à chaque citoyen la liberté de conscience, garantit sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix, de n’en pratiquer aucun ou de pouvoir en changer. Elle permet ainsi de vivre ensemble, dans le respect de chacun, quelles que soient ses origines, ses choix philosophiques ou ses convictions religieuses.

Dans notre République et notre société multiculturelle, la diversité doit être richesse et non source de conflit. Pour cela, la laïcité, assurant l’égalité en droit des citoyens dans le respect des lois de la République, permet à la fois l’expression du pluralisme des convictions et la recherche de valeurs communes pour construire une communauté de destin.

Dans un monde aujourd’hui global et de plus en plus complexe, où se multiplient les voies d’accès à l’information et aux connaissances, et où explose la médiatisation des événements et de la pluralité des représentations du monde, seule la laïcité permet l’émancipation de tous en favorisant le libre accès au savoir et à la culture et le discernement de chacun pour un libre choix de vie, par une démarche rationnelle et critique faisant toute leur place au doute, à l’imagination et à la créativité.

C’est pourquoi, les organisations et personnalités signataires s’opposeront à toute tentative qui mettrait, de fait, en cause la laïcité par une modification du contenu de la loi de 1905. A l’heure où nos concitoyens éprouvent des difficultés et des inquiétudes croissantes, elles les appellent à promouvoir la laïcité comme une exigence partagée avec la ferme volonté de bâtir ensemble une société où la justice sociale assurera, quotidiennement, pour toutes et pour tous, la liberté, l’égalité et la fraternité.

Deux problèmes mineurs dans ce texte, et deux problèmes graves.

1) Premier problème mineur : il ne s’agit pas de convictions personnelles, mais du choix cynique de réinstaurer la religion comme opium du peuple

2) Deuxième problème mineur : ce qui est médiatisé, ce ne sont pas des représentations du monde, mais des simulacres à l’usage des crétins.

3) Premier problème grave : l’expression société multiculturelle suppose une vision de la société comme juxtaposition de cultures. Là est le problème : qu’est-ce qu’une culture ? Aller à la messe, à la mosquée, au bistrot, nulle part ? Parler breton ou provençal? Manger le couscous ou la choucroute? C’est cette ambiguïté, c’est-à-dire l’impossibilité de définir la culture comme constituant politique de la nation républicaine, qui a déjà entrainé des associations laïques à soutenir la Charte Européenne des Langues Régionales ou Minoritaires, qui accorde explicitement des droits à des groupes dits culturels, au mépris de l’égalité républicaine.

4) Deuxième problème grave : qu’est-ce que le monde aujourd’hui global défini comme un fait de nature : est-ce que c’est un monde dans lequel les échanges internationaux se sont accélérés pour les raisons indiquées dans le texte, ou est-ce un monde dans lequel domine la forme anglo-saxonne du capitalisme, qui subordonne (comme d’ailleurs le fait le mini-traité) les droits sociaux aux impératifs de la finance, et transforme les entreprises en pompes à fric jetables ?

Ce texte a le mérite d’avoir fédéré de nombreuses associations. Je le signe donc, mais par défaut, malgré ses ambiguïtés dont j’espère qu’elles ne sont pas le résultat d’une distraction de rédacteurs pressés.

René ANDRAU

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